Lors de la 39ᵉ session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, tenue le 15 février 2026 à Addis-Abeba, le Burundi a officiellement pris la présidence tournante de l’Union africaine (UA) pour une année. De retour à Bujumbura le lundi 16 février, le couple présidentiel s’est offert un bain de foule pour célébrer ce « moment historique ». Pour nombre d’observateurs, il ne faut pas s’attendre à des exploits du Burundi.
Tambours, fanfares, majorettes, des clubs de danse, une foule « en liesse » était amassée tout le long des routes de Bujumbura. Depuis 8h, des écoliers et des élèves, des administratifs, des commerçants et de simples badauds avaient été mobilisés pour aller accueillir le président de la République et nouveau président de l’Union africaine, Evariste Ndayishimiye. De l’Aéroport Melchior Ndadaye au Palais présidentiel, en passant par la Gare du nord, sur le rythme du tambour, le couple présidentiel a sillonné les rues de la capitale économique Bujumbura sous les applaudissements des citadins. Comme lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem, des pagnes avaient été étalés sur le macadam et le président Ndayishimiye y passait dessus avec un large sourire sur le visage et devant une foule en délire. A cette occasion, une chanson glorifiant le président Evariste Ndayishimiye avait été préparée.
Sur la toile, chacun y allait avec ses plus beaux hommages. Certains parlent d’une journée mémorable, historique. Les plus zélés parlent même de l’exploit du numéro Un burundais. D’autres minimisent l’événement : « Il n’y a rien de spectaculaire. Ce n’est qu’une présidence tournante. »
Toutefois, une confusion règne. Pour la plupart de ceux qui étaient le long des routes, ils étaient convaincus que le président Evariste Ndayishimiye a été élu pour diriger tous les pays africains.
« Nous ne ménagerons aucun effort en faveur de l’initiative ‘’faire taire les armes’’. »
C’est une responsabilité immense que vous venez de placer entre nos mains. Mes émotions me poussent à me demander : « Qui suis-je pour conduire toute l’Afrique vers sa destinée pendant cette année ? Je crois que je pourrai tout par Mon Seigneur qui me fortifie car, je sais qu’Il ne choisit pas les plus forts, mais il fortifie ceux qu’Il a choisis », a indiqué le président de la République dans son discours d’acceptation. « Aujourd’hui, plus que les autres jours, l’honneur que vous faites au Burundi est historique. »
Selon le nouveau président de l’Union africaine, le Burundi se focalisera sur trois piliers principaux. Le premier pilier est le thème de l’Année 2026 : « Assurer une disponibilité durable de l’eau et des systèmes d’assainissement sûrs pour atteindre les objectifs de l’Agenda 2063 ».
Le second pilier s’inscrit dans la vision d’une Renaissance africaine fondée sur l’innovation, la science, le développement des compétences et l’autonomisation des jeunes et des femmes appelée A-RISE.
Quant au 3e pilier, il concerne la consolidation de la paix et de la sécurité. « Dans notre exercice de la présidence, nous ne ménagerons aucun effort en faveur de l’initiative ‘’faire taire les armes’’ qui incarne l’aspiration profonde de nos peuples à vivre dans la sécurité, la dignité et l’espérance. » Selon Ndayishimiye, la paix et la sécurité ne peuvent pas être effectives sur le continent africain s’il y a encore des pays de l’Afrique qui se font frapper ou agresser sur fond d’intérêts géopolitiques ou économiques des grandes puissances.
