Mardi 31 janvier 2023

Environnement

UE/LATAWAMA : Epurer les eaux usées pour protéger le lac Tanganyika

14/01/2023 2
UE/LATAWAMA : Epurer les eaux usées pour protéger le lac Tanganyika
Le laboratoire d’analyse des eaux usées réhabilité avec l’appui du projet LATAWAMA.

Le projet Lake Tanganyika Water Management (LATAWAMA), financé par l’Union européenne, a appuyé le gouvernement du Burundi dans la réhabilitation de la station d’épuration des eaux usées de Buterere au nord de la ville de Bujumbura. Cependant, des constructions anarchiques autour de cette station et la pollution continue du lac Tanganyika posent encore problème.

Doté d’un financement de l’Union européenne de 6,9 millions d’euros, le projet régional LATAWAMA contribue à la préservation de la qualité des eaux du lac Tanganyika à travers la mise en place d’un réseau de surveillance de la qualité des eaux du lac, la réduction de la pression anthropique avec l’amélioration de la gestion des déchets solides et liquides ; et le renforcement de l’Autorité du lac Tanganyika.

Mise en œuvre par l’Agence belge de développement (Enabel) et l’Autorité du lac Tanganyika, ce projet vise, au Burundi, l’optimisation du fonctionnement de la station d’épuration des eaux usées de Buterere qui accueille des eaux provenant des différents ménages de la ville de Bujumbura, les traiter d’une façon naturelle pour qu’elles soient déversées dans le lac Tanganyika avec les mêmes propriétés que les eaux du lac. Il vise aussi l’optimisation de son réseau de collecte ainsi que la réduction de l’impact de la pollution de la ville de Bujumbura sur la qualité de l’eau du lac Tanganyika.

« Le projet Latawama a financé le gouvernement du Burundi dans le domaine d’assainissement qui comprend trois grands volets à savoir l’assainissement pour les eaux pluviales, le traitement des déchets solides et le traitement des eaux usées », explique Jean Pierre Gatore, Commissaire général de l’Office burundais de l’urbanisme, de l’habitat et de la construction (OBUHA).

Pour lui, le projet est venu à point nommé. Il apprécie la réhabilitation du laboratoire des eaux usées et l’équipement de ses différents appareils.
Le commissaire général de l’Obuha fait savoir que les lits de séchage de cette station ont été aussi réhabilités : « Dans les bassins en aérobie, il y a des boues de vidange qui se déposent. On les achemine directement vers les lits de séchage. Ces lits ne fonctionnaient presque pas avant le projet, mais pour le moment, ils sont déjà réhabilités ».

Selon lui, LATAWAMA a aidé l’Obuha dans son programme de digitalisation. Pour le moment, précise-t-il, on peut trouver les paramètres hydrauliques, comme le débit, la pente à n’importe quel endroit grâce à la machine fournie par le projet.

En plus de la digitalisation, il y a eu la formation des ingénieurs et techniciens de l’Obuha. Ces derniers ont bénéficié d’une formation de quatre jours sur le programme de digitalisation. Ils ont été envoyés en Belgique pour apprendre le fonctionnement du système d’assainissement.

Jean Pierre Gatore se réjouit aussi de l’achat d’un véhicule pour le laboratoire : « Ce véhicule nous aide à faire des déplacements pour vérifier l’état des eaux usées à Bujumbura et autres localités du pays ; et faire des analyses physico-chimiques ».

Selon lui, d’autres activités sont en cours dans le cadre du même projet dont la mise en service d’une pompe qui va tirer les boues des bassins et les acheminer vers les lits de séchage, la caractérisation des boues de vidange ainsi que l’analyse de ces boues dans des laboratoires en Belgique pour voir s’ils ne contiennent pas des métaux nuisibles à l’agriculture.

Il apprécie l’efficacité de l’appui de LATAWAMA pour le Burundi. Selon lui, cela faisait des années que la station d’épuration avait un problème de fonctionnement surtout au niveau du laboratoire : « On ne voyait pas comment s’en sortir avec le programme de digitalisation ». Et d’espérer que la seconde phase de ce projet aura d’autres avantages pour que la station d’épuration fonctionne en bonne et due forme.

« Il est extrêmement important de pouvoir maîtriser le réseau de collecte et le fonctionnement de la station d’épuration pour une meilleure protection du lac Tanganyika », explique Didier Cadelli, chef de projet LATAWAMA.

