Société

Gihanga : tensions à Kizina autour d’un litige foncier

26/01/2018 Sindihebura Desire 6

5000 ménages des secteurs Kizina 1 et 2 de la commune Gihanga, en province Bubanza, sont dans la tourmente. Ils indiquent avoir été expropriés de leurs terres, sur ordre de la ministre de la Justice, en faveur d’une famille. Ces habitants parlent d’une décision inique.

Joseph Guguna : «Ni Gahushi ni ses descendants, personne n’a habité sur ces terres. On ne comprend pas pourquoi on veut lui octroyer cette propriété.»

La tension est palpable à Kizina, les nerfs sont à vifs. C’est la lettre du ministre de la Justice, Aimée Laurentine Kanyana, qui a fait déborder le vase. Cette dernière date de mai 2017. La ministre de la Justice demande au président du Tribunal de Résidence de Gihanga d’octroyer une propriété de plus de 200ha à la famille Joseph Gahushi. Les 5000 ménages ainsi expropriés crient à l’injustice et à la violation de la loi. «Cette injustice va engendrer une catastrophe. On ne va pas rester les mains croisées, alors qu’on se fait voler», scandent-ils.

En date du 26 novembre 2017, le président du Tribunal de Résidence de Gihanga, accompagné par le gouverneur de la province Bubanza et le président du Tribunal de Grande Instance de Bubanza, est allé exécuter la mesure de la ministre de la Justice. Du coup, les 5000 ménages sont sommés de ne plus retourner dans leurs champs sur ordre du procureur de la République en province Bubanza. Ce dernier engage même des sentinelles afin que cet ordre soit respecté. Ce qui n’a pas du tout plu à ces ménages. «Tant que nous sommes encore vivants, cette famille n’exploitera jamais nos propriétés», témoignent les habitants de Kizina.

Des mandats d’arrêt

Le procureur de la République en province Bubanza a émis, la semaine dernière, des mandats d’arrêt pour six personnes de Kizina. Il les accuse de ne pas avoir suivi ses ordres. Lundi dernier, vers 3h du matin, sept policiers du poste de police Gihanga se rendent sur place pour arrêter les six personnes. Et les choses se corsent. «Tous les habitants du secteur se sont levés et ont donné des coups de sifflet pour alerter les autres», témoigne un habitant de Kizina. Ils encerclent le village pour permettre aux six personnes sous mandat de s’enfuir. Le calme est revenu avec l’intervention du commissaire provincial de la police, accompagné d’une escouade de policiers.

Par après, la situation a dégénéré. Ces habitants de Kizina s’en sont pris à ceux qui avaient renseigné la police sur l’emplacement des maisons des six hommes sous mandat. Un certain Dieudonné Nizigiyimana a été tabassé et trois maisons ont été endommagées. Portes et fenêtres ont été arrachées. «Nous avons eu connaissance que 13 autres mandats d’arrêt ont été émis, après cet accrochage», confient des sources. Depuis, d’après les habitants de Kizina, les 19 personnes vivent cachées de peur d’être arrêtées. «Nous sommes traqués, depuis ce jour-là.»

«Ce Gahushi est un inconnu pour nous»

Dans sa lettre, la ministre Kanyana a indiqué qu’elle a été sollicitée par l’avocat de la famille Gahushi qui lui a dit que les descendants de Pasteur Mutore veulent s’approprier la propriété de cette famille, suite à la mise en exécution du jugement RCA 1145. D’après la ministre de la Justice, Pasteur Mutore, dans cette affaire, représentait la famille Joseph Gahushi pour une propriété de plus de 200 ha. Elle demande alors au président du Tribunal de Résidence de Gihanga de remettre cette propriété à la famille Gahushi.

«On ne connaît ni ce Gahushi ni ses descendants. Ce litige opposait Pasteur Mutore et nous», indique Joseph Guguna qui représentait les 5000 ménages dans les différents procès. D’après lui, c’est le roi Mwambutsa qui leur a octroyé ces paysannats. «Les régimes se sont succédé, mais personne n’est venu réclamer ces terres. Ni Gahushi ni ses descendants, personne n’a habité sur ces terres. On ne comprend pas pourquoi on veut lui octroyer cette propriété.»