Aussi, le continent africain ne gagnera pas la bataille du développement tant que les balles continueront de siffler dans certaines de ses régions. « La situation à l’Est de la République démocratique du Congo, dans le Sahel, en Somalie, au Soudan et en République centrafricaine nous le rappelle chaque jour. C’est pour cela que je lance un appel à chacun de nous de soutenir les mécanismes de prévention des conflits de l’Union africaine et parler d’une seule voix pour faire taire les armes. »
Et d’ajouter : « La Présidence burundaise de l’Union africaine continuera d’assumer pleinement son rôle de catalyseur, comme l’Angola, afin que les efforts conjoints contribuent à restaurer la paix, à renforcer la résilience des populations et à ouvrir des perspectives durables de développement et de stabilité. »
Les attributions du Président selon l’article 16 du Règlement intérieur de la Conférence de l’Union africaine
1. Le Président :
a) convoque les sessions de la Conférence ;
b) prononce l’ouverture et la clôture des sessions ;
c) présente, pour approbation, les procès-verbaux des sessions ;
d) dirige les travaux ;
e) met aux voix, le cas échéant, les questions en discussion et proclame les résultats des votes ;
f) statue sur les motions d’ordre.
2. Le Président veille à l’ordre et au bon déroulement des travaux de la Conférence.
3. Dans l’intersession, le Président, en consultation avec le Président de la Commission, assure la représentation de l’Union, conformément aux objectifs et principes fondamentaux énoncés dans l’Acte constitutif.
4. En cas d’empêchement ou de vacance du poste du Président, le premier vice-président assure l’intérim.
Réactions
Révérien Ndikuriyo : « Nous remercions vivement le Président burundais pour l’honneur qu’il ne cesse d’apporter au Burundi. »
Au nom de tous les Bagumyabanga, le secrétariat général du parti CNDD-FDD a félicité le Président Evariste Ndayishimiye et président du Conseil des sages du même parti. « Nous remercions vivement le Président burundais pour l’honneur et la confiance qu’il ne cesse d’apporter au Burundi. » Révérien Ndikuriyo remercie aussi le gouvernement du CNDD-FDD « pour la bravoure dont il a fait preuve, et qui a fait que le Burundi ait gagné la confiance de la communauté internationale et des pays frères africains. »
Tous les Bagumyabanga, à travers le secrétariat général du CNDD-FDD, se sont engagés à soutenir, par le travail, les institutions républicaines, que ce soit les travaux de développement économique ou la sauvegarde de la paix et la sécurité pour la mise en application effective et sans tarder, de tous les projets qui ont été présentés, que ce soit au niveau du pays ou à l’échelle africain. « En cette année où toute l’Afrique aura les yeux braqués sur le Burundi, nous lui souhaitons pleins succès et bénédictions venant de Dieu. Qu’il soit pour vous le flambeau et vous aide à accomplir cette noble mission vous confiée par vos pairs chefs d’Etats et de gouvernements sur le continent africain. »
Agathon Rwasa : « Cet accueil en grande pompe est plutôt le résultat de la manipulation et la distraction d’un peuple meurtri. »
« Le Burundi peut gagner sur le plan diplomatique et en visibilité. Mais, il faudrait d’abord changer d’attitude, sortir des sentiers battus de la mauvaise gouvernance qui fait bien tort au pays. Souvenez-vous de la présidence de l’EAC il y a quelques années : le bilan de cette dernière peut nous dire s’il faut espérer ou déchanter. »
Pour cet homme politique, la crise multiforme que traverse le Burundi avec un trop criant manque de carburant entre autres, impactera négativement cette présidence car, avant de trouver des solutions pour les crises des autres, il faut d’abord en trouver pour la sienne. « Or, à l’exception de la vision brandie comme slogan, concrètement on a du mal à voir clair les pistes de sortie de la crise qui frappe de plein fouet notre société. »
Pour Agathon Rwasa, fermer les écoles, les commerces et autres bureaux, …juste parce que la présidence tournante échoit au Burundi, c’est ne pas savoir où l’on est car, cette présidence n’apporte rien qui puisse désamorcer la crise dans laquelle se trouve notre pays. « On peut se poser bien de questions à cette occasion notamment celle de savoir si cette présidence tournante de l’Union africaine sortira le Burundi de la corruption, de la gabegie, de la confusion entre l’État et le parti présidentiel pour ne citer que cela. » Agaton Rwasa trouve que cette cessation des activités professionnelles et scolaires pour accueillir en pompe le couple présidentiel est plutôt le résultat de la manipulation et la distraction d’un peuple meurtri par une crise multiforme et à qui on ne propose que du populisme comme solution.
