Politique

Kafando, sur les traces de ses prédécesseurs…

31/07/2017 Agnès Ndirubusa 3

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, mercredi 26 juillet, l’Envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu au Burundi, Michel Kafando, s’est inscrit dans la ligne de ses prédécesseurs : dialogue inclusif et respect de l’Accord d’Arusha. Au risque lui aussi de s’attirer les foudres de Bujumbura.

Michel Kafando : «Le dialogue inclusif, un préalable à tout règlement de la crise.»

Michel Kafando, envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, en appelle au dialogue impliquant tous les acteurs de la politique burundaise. Il s’exprimait, ce mercredi 26 juillet, devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Il évoque une exigence d’un dialogue inclusif, un préalable à tout règlement de la crise. Et met l’accent sur la responsabilité de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (CAE). Bujumbura devrait accéder à l’insistance des pays de la sous-région et de l’Union Africaine, appuyée par les Nations unies, d’aller au dialogue impliquant l’opposition exilée et celle de l’intérieur. «C’est, à mon avis, à ce prix que nous parviendrons à instaurer la confiance entre les Burundais, à garantir des institutions crédibles, stables et démocratiques et à promouvoir la réconciliation nationale. »

« L’Accord d’Arusha, une pierre angulaire »

Pour cet envoyé spécial, l’Accord d’Arusha doit rester la norme de référence dans la gestion du Burundi. Il souligne que tous les acteurs non-gouvernementaux, lors de ses dernières consultations, le reconnaissent et l’exigent.
Pour rappel, cet ancien président de la transition au Burkina-Faso avait reçu à Bujumbura des acteurs politiques, des représentants de la société civile et des confessions religieuses, des membres du corps diplomatique…

Aux dires de l’ancien président burkinabè, Benjamin Mkapa, facilitateur dans la crise burundaise, dit avoir terminé son travail dont le rapport a été transmis au président Museveni, médiateur en chef du dialogue inter-burundais.
M. Kafando sollicite une même appréciation de la Communauté internationale en vue d’une action commune. Il observe, de la part des acteurs burundais, deux lectures divergentes sur l’évolution socio-politique : «Le pouvoir est confiant en sa capacité à conduire les affaires du pays dans la sérénité et dénonce les interférences étrangères.

L’opposition et certains représentants de la société civile évoquent des dérives autoritaires de Bujumbura. Ils exigent la tenue d’un dialogue inclusif et la suspension du processus de révision de la Constitution.» Mais il fait remarquer que les partis politiques et organisations de la société civile, favorables au pouvoir, sont d’un avis opposé.

Ce vieux routier de la diplomatie rapporte que la situation socio-économique se dégrade. «La conjoncture politique tendue dissuade l’engagement des investisseurs privés nationaux et internationaux». Cette situation entraîne des départs de populations vers les pays voisins, poursuit-il, ce qui accroît indubitablement le nombre des réfugiés.

Sur l’aspect sécuritaire, il parle d’une amélioration depuis le début de l’année. «Tout semble calme à Bujumbura et la population vaque librement à ses occupations». Et d’ajouter aussitôt : «Ces dernières semaines ont été marquées par des attaques à la grenade ayant occasionné plusieurs morts et blessés. Pour l’instant, les raisons de ces attaques n’ont pas été élucidées.»

M. Kafando recommande une action commune pour encourager les autorités burundaises à s’engager «impérativement» dans le dialogue inclusif inter-burundais. Dans la foulée, il conseille tout de même de faire preuve de sagesse. «Je suggère d’apporter plus de discernement dans l’examen de la question burundaise.»


>>Réactions

Albert Shingiro : « Le dialogue est sur une trajectoire évolutive »

L’ambassadeur du Burundi aux Nations unies indique que le processus de dialogue inter-burundais se poursuit avec un certain nombre de progrès : « Le dialogue n’est pas en panne comme certains veulent le faire croire. Il est sur une trajectoire évolutive. » Selon Albert Shingiro, les recommandations du rapport de la Cndi seront combinées avec les conclusions du processus de dialogue externe. Cela produira une feuille de route solide en vue des élections apaisées en 2020. Il n’a pas oublié d’évoquer le dialogue interne sous la facilitation de l’Ombudsman burundais. Il a indiqué que tous ces processus se complètent et renforcent la culture de dialogue. Concernant les affaires constitutionnelles, l’ambassadeur a rappelé que cette question relève exclusivement du domaine de la souveraineté nationale et ne devrait pas faire l’objet de débat.

