Jeudi 18 juillet 2024

Culture

UE/PASACC : Des avancées dans le secteur culturel burundais, malgré les défis

27/01/2023 Commentaires fermés sur UE/PASACC : Des avancées dans le secteur culturel burundais, malgré les défis
UE/PASACC : Des avancées dans le secteur culturel  burundais, malgré les défis
Renovat Havyarimana : « Les bourses de mobilités octroyées par PASACC-Burundi aident les artistes burundais à participer aux festivals internationaux.»

Manque d’appuis financiers, contraintes linguistiques et difficultés d’accès au marché international sont quelques défis auxquels font face des artistes burundais. Le projet européen d’appui au secteur de la culture au Burundi (PASACC-Burundi), financé par l’Union européenne, vient appuyer les artistes à travers des formations, des renforcements de capacités et des bourses de mobilité.

Le projet d’appui sectoriel aux acteurs culturels et créatifs au Burundi (PASACC-Burundi) a pour objectif de valoriser la culture burundaise en professionnalisant les acteurs locaux, en améliorant la qualité des créations et en prodiguant un appui pour placer celles-ci sur le marché.

Financé par l’Union européenne à hauteur de près de 2 millions d’euros, ce projet est mis en œuvre dans les provinces de Bujumbura, Ngozi et Gitega. Il se focalise sur trois axes d’intervention à savoir l’entrepreneuriat culturel et créatif, renforcement des capacités managériales, artistiques, techniques et de diffusion ainsi que l’accès aux marchés créatifs et aux réseaux internationaux.

Pour l’axe entrepreneuriat culturel et créatif, 24 entreprises ont été sélectionnées dans deux groupes : six entreprises dans le programme « scale-up » et 18 entreprises débutantes à travers le programme « start-up ».
« Chacune de ses entreprises doit avoir un accompagnement de 15 mois par la Maison des Entrepreneurs de l’ADISCO (Appui au Développement Intégral et à la Solidarité sur les Collines). Ils ont 15 mois pour la période d’incubation et reçoivent plusieurs formations, coaching, mentorat avec des mentors internationaux pour qu’ils puissent renforcer leurs capacités dans l’entrepreneuriat culturel et créatif », explique Rénovat Havyarimana, coordonnateur du projet PASACC-Burundi.

Selon lui, au moins 48 entrepreneurs culturels, dont deux par entreprise ont été formés en matière entrepreneuriale pour les doter des instruments ou documents qui leur permettent de bien avancer dans leur travail.

« Concernant le renforcement des capacités managériales, artistiques et techniques, 225 jeunes artistes et opérateurs culturels ont bénéficié de 22 formations. Chacun a fait au moins deux ou trois formations », indique toujours Rénovat Havyarimana.

Selon lui, ces artistes et opérateurs culturels ont suivi des formations en technique de sonorisation, de production et de mixage. Des slameurs ont été formés sur le slam, la production des films documentaires et des séries TV. D’après lui, il y a eu aussi des formations en gestion de carrière artistiques, en administration culturelle et en droit de propriété intellectuelle.

Concernant les bourses de mobilité, des artistes et opérateurs burundais ont participé dans des évènements culturels internationaux de grande envergure avec l’appui de PASACC-Burundi.

Selon le coordonnateur de ce projet, 6 artistes opérant dans le secteur de l’art visuel ont participé dans le biennal artistique Dak’Art en mai 2022 à Dakar, 8 acteurs actifs dans le secteur du théâtre ont aussi participé à une manifestation culturelle Les Récréatrales en octobre 2022 à Ouagadougou. En plus, 12 artistes musiciens et manageurs œuvrant dans l’industrie musicale ont représenté le Burundi dans Visa for Music en novembre dernier à Rabat au Maroc.

Pour lui, ces bourses de mobilité sont des occasions pour les artistes burundais de gagner beaucoup plus d’expérience et d’accroître leur réseautage en cherchant des collaborations avec les praticiens du monde entier.