Olivier Nkurunziza : « Présider l’Union africaine ne signifie pas diriger l’Afrique. »
Le président du parti Uprona explique que le président en exercice de l’Union africaine a pour rôle principal de diriger les réunions, orienter les discussions, définir les priorités du mandat et représenter l’Afrique dans les instances internationales comme l’ONU ou le G20. Il souligne que cette fonction offre au Burundi une visibilité internationale importante.
Cependant, il précise que présider l’Union africaine ne signifie pas diriger l’Afrique car, chaque pays reste souverain. « Cette responsabilité ne résoudra pas non plus les problèmes internes du Burundi comme la pénurie des carburants, la pauvreté, les coupures d’eau et d’électricité ou les difficultés économiques. »
Il estime qu’elle peut être une opportunité pour promouvoir la paix et la sécurité, notamment dans la région des Grands lacs, en RDC, au Soudan et au Sahel ; renforcer la coopération économique et l’intégration régionale ; attirer des réunions internationales et dynamiser le tourisme ; améliorer l’image du Burundi à l’international.
Mais, il insiste sur le fait que cela exige des moyens importants et une bonne organisation. Il rappelle que les précédentes présidences régionales (EAC, Comesa) n’ont pas apporté de changements majeurs visibles au Burundi.
Il met particulièrement l’accent sur la nécessité d’améliorer la bonne gouvernance, l’organisation des élections démocratiques en 2027, la lutte contre la corruption, la résolution des problèmes socio-économiques internes, la relance du dialogue politique, l’amélioration des relations avec les pays voisins, notamment le Rwanda.
Il conclut que le Burundi peut tirer profit de cette présidence si et seulement il est cohérent entre son discours à l’international et la situation interne du pays. « Sans réformes internes, il ne faut pas s’attendre à des miracles car, il s’agit avant tout d’une responsabilité supplémentaire. »
Léonce Ngendakumana : « Le risque est grand que les priorités du Burundi soient noyées. »
Pour cet homme politique, il n’y a rien d’étonnant que le Burundi préside les destinées de cette organisation. « C’est un processus ordinaire. » Cet ancien député et ancien président du parti Frodebu indique que le Burundi n’est pas le premier à accéder à la présidence de l’Union africaine. « Il est visiblement le 24e depuis que l’organisation porte le nom de Union africaine. Mais, il n’y a pas eu beaucoup de changements par rapport aux conditions de vie des citoyens de ces pays ».
Léonce Ngendakumana renchérit que le Burundi avait déjà été aux commandes, et par le même président, d’une Communauté encore plus proche, à savoir la Communauté Est-Africaine, mais qu’il n’y a pas eu de retombées positives sur le Burundi. Il affirme qu’« On n’a pas beaucoup à attendre de la présidence de cette organisation pour finalement régler nos problèmes. Je parle des problèmes burundais. »
Mais, s’il faut parler de retombées selon les dires de M. Ngendakumana, cela a été une occasion favorable au chef de l’État de présenter publiquement, devant les chefs d’Etats et de gouvernements et beaucoup d’autres organisations comme les Nations-unies, l’expérience burundaise et ses acquis en matière de prévention, de gestion et de résolution des conflits. « Il s’y est beaucoup attardé. Et ça, c’est très important parce que le Burundi a une expérience en cette matière. Mais, c’est une retombée qui a déjà eu lieu. »
Il estime que le reste dépendra de comment les Burundais vont se comporter par rapport à leurs propres défis. Quant à la vision du Burundi 2040-2060, Léonce Ngendakumana trouve qu’elle est déjà compromise. « Elle est compromise notamment par son environnement économique et politique. Des défis de l’heure dont ceux liés au manque de carburants, à la rareté et ou à la cherté des produits de première nécessité, les médicaments, le manque de devises, la corruption, le détournement des deniers publics, …, prouvent à suffisance que cette vision est déjà compromise. »
