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Sécurité

Cibitoke : à quand le retour des déplacés ?

26-11-2015

Trois semaines après le lancement de la campagne de désarmement forcé, beaucoup d’habitants du quartier Cibitoke ne sont pas encore rentrés dans leurs ménages.

A Cibitoke, l’activité économique tourne au ralenti.

A Cibitoke, l’activité économique tourne au ralenti.

« Je vois, des fois, deux camionnettes par jour chargés de meubles des gens qui rentrent. Le quartier se repeuple », témoigne un habitant rencontré au pont Nyabagere, à l’entrée du quartier Cibitoke (au nord de la capitale). Et pour preuve, le matin, à pied, des élèves et écoliers en uniformes sont nombreux sur l’avenue des Forces Armées communément appelée « Ku Rya Kanyoni ». La personne reconnaît quand même que leur densité a diminué au prorata des habitants du quartier.

Autre preuve que la vie renaît : la circulation des minibus. Mais les passagers ne se bousculent plus pour entrer. C’est qu’un bon nombre de fonctionnaires ont fui avec la psychose déclenchée par l’annonce du désarmement forcé.

Mais, pour peu qu’on longe l’avenue des Forces armées, de part et d’autre de la chaussée, le constat est que rares sont les salons de coiffure, les cafétérias, les boutiques qui sont ouverts. A la 6ème avenue, la tenancière du bistrot « Chez Damas » dira qu’elle ne fait que résister à la fermeture. Martin Samandari, un vendeur de lait indique qu’il ne payera plus le loyer.« Les habitants ont fui et peu retournent. Nous n’avons pas assez de clients pour réaliser des bénéfices qui nous permettraient de payer le loyer ».

A l’intérieur des quartiers, dans beaucoup de parcelles, les portails extérieurs sont fermés. Des herbes commencent à pousser dans les cours surtout que les précipitations sont fortes ces derniers temps. A la douzième avenue, seulement deux boutiques fonctionnent. Le sucre manque. Le soir, l’avenue est dans le noir. Pas plus d’une quinzaine de clients fréquentent le seul cabaret encore fonctionnel. Le « vétérinaire » (mot pour désigner les employés de bar qui font le rôti de viande sur brochette) indique qu’il ne vend plus qu’un kilo et demi de viande alors qu’il y a deux semaines, il en écoulait cinq.

Prudence des élus locau
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Un élu à la base avoue qu’il ne veut pas prendre le risque d’appeler les gens à rentrer quand la police arrête encore des jeunes dans le quartier. D’après lui, même ceux qui sont restés perdent de plus en plus confiance même dans l’armée. « Un militaire accompagné d’un homme en civil a défoncé une maison, sur ordre, dira-t-il, de ses supérieurs ». L’élu dit qu’il ne peut même pas poser le pied dans la partie comprise entre la troisième transversale et le quartier Kamenge. Il craint de tomber sur des « Imbonerakure ».

A la mairie, pas encore de stratégie ad hoc

Freddy Mbonimpa, maire de la ville de Bujumbura trouve impérative une campagne de sensibilisation au retour des déplacés. Outre que les populations seraient rétablies dans leur dignité chez eux, même des techniciens des sociétés étatiques comme la Regideso (eau et électricité), l’Onatel (télécommunication) pourraient encore fouler le quartier de Cibitoke.

Le maire compte se concerter avec les ministères de l’Intérieur et de la Sécurité publique pour arrêter une stratégie commune. Mais entre-temps, un compte pour venir en aide aux déplacés a été ouvert à Kazoza Microfinance.

Cependant. M. Mbonimpa est conscient qu’une campagne ne débouchera pas sur les résultats escomptés, tant que les déplacés ne sentiront pas la paix intérieure qui les déciderait à rentrer.

Un autre défi : où trouver ces déplacés qui se sont éparpillés dans les familles des quartiers de Bujumbura voire à l’intérieur du pays ?

A la question des jeunes qui sont arrêtés, M. Mbonimpa répond : « Quand on fait la paix, on fait des concessions. Mais les jeunes doivent renoncer à soutenir les malfaiteurs armés. »

  3   Vos commentaires
  1. RUGAMBA RUTAGANZWA

    A quoi est-ce qu’il fallait s’attendre quand on prononce des discours haineux, ethnistes appelant une partie de la population à massacrer une autre pour, entre autre, dégager des parcelles? Les gens doivent être rassurés pour rentrer…! Il faudrait que Mr Révérien NDIIKURIYO ainsi que tous les autres qui ont abondé dans son sens, refassent des discours rassurant et encourageant les gens à retourner chez eux ; des discours opposés à ce qu’ils ont raconté dernièrement et qui a choqué le monde entier… ! Sinon, l’on va continuer à régner sur des quartiers fantômes dans Bujumbura… ! C’est le cas de certains quartiers appelés contestataires, en langage politiquement correct car en réalité ces quartiers-là sont majoritairement Tutsi et cela ne préoccupe pas outre mesure nos dirigeants qui multiplient les gestes hostiles en paroles et en actes, à l’égard de cette communauté-là… !! Des discours qu’on croyait dépassés reviennent au-devant de la scène politique afin de cacher les vrais problèmes nationaux du moment qui sont liés à un 3è mandat présidentiel contesté et contestable… ! En matière de médiocrité politique, je crois que notre pays a touché le fond.

  2. Inyankamugayo

    « Quand on fait la paix, on fait des concessions. Mais les jeunes doivent renoncer à soutenir les malfaiteurs armés. ». A bon entendeurs salut! Ikibwirwa n’icumva.
    Guhigana nk’akayabu ntaco bizotumarira.

  3. Make

    Quel message « apaisant » du maire de la ville!! Hormis la haine ethnique, y a – t- il des preuves tangibles que tout jeune qui n’est pas un Imbonerakure soutient de fils  » les malfaiteurs armes »? Pourquoi globaliser tout comme ca?

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