Pour lui, la gestion des boues de cette station d’épuration est importante. Il apprécie la réhabilitation de l’infrastructure qui va gérer ces boues et permettre de les sécher ainsi que les valoriser en agriculture si celles-ci sont indemnes de pollution.
Il se réjouit de l’appui et de l’équipement du laboratoire d’analyses des eaux usées qui, pour lui, vont permettre le fonctionnement efficace de la station d’épuration.

Des constructions anarchiques, un défi face au plan d’extension

Malgré les initiatives du projet LATAWAMA, le ministère des Infrastructures et la coordination de ce projet déplorent des constructions anarchiques autour de cette station d’épuration des eaux usées.

« Des constructions augmentent à grande vitesse autour de la station d’épuration des eaux usées, ce qui est terrible et déplorable », a fustigé Dieudonné Dukundane, ministre des Infrastructures, de l’Equipement et des Logements sociaux, après une descente effectuée à cette station ce 7 janvier.
Pour lui, cette zone n’est pas saine pour y vivre : « C’est inacceptable que des enfants grandissent dans cet espace ». Il recommande la démolition de ces constructions à commencer par celles qui ne sont pas encore habitées.

Pour ceux qui disent posséder des documents justifiant l’acquisition légale des parcelles ou leur permettant d’y construire des maisons, le ministre des Infrastructures leur demande de les amener au ministère. Il rassure que l’Etat leur trouvera une autre place à habiter pour quitter cette zone.

« Il y a des constructions tout près des lits de séchage des boues, ce qui n’est pas du tout conseillé, puisque les boues de la station d’épuration peuvent être toxiques ou porter des odeurs. Il ne faut pas établir des habitations dans cette espace », confirme Didier Cadelli, chef du projet LATAWAMA.

Par ailleurs, le développement des constructions anarchiques autour de la station d’épuration des eaux usées de Buterere empêche toute perspective d’extension de cette station. Il confie qu’il y avait une perspective d’installer à Buterere un centre de stockage ou un tri des déchets solides, ce qui est important pour la ville de Bujumbura : « Le développement anarchique des habitations empêche toute perspective de développement de ce centre ». Il appelle l’administration à protéger le domaine public et l’utiliser à des fins publiques.

Nécessité des actions conjointes pour juguler la pollution du lac Tanganyika

Selon le chef de projet LATAWAMA, Didier Cadelli, la station d’épuration de Buterere ne collecte qu’une partie des eaux usées de la ville de Bujumbura, ce qui fait qu’une autre partie va directement dans les rivières qui se déversent dans le lac Tanganyika : « Nous ne pouvons pas dire que le lac Tanganyika est actuellement protégé, les activités que nous menons au niveau de l’Obuha que ce soit au niveau de collecte ou de la station d’épuration ont pour objectif de lui donner la capacité de gérer la station ».

Il évoque aussi la gestion des fosses septiques : « La preuve est l’actuelle épidémie de choléra à Bujumbura. Cette épidémie trouve probablement son origine dans la mauvaise gestion des eaux usées et des déchets solides ».

Pour protéger le lac Tanganyika, il recommande des actions conjointes et concertées sur l’ensemble des principales villes riveraines du lac Tanganyika : « La solution ne va pas être apportée par un petit projet de 7 millions d’euros, mais par une conscience collective et des activités conjointes entre les Etats membres ».

Il faut mettre en place une série de politiques de dépollution du lac Tanganyika visant la gestion des eaux usées, la gestion des déchets solides, la lutte contre la déforestation et l’érosion qui apporte pas mal de sédiments dans le lac Tanganyika ainsi que la lutte contre la pollution par les plastiques.

Pour le commissaire général de l’OBUHA, Jean Pierre Gatore, les eaux du lac Tanganyika sont aussi menacées par la jacinthe d’eau. Concernant la pollution chimique, il rassure que l’Obuha peut actuellement intervenir à n’importe quel endroit pour voir si les eaux des différentes rivières qui se jettent dans le lac répondent aux mêmes propriétés que les eaux du lac.

Il lance un appel vibrant à la population environnante du lac Tanganyika à le protéger, à ne pas y jeter des ordures ou autres déchets polluant ses eaux.

Des perspectives pour l’avenir

Didier Cadelli recommande des actions conjointes et concertées pour protéger le lac Tanganyika de la pollution.