Ce leader politique souligne que tous ces défis doivent être résolus par les Burundais eux-mêmes et pas au niveau de l’Union africaine. « Ce sont de grandes questions pour la nation, mais pas pour l’Union africaine. Aller appeler l’Union africaine pour nous aider à régler ces questions serait trop demander pour un pays indépendant et souverain. Si les Burundais se contentent uniquement d’avoir accédé à cette présidence et oublient les défis nationaux, comprenez que le risque est grand. Les gens pensent qu’on a trouvé une issue heureuse pour le règlement de nos problèmes, mais ce n’est pas vrai. »
Pour Léonce Ngendakumana, plutôt que de se concentrer sur la présidence de l’organisation continentale, le Burundi devrait se concentrer sur la recherche de moyens pour sauvegarder, consolider, valoriser et rentabiliser les acquis de son expérience en matière de paix et de sécurité. « Le Burundi a été sollicité pour envoyer des experts en matière de négociation, de prévention, de négociation, de médiation et de gestion des conflits. Si le Burundi parvient à imposer son expérience à cette communauté, ce serait une grande réussite. »
Jean de Dieu Mutabazi : « La présidence de l’UA représente une opportunité diplomatique majeure pour le Burundi. »
Le président du parti Radebu estime que les retombées de la présidence burundaise de l’Union africaine sont politiques, diplomatiques et économiques. Elles s’articulent autour de trois piliers majeurs présentés par le Président de la République, à savoir l’eau potable et l’assainissement, la paix et la sécurité, l’innovation ainsi que l’autonomisation des jeunes et des femmes.
Concernant l’eau, Jean de Dieu Mutabazi souligne que l’Afrique, et particulièrement le Burundi, dispose d’importantes ressources hydriques. Toutefois, leur développement dépendra des investissements que les États africains y consacreront et du niveau de prise de conscience pour le bien-être des populations.
Sur le plan de la paix et de la sécurité, il met l’accent sur quatre foyers de tensions : l’Est de la RDC, le Soudan, la Somalie et le Sahel. Il reste optimiste quant au rôle du Président Ndayishimiye dans la mise en œuvre de l’Accord de Washington et des résolutions 2773 et 2808 pour restaurer la paix, la sécurité et la souveraineté de la RDC.
M. Mutabazi considère que la présidence de l’UA représente une opportunité diplomatique majeure pour le Burundi permettant de renforcer ses relations internationales et d’attirer des partenaires financiers. Il insiste également sur la nécessité pour les pays africains de transformer localement leurs ressources naturelles afin d’augmenter la valeur ajoutée, créer de l’emploi et améliorer le climat des affaires grâce à une bonne gouvernance.
« Compte tenu du fait que plusieurs réunions seront organisées à Bujumbura ou à Gitega, il devient évident que cette promotion du président Ndayishimiye est une aubaine pour le secteur touristique et hôtelier. »
Ben qu’un mandat d’un an soit court, il estime qu’il peut produire des résultats significatifs si les priorités sont clairement définies et les efforts concentrés sur quelques objectifs stratégiques.
Gaspard Kobako : « Il y a risque d’éventuelles retombées négatives si les objectifs annoncés ne produisent pas de résultats tangibles. »
Le président de l’Alliance nationale pour la Démocratie (AND), Gaspard Kobako, considère la présidence tournante de l’Union africaine par le chef de l’État burundais comme une occasion stratégique de redynamiser et d’améliorer l’image de la diplomatie nationale.