Charles Nditije : « Le Conseil de sécurité évite de crisper Bujumbura. »

Le président du Cnared constate que les membres du CSNU ont joué à l’apaisement et évité toute question qui fâche. Ils se sont retenus de prendre toute mesure qui pourrait crisper davantage Bujumbura, qui a l’habitude de narguer tout le monde et de refuser toute résolution prise par l’ONU. « Nous disons à ces diplomates : ‘C’est bien, marchez sur des œufs, mais faites attention, le pouvoir de Bujumbura est hypocrite et ne lâche rien. C’est une façon de jouer à l’angélisme.’» Charles Nditije fait savoir que rien n’indique que Bujumbura est prêt à arrêter les violences, à entrer de plein pied dans les négociations, s’il n’y a pas à son encontre des mesures draconiennes qui sont prises.

Anschaire Nikoyagize : «Il y a risque de sacrifier la justice internationale en faveur du dialogue.»

Pour cet activiste des droits humains, le briefing de Michel Kafando est sans reproches car il relate les positions des différents protagonistes. Cet activiste salue l’appel à la pleine implication des Etats africains surtout de la sous-région solidairement avec les Nations-Unies. Il salue également le constat de M. Kafando selon lequel les Accords d’ Arusha doivent rester une pierre angulaire et que le dialogue inclusif est la condition sine qua non à tout règlement de la crise. Cependant, il se pose une question : «Quand Mkapa dit que son travail est terminé, est-ce que son mandat s’arrête aux consultations uniquement?»

L’activiste se dit inquiet qu’il y a risque de sacrifier la justice internationale (CPI) en faveur du dialogue. «Ce n’est pas pour rien que le gouvernement du Burundi accepte le dialogue inclusif à la veille de l’ouverture des enquêtes par la Cour Pénale Internationale (CPI).»

Hamza Venant Burikukiye : «Il a trahi notre message!»

D’après le représentant légal de Capes+, Michel Kafando n’a pas transmis correctement le message de la société civile lors de la rencontre de Bujumbura. «On lui avait dit que ceux qui doivent être invités au dialogue sont bien connus. Pas ceux qui sont poursuivis par la justice burundaise.»

En ce qui concerne le processus de révision de la Constitution, sa position ne souffre d’aucune ambiguïté : «Il faut qu’ils respectent notre souveraineté.»

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. RUGAMBA RUTAGANZWA

    @Albert Shingiro
    Albert Shingiro : « Le dialogue est sur une trajectoire évolutive »

    Peu importe si la folie meurtrière à l’encontre des ex-FAB et autres ennemis supposés du pays continue, cher Monsieur. J’ai de plus en plus l’impression que le CNDD-FDD devient un loup, un vrai pour tous ceux qui ne partagent pas son point de vue certains de ses membres allant même jusqu’à menacer un grand père, ancien Chef d’Etat. Dans quel monde vivons-nous ? La jungle, où la loi du plus fort est toujours la meilleure ou alors un pays moderne du 21ème siècle où le débat contradictoire est autorisé? J’ose espérer que les fauteurs de trouble, les auteures des exactions ignobles, y compris assassinats ciblés, n’auront pas le dernier mot…. ! Trop c’est trop… !

  2. LANGA SOURCE

    Kafando a n’a fait que confirmer ce que tout mediateur serieux aurait pu dire.Le pouvoir DD ne fait que appliquer la politique d’autriche,en se voilant la face devant l’ampleur de la crise politique au Burundi.Si le redicule pouvait tuer!!!!!!

  3. Ramba

    On n’aura jamais un envoyé spécial de l’ONU qui va plaider pour l’actuel régime. En fait qui peut vraiment plaider pour des criminels à visage découvert?

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