La nouvelle a fait l’effet d’une bombe. D’après l’ONU, le pouvoir serait impliqué dans une distribution d’armes aux Imbonerakure notamment dans le sud. Iwacu a mené ses propres enquêtes.

1. Les Nations Unies affirment qu’il y a eu distribution d’armes, de tenues militaires et policières au cours de janvier et février aux jeunes affiliés au parti Cndd-fdd et aux démobilisés. Une rencontre ad hoc a eu lieu à Rumonge dans l’hôtel Kukanyamuneza  qui appartient au général de brigade Nduwumunsi.

Le Général Nduwumusi cité dans le rapport du BNUB ©Iwacu

Le Général Nduwumusi cité dans le rapport du BNUB ©Iwacu

D’après les enquêtes menées par Iwacu, cette rencontre a bel et bien eu lieu dans cet hôtel. «Le général de brigade Nduwumunsi avait passé une commande de 40 kilogrammes de viande. Il y avait aussi de la pâte pour accompagnement et des boissons», confie une source. Elle précise que cette rencontre a eu lieu le 8 février 2014.
Une autre source qui a participé à cette rencontre indique que les invités étaient les démobilisés du Cndd-Fdd de la province Bururi, les Imbonerakure ainsi que des officiers de la même province, issus de ce mouvement. «Même Jimmy Hatungimana, commissaire général de la PAFE était là », raconte-t-elle. Nous avons contacté Jimmy Hatungimana pour confirmer ou infirmer la participation dans cette réunion, sans succès.

L’organisateur (le général de brigade Nduwumunsi) s’attendait à plus de trois cents personnes, mais autour de deux cents invités se sont présentés.
D’après les reporters d’Iwacu la réunion était dirigée par le général de brigade Nduwumunsi, alias « Goliath », propriétaire de l’hôtel. Selon quelques participants, l’ordre du jour était l’échange de vœux. Le général s’est adressé à tous les démobilisés et Imbonerakure en ces termes : «Iyindi ntumbero ni iyo gupanga akarere kandi mukama mugavye » (Un autre objectif est de « s’organiser » et de rester « toujours vigilants »). Les participants à cette réunion n’ont pas donné d’autres détails.

L’hôtel Kukanyamuneza où se sont tenues les deux réunions ©Iwacu

L’hôtel Kukanyamuneza où se sont tenues les deux réunions ©Iwacu

Cette rencontre a commencé aux environs de 11 h pour prendre fin vers 16h. Néanmoins, d’après notre enquête, personne n’a vu le général Major Juvénal Niyungeko alias Kiroho, cité dans le même rapport des Nations Unies. Même si les deux généraux sont souvent ensemble à Rumonge, ce jour-là Niyungeko n’y était pas, ont souligné nos sources.
D’après plusieurs sources, les ténors du parti au pouvoir à Bururi auraient été choqués par cette réunion à l’intention des seuls Imbonerakure et démobilisés. «Pour calmer la situation, le général Nduwumunsi a alors organisé une autre réunion à leur intention au même hôtel, le 12 mars 2014».
Nduwumunsi a promis de construire une grande permanence à Rumonge et de plaider pour que Bururi ait une place dans le comité des sages du parti présidentiel.

2. Le rapport des Nations Unies indique qu’une séance de formation à la manipulation des armes se serait tenue la nuit à côté de la prison de Rumonge, à Murembwe. La population des environs aurait entendu des coups de feu.

Des coups de fusils ont été entendus à Kayange, dans la localité de Mutambara ©Iwacu

Des coups de fusils ont été entendus à Kayange, dans la localité de Mutambara ©Iwacu

Effectivement, notre enquête confirme ces coups de feu qui ont été entendus entre janvier, février et mars 2014. C’était dans la localité de Kayange, à presque deux kilomètres de Murembwe.
Vers fin mars, à 3 h du matin, des coups de fusils ont également retenti. Au même moment, des habitants de la 2ème avenue dans les paysannats de Mutambara affirment avoir vu Paul Mirerekano, alias Muheto, directeur de la prison de Rumonge. «Il était avec Gashindi, chef de secteur Mutambara, Ulimwengu, Hassani, Jonathan et Bosco, tous Imbonerakure, armés de fusils », confient ces habitants. Le matin, poursuivent-ils, Gashindi a organisé une réunion pour tranquilliser la population. «Il nous a dit que ce sont des bandits qui ont tiré, mais ses explications n’étaient pas convaincantes », explique G.A de Mutambara. Selon la même source, Gashindi a voulu arrêter Elie, alias Kadege, Désiré Bigirimana et Emile Bizimana, démobilisés du Fnl, les accusant de perturber la sécurité dans cette localité. «Toute la population s’est opposée à ces arrestations car elle a avait vu ceux qui circulaient avec les armes pendant la nuit. »

Interrogé par Iwacu, Gashindi rejette toutes ces accusations. D’après lui, Elie alias Kadege a tenté de voler un vélo à l’aide d’un couteau à Gahore. Quant à la détention d’armes, Gashindi parle d’un montage car d’après lui, seules les forces de défense et de sécurité ont le droit de porter des armes. Contacté par Iwacu, Paul Mirerekano a nié toutes ces accusations et prend Dieu à témoin. D’après lui, il ne s’occupe que des affaires de la prison.

3. Le rapport des Nations Unies parle aussi de la disparition de 500 uniformes dans des camps militaires et de police, de même que la distribution de pistolets de 9mm.

Les Imbonerakure en train de faire du sport ©Iwacu

Les Imbonerakure en train de faire du sport ©Iwacu

Concernant cette disparition des objets militaires, nos sources révèlent qu’un certain Fundi, a été surpris par la population avec des grenades et plusieurs munitions dont des cartouches de pistolet de 9mm en avril 2013 à Bururi. « Ce natif de Makamba a été conduit au parquet de Bururi, nous ignorons la suite», témoigne un voisin.

Quant à la distribution des armes, des témoignages qui se recoupent confirment l’information. Ils parlent de quatre pistolets et une kalachnikov distribués sur chaque colline. Toutefois, Iwacu n’a pas pu identifier ceux qui détiennent ces armes et ceux qui les ont distribuées.
Nos sources n’ont pas été à mesure d’établir une liaison entre les deux généraux et la distribution de ces armes sauf qu’ils sont souvent ensemble à Rumonge.

Iwacu a contacté le général de brigade Nduwumunsi via le porte-parole de l’armée sans succès.
Au moment où nous mettons sous presse, nous apprenons que le représentant des démobilisés au niveau de la province Bururi a tenu une autre réunion à l’hôtel Kukanyamuneza ce mardi vers 9h. Il était avec quatre autres démobilisés. La réunion a duré plus de trente minutes. Cela a inquiété certains habitants de la commune Rumonge car depuis la publication du rapport des Nations Unies, des réunions des Imbonerakure et démobilisés se multiplient.

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