Des artistes saluent l’appui de PASACC-Burundi

« A travers ce projet, nous avons participé aux formations et au renforcement des capacités pour approfondir nos connaissances dans l’entrepreneuriat culturel et créatif », fait savoir Jean Claude Niyuhire, responsable d’une maison managériale de la troupe Amagaba, un club culturel burundais.

Il se réjouit d’avoir bénéficié d’une bourse de mobilité au Maroc pour rencontrer d’autres artistes du monde entier : « Cette bourse est importante, car on a pu apprendre des expériences des autres artistes internationaux afin de voir comment améliorer notre travail pour que nous puissions vivre de nos œuvres ».

Pour lui, cette bourse a été une occasion d’inviter des artistes internationaux à participer aux festivals organisés au Burundi : « Bientôt, des artistes provenant de différents pays participeront dans des festivals burundais ».

Et d’espérer que la troupe Amagaba ainsi que d’autres groupes culturels burundais seront désormais invités dans différents festivals internationaux grâce à ces bourses de mobilité payés par PASACC-Burundi.

Jean Claude Niyuhire apprécie beaucoup le projet PASACC-Burundi et demande sa prolongation. « Peu ont bénéficié des appuis de ce projet. Il y a encore beaucoup d’artistes burundais qui ont besoin d’appui pour développer leur métier ».

« A travers le projet PASACC-Burundi, j’ai fait beaucoup de formations. J’ai reçu deux certificats dans le domaine événementiel et dans le management des structures culturelles et artistiques. Pour le moment, je sais bien gérer ma maison KuzaMuzik », indique le musicien burundais André Ndabaneze, dit Andy Mwag.

La Chambre sectorielle de l’art et de l’artisanat (CHASAA), apprécie également l’appui du projet PASACC-Burundi. « Nous avons un partenariat avec ce projet. Nos artistes et artisans notamment des musiciens ainsi que ceux qui travaillent dans les services techniques ont soumis leurs projets et ont bénéficié de l’appui de ce projet », fait savoir David Kigongwe, chef d’antenne Bujumbura à la CHASAA.

Selon lui, beaucoup d’artistes ont amélioré leur niveau suite aux appuis de ce projet, ce qui a eu un impact positif à la vie d’un artiste burundais en général : « Le niveau des artistes et artisans burundais continue de s’améliorer. Leurs revenus gagnés de l’art et de la culture augmentent aussi avec le temps ».

Encore des défis à relever

Selon Jean Claude Niyuhire de la troupe Amagaba, peu d’artistes burundais ont une assurance maladie. Il confie que dans les autres pays, des artistes sont affiliés à des mutualités santé, comme les soins médicaux sont souvent difficiles à couvrir : « Certaines mutualités burundaises ont accepté de soutenir les artistes, de baisser les prix pour que les artistes puissent bénéficier de l’assurance-maladie. C’est un défi qu’il faut continuer à relever ».

Il regrette que le Burundi soit souvent absent dans des festivals internationaux. Selon lui, il est difficile pour les artistes burundais d’obtenir des visas pour se rendre à l’étranger et participer dans ces festivals. Et de demander à l’Etat burundais d’intercéder auprès des ambassades accréditées au Burundi.

Pour lui, le Burundi devrait être sur la scène internationale : « Lorsqu’un artiste est invité dans un festival à l’étranger, le pays en tire aussi profit. Dans d’autres pays, des sociétés et entreprises se mobilisent pour soutenir des artistes qui représentent le pays. Cela est rare au Burundi ».

Selon David Kigongwe, certains artistes et artisans peinent à accéder au marché international suite aux contraintes linguistiques.

David Kigongwe de CHASAA déplore que certains artistes burundais n’aient pas de visions sur le long terme. Selon lui, certains artistes ne préfèrent pas intégrer les coopératives, ce qui limite leurs marchés d’écoulement et leur potentialité.

