Sous d’autres cieux, des têtes rouleraient déjà. Commissions d’enquête, rapports accablants, fonctionnaires véreux couverts de honte qui penseraient au hara-kiri. Au Burundi, on attend. Toujours.
Les faits d’abord : le gouvernement lance la construction de 360 bureaux zonaux. Prix unitaire annoncé : 220 millions de francs burundais. Budget total déjà décaissé : 79 milliards de francs burundais. Une fortune. L’argent du contribuable burundais.
Le bilan ? Catastrophique. Des chantiers abandonnés, des murs qui suintent, des toitures qui laissent passer l’eau de pluie, des bureaux en ruine avant même leur inauguration. Faisons justice quand-même à quelques bureaux (plus ou moins) acceptables. Une question demeure sans réponse : combien ces bâtiments ont-ils réellement coûté ? Personne ne sait. Ou personne ne veut dire.

Car le « zone-gate » est un millefeuille de scandales. Marchés publics attribués dans l’opacité. Ingénieurs et entrepreneurs qui dénoncent des conditions difficiles d’exécution des travaux, des pertes sèches, des pressions. Corruption généralisée, des détournements à tous les étages.
C’est le ministre des Finances, Alain Ndikumana, qui a osé parler devant le Sénat. Avec des chiffres, des preuves, sans faux-fuyant. Irrégularités flagrantes, incohérences budgétaires grosses comme des maisons.
Et puis, deux visites improvisées, rapprochées, discrètes chez le ministre des Finances. D’abord le Président. Puis le Premier ministre. Même destination finale : le bureau du ministre qui a parlé.
Qu’est-ce que le chef de l’État n’a pas réussi à dire que le chef du gouvernement est venu répéter ? Quelles instructions le Président a-t-il oubliées pour que son Premier ministre s’empresse à aller clarifier ? Difficile à dire.
Une certitude : les non-dits parlent plus fort que les communiqués officiels. Il y a à coup sûr un jeu d’intérêts à préserver, du ménage urgent à faire, peut-être même des boucs émissaires à désigner pour sauver les vrais coupables ?
Aux dernières nouvelles, certains acteurs du « zone-gate » auraient déjà pris la clé des champs, espérant que l’orage passe.
Les Burundais assistent médusés à ce qui ressemble au plus grand scandale de détournement de fonds de ces dernières années.
Reste la question qui tue : y aura-t-il des sanctions ? Ou ce scandale finira-t-il, comme tant d’autres, dans les oubliettes de l’impunité ?





Sous d’autres cieux, au lendemain des révélations du ministre des finances, les têtes seraient déjà. Mais voilà, deux mois plus tard, rien!! Cela ne surprend pas. Souvenons-nous. Le fameux barrage. L’OTRACO. On s’attendait à des actions, rien. Nous apprenons que le ministre des travaux publics de l’époque a offert un bâtiment flambant neuf à son État. Quelle générosité! Le pauvre Albert, ancien DG de l’OTRACO a failli le lynchage en public. quelques temps plus tard, autre affectation pour autres responsabilités. Et puis il y a ses offrandes en argent , en nature, en parole. Quelle générosité! Au fond, d’où viennent ces biens distribuables à tour de bras? Le souci, ce sont ceux qui les accueillent comme si, déshabiller le peuple pour habiller généreusement les envoyés de Dieu sur terre est en soi anodin. Dieu en est-il complice puisque c’est en son nom que tous cirques dominicaux se jouent!
Dieu, cesse d’être complice aussi s’il te plait!!!
L’impunité en béton : le scandale des bureaux fantômes du Burundi
Au Burundi, le « zone-gate » incarne une tragédie trop familière sur le continent : l’argent public – ici 79 milliards de francs burundais – s’évapore dans des chantiers inachevés et des bâtiments déjà ruinés, sous le regard impuissant des citoyens. Pourtant, face à ce scandale patiemment documenté, l’État ne répond que par le silence, les visites discrètes du sommet du pouvoir, et la fuite présumée de certains acteurs. L’impunité, véritable ciment de ce système, assure l’immobilité.
Cette affaire ne constitue pas une exception, mais une manifestation d’un fléau plus large qui entrave le développement et mine la confiance en l’État. Comme l’a si justement analysé l’économiste camerounais Célestin Monga, « La malédiction de l’Afrique n’est pas sa pauvreté, mais la qualité médiocre de ses institutions politiques et économiques. La faiblesse des mécanismes de responsabilité permet la prédation plutôt que la création de richesse. » Le « zone-gate » en est une illustration parfaite : les institutions de contrôle sont soit absentes, soit complices, transformant les projets d’infrastructure en occasions de captation rentière.
La Banque Mondiale, dans ses rapports sur la gouvernance en Afrique, a maintes fois souligné l’enjeu fondamental de la redevabilité. Elle note que « là où la transparence et l’obligation de rendre des comptes font défaut, les investissements publics perdent en efficacité, creusant les inégalités et alimentant le cynisme à l’égard de l’État de droit. » C’est précisément ce cercle vicieux que vit le Burundi : les fonds détournés des bureaux zonaux manqueront aux hôpitaux, aux écoles et aux routes, perpétuant la pauvreté que ces mêmes infrastructures étaient censées combattre.
Alors que certains protagonistes du scandale auraient « pris la clé des champs », la question demeure : cette affaire finira-t-elle, comme tant d’autres, dans les oubliettes de l’impunité ? Tant que les « non-dits [continueront de] parler plus fort que les communiqués officiels », la malédiction persistera : un État prédateur protégeant ses réseaux, une justice absente, et une population condamnée à payer, sans jamais voir de comptes. Qui vivra verra. Entre temps on nous chante 2040,2060