Selon lui, cette responsabilité continentale exige une communication institutionnelle harmonisée, des équipes compétentes et un protocole irréprochable. Il estime que les quelque quatre cents réunions prévues durant le mandat pourraient constituer une opportunité d’emplois, à condition que l’inclusivité prime sur toute logique partisane. « Une telle approche contribuerait à soigner l’image intérieure du pays d’autant plus que cette année sera marquée par des échéances électorales au Burundi et dans plusieurs États africains. »
Le président de l’AND voit dans cette présidence une opportunité de promouvoir le tourisme burundais et de générer des devises en mettant en avant le potentiel des nombreux sites touristiques du pays.
Selon lui, les trois piliers majeurs de l’organisation continentale – l’eau et l’assainissement, la paix et la sécurité ainsi que la renaissance africaine – offrent au Burundi une occasion de montrer l’exemple en commençant par résoudre ses propres défis internes. « On n’est mieux servi que par soi-même », souligne-t-il, plaidant pour le développement des adductions d’eau potable à travers le pays, la modernisation des réseaux vétustes et une amélioration de la salubrité dans les ménages comme dans les centres urbains.
Gaspard Kobako rappelle par ailleurs que les enjeux de paix et de sécurité restent au cœur des préoccupations africaines, dans un contexte où le multilatéralisme est mis à rude épreuve. Il met en garde contre d’éventuelles retombées négatives si les objectifs annoncés ne produisent pas de résultats tangibles. Il rappelle l’engagement du président burundais de « faire taire les armes partout où elles crépitent » afin de rétablir la paix et la sécurité sur le continent. Un défi qu’il juge particulièrement complexe dans un contexte marqué par des tensions persistantes.
Il évoque également les difficultés liées au retour à l’ordre constitutionnel dans certains pays touchés par des coups d’État. Il estime que la réussite de ce mandat dépendra de la capacité du président en exercice de s’appuyer sur l’expérience de ses prédécesseurs et de proposer des solutions pragmatiques face aux multiples crises qui secouent le continent.
Le président du parti AND estime que cette présidence ne doit en aucun cas servir de prétexte pour reléguer au second plan les priorités nationales. Il pointe en particulier la pénurie persistante des carburants qu’il juge intenable.
Il souligne que l’absence de réserves stratégiques asphyxie l’économie nationale. La rareté et la flambée des prix des produits vivriers, des médicaments ou encore des matériaux de construction sont, selon lui, largement liées à cette crise énergétique.
Kefa Nibizi : « Le président en exercice de l’UA n’exerce pas un pouvoir exécutif direct »
Le président du Codebu estime que l’accession du Burundi à la présidence rotative de l’Union africaine représente une opportunité diplomatique et économique majeure. « Cette responsabilité renforce l’image du pays et accroît sa visibilité sur la scène internationale. »
Il considère qu’en assumant la présidence tournante, le Burundi porte la voix du continent lors des grands rendez-vous mondiaux. Il place le chef de l’État au centre des échanges avec les dirigeants des grandes puissances et des organisations internationales. « C’est un levier pour renforcer la coopération et attirer des financements. Les réunions et visites officielles pourraient également générer des retombées économiques indirectes », souligne-t-il.
M. Nibizi indique que l’accroissement de la crédibilité diplomatique pourrait ainsi se traduire par des opportunités financières. C’est dans un contexte où la visibilité institutionnelle joue un rôle déterminant dans les décisions d’appui budgétaire ou de soutien aux projets. « Beaucoup de réunions et de visites peuvent constituer un souffle pour l’économie burundaise », soutient-il.
M. Nibizi trouve que cette responsabilité ne devrait pas détourner l’attention du chef de l’État au profit des affaires continentales. « La gestion quotidienne de l’Union africaine est assurée par sa Commission, dirigée par un président indépendant. Le président en exercice de l’UA n’exerce pas un pouvoir exécutif direct. Il a un rôle beaucoup plus protocolaire. », souligne-t-il.
Il met en garde contre des attentes excessives. Il rappelle que l’Union africaine ne dispose pas de ressources financières pour financer directement des projets d’envergure dans ses États membres.