Au moment où la première phase touche à sa fin et que la seconde phase (2024-2029) est en cours d’élaboration, les grandes perspectives de LATWAMA vont, selon le chef de ce projet, concerner à la fois la surveillance environnementale du lac tant pour la qualité de l’eau, mais aussi le suivi du niveau de la hauteur des eaux du lac.

Didier Cadelli fait savoir qu’avec les Etats membres de l’Autorité du lac Tanganyika, le projet va mettre en place la prévision, des politiques d’alerte, d’avertissement au niveau des fluctuations du niveau du lac : « Ces fluctuations peuvent être en hausse comme elles peuvent être en baisse. Elles ont des impacts à la fois sur les activités anthropiques, sur les infrastructures, sur l’écosystème, etc. ».

Pour prévenir les conséquences des débordements du lac Tanganyika comme des inondations, il appelle à la mise en place d’une politique qui doit porter l’information, la conscientisation, et la prévention du développement de l’urbanisation anarchique le long du lac : « Actuellement, le développement de l’urbanisation anarchique le long du lac est à proscrire au niveau de l’ensemble des pays riverains. Le respect des zones tampons doit être assuré ».

Jean Pierre Gatore : « Il faut décourager le système de fosses septiques et de puits perdus, car cela pollue la nappe phréatique »

Pour Jean Pierre Gatore, commissaire général de l’Obuha, la seconde phase du projet LATAWAMA devrait fournir plus d’efforts dans l’extension du réseau de collecte des eaux usées : « Les bassins de la station d’épuration accueillent actuellement 23 mille mètres cubes par jour alors qu’elle a une capacité d’accueillir 40 mille mètres cubes. Il y a beaucoup de ménages qui ne sont pas raccordés au réseau. Il faut décourager le système de fosses septiques et de puits perdus, car cela pollue la nappe phréatique ».

Le projet LATAWAMA intervient dans cinq villes de la sous-région dont quatre sont riverains du lac Tanganyika. Il s’agit de Bujumbura au Burundi, Kigoma en Tanzanie, Mpulungu en Zambie et Uvira en RDC. Le Rwanda est aussi intégré dans le projet en raison des eaux du lac Kivu qui se déversent dans le lac Tanganyika.

Ce projet vise également à équiper les laboratoires d’installation de panneaux photovoltaïques avec stockage de l’électricité afin de garantir le fonctionnement autonome des laboratoires.

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Jereve

     » Il faut décourager le système de fosses septiques et de puits perdus… ». Mais non, il faut d’abord exiger que l’état construise un réseau souterrain d’évacuation des eaux usées, et ensuite exiger que tous les particuliers connectent leurs eaux ménagères au réseau général d’égout. Peut-être que ce réseau (très vieux) existe au centre ville, mais pour les zones périphériques, je pense qu’il n’y a pas d’autres solutions que de se construire des fosses sceptiques. A l’impossible nul n’est tenu. Et quand viendra le temps de détruire tous ces fosses sceptiques/puits perdus pour connecter au tout égout, ça sera un véritable casse-tête pour les ingénieurs et un budget colossal.

  2. Stan Siyomana

    1. Vous ecrivez:« « Les bassins de la station d’épuration accueillent actuellement 23 mille mètres cubes par jour alors qu’elle a une capacité d’accueillir 40 mille mètres cubes. Il y a beaucoup de ménages qui ne sont pas raccordés au réseau. Il faut décourager le système de fosses septiques et de puits perdus, car cela pollue la nappe phréatique ».
    2. Mon commentaire
    Faudrait-il en deduire que certaines parties de Bujumbura, capitale economique du Burundi SONT ENCORE AU STADE DES VILLES EUROPEENNES DU MOYEN-AGE?
    « Le développement désordonné des villes médiévales rend difficile la mise en place de réseaux d’égouts souterrains. La chaussée est fréquemment constituée par de la terre, mais des pavés ou des galets sont quelquefois mis en place pour éviter qu’en l’absence de dénivellation et si le terrain est naturellement humide, elle devienne, à chaque orage, un bourbier malodorant3. La gestion des déchets se traduit par des réalisations qui débutent par l’usage de simples rigoles creusées à même le sol le long des façades des maisons puis des tranchées maçonnées, les caniveaux. Les rigoles, franchies par une passerelle de bois, sont des fossés plus ou moins grands faisant l’objet d’anecdotes ou de procès-verbaux d’enquêtes judiciaires qui racontent comment des passants éméchés se coincent les pieds dedans, s’y embourbent et s’y noient4… »
    https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89gout

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