Selon cet octogénaire, ce dossier s’est clôturé avec les accords à l’amiable entre Pasteur Mutore et Guguna et consort comme le montre le jugement RCA 1145 du Tribunal de Grande Instance de Bujumbura-Rural du 17 février 2003 et mis en exécution en 2005 par le Tribunal de Grande Instance de Bubanza. «Les accords stipulaient que Mutore ne franchisse pas la rivière Murera et que nous restions sur l’autre rive.» Et de se demander comment se fait-il que depuis des décennies de procès, la famille Gahushi ne s’est jamais manifestée.

«La ministre a écouté une seule partie!»

Une partie de la propriété octroyée à la famille Gahushi.

Les 5000 familles accusent la ministre Aimée Laurentine Kanyana d’avoir écouté une seule partie. De plus, ils indiquent que la décision de la ministre a d’autant plus violé la loi que l’affaire s’était clôturée par le jugement RCA 1145. «Il y a des choses qui se cachent derrière ce dossier», souligne P.B., un habitant de Kizina. Ils se disent victimes d’une injustice. «Comme nous n’avons plus accès à nos champs, nos enfants vont mourir de faim», renchérit D.H., son voisin. «On ne comprend pas comment 5000 familles peuvent être expulsées pour l’intérêt d’une seule famille. En plus, une famille qu’on a jamais vue», s’interroge un autre habitant.

Les habitants assurent qu’ils ont porté l’affaire devant le président de la République et devant l’Ombudsman. « Pour le moment, on n’a pas encore eu de réponse. Nous demandons à la ministre de la Justice de suspendre cette décision.» Interrogé, l’administrateur de la commune Gihanga, Léopord Ndayisaba, indique que cette affaire dépasse ses compétences, mais il reconnaît que la situation est tendue à Kizina. Le gouverneur de la province Bubanza n’a pas voulu s’exprimer sur ce dossier. Contacté, le porte-parole du ministère de la Justice ne s’est guère montré plus loquace: «Qu’ils écrivent ou demandent une audience à la ministre, elle va les recevoir.»
Du côté de l’Ombudsman, on indique qu’ils sont en train de faire des enquêtes.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. KABADUGARITSE

    Un fait que nombreux parmi les autorités actuelles ignorent dans la gestion de certains conflits fonciers. Peut-être pas par mauvaise fois mais car trop jeunes et mal informés. Il faudrait que Madame Janvière soit stricte dans la gestions des formations scolaires et surtout universitaires.-

  2. Happy

    En effet, ico kibazo cakemuwe na Bagaza aho yakura ubugeregwa. Ces 5000 familles sont chez eux. Trop tard pour Gahushi pour reprendre ses terres….

  3. Rurihose

    Je vais crever l’abcès.
    Je suis presque sûr à 99% que la propriété appartient aux descendants mâles du chef Gahushi.
    Ils doivent avoisiner une 100aine.
    Mais ces 5000 ménages, d’où viennent ils?
    Muriko muvuga kobarima gusa 4 ares par ménage, hakabatunga?
    Je connais des mutama qui ont des propriétés à Gasekebuye ou ailleurs qui ont des villas occupant 20 ares.
    Votre article est lacunaire ou incomplet, Mr le journaliste

  4. KABADUGARITSE

    Notre journaliste donne une information partielle sans doute pour brouiller les pistes. Les moments sont graves et il faudrait remonter plus loin dans le temps et parler des parents et grands-parents des uns et des autres, aussi revenir la période du temps de la chefferie GAHUSHI. 5000 ménages c’est pas rien quand on pense à la pauvreté qui sévit actuellement dans notre pays. Serait-il logique de les abandonner au profit d’une seule famille?
    Ego umutware yaragaba; umutware yaranyaga, mais je pense que les temps sont révolus.-

  5. Rurihose

    4 ares pour une famille de 8 enfants en moyenne.
    Where are we heading?

  6. Rurihose

    Des clarificatiobs, mais aussi des chiffres qui donnent froid aux yeux

    1. Gahushi était un mutware de la région de l Imbo. Le journaliste par souci de clarification doit éclairer le lecteur.
    2. Le journaliste n’a jamais voulu donner le point de vie de Gahushi. Il faut être équitable cher journaliste
    3. Mon Dieu, 5000 ménages sont parqués sur 200 ha. Calculez moi cette densité😥😥😥

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