Selon lui, l’organisation panafricaine fonctionne en grande partie grâce aux contributions et aux appuis extérieurs. Ce qui limite sa capacité à générer des « aubaines » financières immédiates pour le pays assurant la présidence.
M. Nibizi insiste sur la nécessité d’améliorer la gouvernance et la démocratie à l’intérieur du pays. Il appelle également à des améliorations concrètes afin d’accueillir dignement les délégations venant au Burundi. Il évoque notamment la nécessité de garantir une meilleure accessibilité à Internet, la disponibilité de devises et du carburant, etc.
Selon lui, il serait préjudiciable pour l’image du pays que des visiteurs de haut rang soient confrontés à des difficultés logistiques ou techniques.
Faustin Ndikumana : « Ce n’est pas vraiment un exploit du leadership actuel. »
« Depuis même un certain temps, on a subdivisé l’Afrique en cinq régions. Cette présidence tournante est une chose normale. Je ne comprends même pas pourquoi on a organisé ces cérémonies grandioses. C’est une spéculation peut-être. Malheureusement, l’homme politique a toujours tendance à exploiter politiquement tout événement soi-disant que c’est un choix lié à des prouesses extraordinaires manifestées par le Burundi ou son leader. C’est un choix lié à la présidence tournante normale », analyse le directeur national de Parcem.
Pour M. Ndikumana, c’est un comportement d’un autre âge de constater qu’on doit paralyser toute la ville pour venir acclamer le président de la République. « Nous nous approchons des élections L’homme politique sait ce qu’il doit récupérer de cet événement pour s’en approprier les résultats. Ce n’est pas un événement extraordinaire. »
Selon M. Ndikumana, l’Union africaine est une organisation qui a des faiblesses de nature à entraver son efficacité et sa capacité d’influencer le cours des événements dans le monde. Il indique que les défis de l’Afrique sont connus depuis longtemps : la pauvreté, les maladies, les guerres, le népotisme, le clanisme, la corruption, la fuite des capitaux et des cerveaux, le problème des droits de l’Homme, le terrorisme, la faible industrialisation, … « Ces défis restent d’actualité. Le Burundi ne va pas faire un exploit avec une organisation qui a des défis qui le hantent depuis longtemps. Elle manque de moyens. Vous n’ignorez pas que les cotisations de l’Union africaine sont mal libérées. Il y a des pays qui ne cotisent pas régulièrement. Vous vous souvenez que l’Union africaine a fait recours à la Chine pour pouvoir construire son siège actuel. Cinquante pays membres qui ne peuvent pas se construire un siège pour abriter ses services. »
M. Ndikumana rappelle qu’il y a aussi des courants contradictoires qui traversent les pays au niveau du leadership africain. « Certains pays sont taxés de nationalistes, de pro-russes et de pro-chinois. D’autres sont taxés de vassaux des occidentaux. Cela limite le renforcement de l’unité africaine. Vous voyez l’état de la démocratie en Afrique. L’Union africaine est une mosaïque d’Etats. Les organisations sous-régionales lui volent la vedette au niveau de la résolution des crises. Il y a aussi l’action des grandes puissances. Dans son discours, le Président Evariste Ndayishimiye a dit qu’il va faire taire les armes et régler les conflits. Je ne crois pas que l’Union africaine a un mot à dire par rapport à ces conflits. Concernant la crise à l’Est de RDC, la médiation échappe déjà à l’Union africaine. Les Américains sont en train de chercher les minerais de même que les Chinois, les Russes, les Japonais, les Indiens, etc. Ce n’est pas le Burundi ou l’Union africaine qui vont influencer le cours des événements. »