« Les artistes et artisans burundais ont une contrainte linguistique. Dans la communauté est africaine (EAC), l’anglais est couramment utilisé. Pour ceux qui ne parlent pas l’anglais, il leur est difficile de négocier avec les clients sur le marché international ». Il demande le projet PASACC-Burundi à organiser des formations en langues étrangères pour les artistes et opérateurs culturels burundais.

Pour le coordonnateur du projet, Rénovat Havyarimana, le secteur culturel a beaucoup de défis. Pour lui, la question linguistique reste toujours un défi pour ceux qui opèrent dans le secteur culturel et artistique : « Il faut que les artistes et les opérateurs culturels trouvent des solutions pour faire face à ce défi ».

Concernant la couverture de tout le pays par PASACC-Burundi, en plus des trois provinces d’intervention, il espère l’extension du projet dans le reste du pays : « Le projet est conditionné par les fonds disponibles. On espère qu’il y aura d’autres initiatives de l’Union européenne et autres bailleurs qui couvriront d’autres provinces. Si on parvient à étendre le projet pour la deuxième phase, on verra si les autres provinces peuvent en bénéficier ».

Que faire pour que l’artiste vive de son métier ?

André Ndabaneze (Andy Mwag) appelle les artistes burundais à beaucoup travailler et à améliorer leurs productions.

Pour Andy Mwag de la maison KuzaMuzik, il est facile qu’un artiste burundais vive de son art : « Cela fait 20 ans que je fais de la musique. J’ai commencé par faire des karaokés. J’ai une femme et deux enfants. Je vis de la musique ».

Pour augmenter les revenus, explique-t-il, certains artistes intègrent des labels qui leur font des promotions : « On fait des concerts, on reçoit de l’argent pour subvenir à nos besoins. Nos chaînes YouTube nous aident aussi à gagner de l’argent ».

Il se réjouit que des œuvres artistiques burundais accèdent aux marchés internationaux à travers des plateformes en ligne. Et d’appeler le gouvernement du Burundi à signer des accords avec YouTube : « Cela boosterait la musique burundaise et ferait que nos productions soient connues sur le marché international. Sinon, on risque de sortir publier une chanson qui ne pourra pas être diffusée à l’étranger ».

Andy Mwag dénonce le problème de promotion dans l’industrie musicale burundaise. Pour lui, il est normal que les artistes étrangers soient aimés au Burundi : « On ne peut pas arrêter une bonne musique. Pour la musique burundaise, il faut d’abord qu’il y ait une promotion locale surtout dans les médias ».

Il appelle les musiciens burundais à travailler beaucoup et à améliorer la composition des chansons : « Il faut que les artistes burundais se ressaisissent et revoient leurs compositions pour que leurs chansons aient de l’originalité. Il faut fournir plus d’efforts pour que la musique burundaise occupe une place importante à l’étranger ».

Pour le responsable de la maison managériale de la troupe Amagaba, lorsqu’un artiste n’a pas une maison managériale ou une entreprise qui le soutient, il est très difficile de vivre de son métier. Il interpelle les artistes burundais à travailler ensemble et les entreprises à soutenir le secteur culturel et artistique.
Il recommande les états généraux de la culture et de l’art pour discuter les défis qui s’observent dans ce secteur, comment les relever ainsi que des stratégies pour porter la culture et l’art burundais à la scène internationale.

Pour lui, il faut qu’il soit organisé les états généraux de la culture et l’art pour étudier comment porter la culture et l’art burundais à la scène internationale.

Le projet PASACC-Burundi est étendu sur trois ans. Son but est de préserver le patrimoine culturel du pays par le biais de formations et d’appuis au développement de projets, mais aussi en créant des emplois pour la jeunesse. Il est mené par un consortium d’acteurs belges et burundais dont Menya Media, ADISCO et l’organisation belge Africalia.

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