Il y a des défis intérieurs, poursuit-il. Que le président Ndayishimiye ne perd pas son temps en disant ‘’Je vais changer le monde, l’Afrique à travers l’Union africaine’’ alors qu’il y a des défis internes qui sont en train de créer une déconfiture sociale dans le pays. « Les jeunes sont en train de fuir le pays, l’inflation est dans une situation incalculable, le carburant manque. Dans le temps, il y avait des chefs de famille qui allaient pavoiser en prenant du Heineken alors que la ration à la maison n’est pas donnée et que les enfants ne vont plus à l’école. Il faut qu’il s’occupe d’abord des problèmes burundais. »
D’après Ndikumana, il ne faut pas nourrir d’illusions que le Burundi, avec la présidence de l’Union africaine, il y aura un afflux d’investisseurs étrangers. « Ceux derniers, quand ils viennent, ils analysent. Ils sont des experts pour analyser la situation macroéconomique, l’environnement des affaires dans un pays, la situation sécuritaire, la justice indépendante. Le commerce transfrontalier est aux arrêts avec deux frontières qui sont fermées. Comment un investisseur peut venir au Burundi soi-disant que ce dernier préside l’Union africaine ? »
Gabriel Rufyiri : « On ne peut pas aller résoudre des problèmes ailleurs au moment où tout autour de vous, c’est déjà problématique. »
« Le contexte actuel au niveau mondial est polarisé par des conflits ou par des guerres perpétrées par les grandes puissances. Quant à l’Afrique, elle souffre de beaucoup de problèmes : les dictateurs qui ne cherchent qu’à s’accaparer de la richesse en passant par des élections truquées ainsi que les guerres soit causées par les puissances ou ces mêmes dictateurs. L’Union africaine reste une organisation dépendante des puissances où il est très difficile vraiment d’avancer sur des dossiers importants. Elle est entre le marteau et l’enclume dans ces problèmes mondiaux. »
Pour le président de l’Olucome, le chef de l’Etat burundais n’a pas beaucoup de marge de manœuvre. « Un autre défi pour notre Président, c’est le contexte régional au niveau des pays limitrophes. Dans la sous-région, il y a ce problème de fermeture des frontières. C’est déjà un défi majeur. On ne peut pas aller résoudre des problèmes ailleurs au moment où tout autour de vous, c’est déjà problématique. On ne peut pas aller dire que les réfugiés d’un tel pays rentrent au moment où tes propres citoyens sont à l’extérieur. Je pense que c’est un contexte un peu délicat. »
M. Rufyiri indique qu’il y a des défis exogènes et endogènes. « Ce sont d’abord les hommes qualifiés. Quand vous regardez comment le CNDD-FDD fonctionne, c’est un défi majeur. Dans leurs têtes, quand on sait manipuler un fusil, on dirait qu’on est capable de tout. On est expert en diplomatie, en économie, … La diplomatie s’étudie et ça se joue. Il faut qu’on utilise des experts en la matière parce que le Burundi sera appelé à diriger des réunions de haut niveau. Il faut avoir des diplomates chevronnés en vue de mener des réunions et des débats d’une manière appropriée. »
Un autre défi majeur est en rapport avec les infrastructures. « Le Burundi sera appelé à diriger plus de 400 réunions selon les statistiques de l’Union africaine. Si ces réunions sont organisées au Burundi, il y a ce problème de carburant, des infrastructures routières, des hôtels dont certains sont en faillite. Certes, c’est un atout car, c’est pour la première fois que le Burundi dirige l’UA. Si on pouvait mieux utiliser cette position, le Burundi pourrait en profiter. » Toutefois, il déplore que le tourisme ne soit pas développé car, d’après lui, ceux qui devaient le faire sont dans leurs affaires privées.
Gabriel Rufyiri trouve que paralyser toutes les activités pour aller accueillir le couple présidentiel est contraire à la vision 2040-2060. « Depuis 8h du matin, des écoliers, des élèves, des administratifs, de simples commerçants, tout le monde était appelé à s’aligner le long des routes. On pouvait faire un tapage médiatique sans perturber toutes les activités. Aligner les gens de 8h à 13 h ! On va gagner quoi si ce n’est que la glorification des émotions des individus ? On doit raisonner économiquement. »







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