Mercredi 30 novembre 2022

Société

UE-Burundi/Etats généraux de la communication et des médias : Appel au professionnalisme et à la liberté de la presse

25/11/2022 1
UE-Burundi/Etats généraux de la communication et des médias : Appel au professionnalisme et à la liberté de la presse
Claude Bochu : « La liberté de presse au Burundi reste un enjeu de taille au quotidien »

Lors de l’ouverture de la troisième édition des états généraux de la communication et des médias qui se tient à Gitega du 24 au 25 novembre, les participants ont appelé les médias et les journalistes à promouvoir le professionnalisme. L’Union européenne, appuyant cette édition dans le cadre de son projet d’appui aux médias, déplore que des journalistes burundais fassent encore face aux pressions et aux intimidations.

« L’Union européenne défend la liberté et le pluralisme des médias en tant que piliers de la démocratie moderne et en tant que catalyseurs d’un débat libre et ouvert », a déclaré Claude Bochu, chef de la délégation de l’Union européenne au Burundi.

Il a salué la « nouvelle loi burundaise sur la liberté des médias de 2018 » qui, selon lui, prévoit des garanties de l’indépendance éditoriale des rédactions vis-à-vis du pouvoir politique ou d’acteurs privés et fixe des exigences de transparence sur la propriété des médias. Et de se réjouir que le Burundi ait gagné 40 positions en deux ans au classement annuel de Reporters Sans Frontières sur la liberté de presse dans le monde.

« Néanmoins, la liberté de presse reste un enjeu de taille au quotidien. A cet égard, je voudrais saluer la résilience des nombreux journalistes burundais qui œuvrent dans des conditions difficiles faisant face tour à tour aux pressions et intimidations, à la réticence de certains de communiquer complètement, voire à des conditions de travail et salaires quelquefois incapacitants », a souligné le diplomate.

Claude Bochu a rappelé que le pendant de la liberté des journalistes est la déontologie : « C’est grâce à elle que leur profession est en mesure de fournir des informations abondantes, vérifiées, objectives et de qualité sur la marche du monde et celle du Burundi ».

Il a invité l’Etat à renforcer son rôle de facilitateur dans le respect de l’autonomie des médias. Et de s’interroger si des associations solides de journalistes ou d’éditeurs n’étaient pas pertinentes au Burundi afin d’être des interlocuteurs avec le Conseil National de la Communication ou plus généralement les autorités.

L’internet et les réseaux sociaux au menu des discussions

« L’internet et les réseaux sociaux font partie intégrante de nos modes de communication. Ils ont énormément augmenté l’accès aux informations de tout genre », a indiqué le chef de la délégation de l’Union européenne au Burundi. Cependant, il a regretté que ces derniers soient un moyen facile de propager des rumeurs et des informations délibérément fausses.

Pour Claude Bochu, le meilleur moyen de contrer les informations fausses est de mettre à disposition des informations fiables : « Il est réjouissant que les médias responsables soient davantage présents en ligne ».

« Dans le contexte actuel marqué par une montée en puissance de la désinformation accentuée par l’évolution des technologies, les professionnels des médias ne sont plus les seuls à produire des informations diffusées », a indiqué le représentant de l’UNESCO lors de ces états généraux. Pour lui, cela entraîne une certaine méfiance des acteurs à différents niveaux sur les contenus diffusés sur internet, les réseaux sociaux et ceux diffusés dans les médias classiques.

Selon lui, l’information est fondamentale pour toute société : « Elle permet au décideur comme au citoyen lambda de prendre la bonne décision en toute circonstance. Elle doit être disponible, accessible, mais protégée et véhiculée telle qu’elle est ».

Pour Prosper Banzombanza, vice-président de la République du Burundi.
« L’introduction des médias sociaux a également changé la physionomie du paysage médiatique burundais. Des médias qui échappent souvent au contrôle du régulateur ont vu le jour. »

Selon lui, avec l’internet, on est passé des médias de masse à la masse des médias. Il fustige que le métier de journaliste s’est ainsi ouvert à l’amateurisme, ce qui a entravé le professionnalisme : « L’internet n’est ni à ignorer ni à idolâtrer. On doit, donc, insister sur le professionnalisme dans la recherche de l’information pour que la population ne soit pas abusée ».

Prosper Banzombanza a invité les partenaires à appuyer les médias en renforçant leur capacité de collecte de l’information authentique : « Si les médias nous informent correctement, ils nous auront aidés à ne pas naviguer dans la tempête ».

« Le travail des médias a connu des hauts et des bas dans la dernière décennie »

D’après toujours le vice-président de la République, certaines recommandations des états généraux de la communication et des médias de 2011 ont été mises en œuvre, d’autres ne l’ont pas été parce que l’évolution du contexte les a rendus anachroniques ou quelque peu difficiles à mettre en œuvre.

« Depuis 2011, des radios et télévisions sont nées les unes après les autres avec des lignes éditoriales diverses, mais aussi avec des moyens matériels, financiers et humains souvent limités. »

Prosper Banzombanza a déploré que certains médias aient failli à leur mission principale d’informer et d’éduquer correctement la population : « Certains ont basculé au combat pour la conquête du pouvoir et de façon le moins démocratique. Cela a entraîné de manière générale une méfiance entre les pouvoirs publics et les médias ».

Il a demandé aux journalistes et aux médias de travailler avec professionnalisme et de servir aux Burundais des informations qui les aident à se forger leur bien-être.

Et d’inviter les participants à ces états généraux à affronter la dernière décennie de face, l’évaluer objectivement pour bien mener leur métier avec professionnalisme.

Pour les communicants, il les a appelés à ne pas être des prisonniers de la communication. Pour lui, la communication impose souvent des pratiques démagogiques qui finissent parfois par détourner le but de la politique.

Des participants appelés à évaluer la dernière décennie objectivement pour l’avenir du journalisme

« Le secteur de la communication et des médias a connu une évolution considérable surtout avec la généralisation de l’usage des réseaux sociaux et la multiplication des radios surtout communautaires », a estimé Léocadie Ndacayisaba, ministre de la Communication, des Technologies de l’Information et des Médias.

Pour elle, cette évolution a eu des impacts aussi positifs que négatifs sur la vie des consommateurs de l’information et sur la société.
Elle a confié qu’au cours de ces états généraux, des discussions porteront sur la viabilité, la régulation des médias et l’impact de l’évolution numérique au Burundi : « Les recommandations issues de ces assises seront consignées dans un document qui inspirera les actions, les stratégies dans les cadres légaux pour pallier les défis qui seront identifiés ».

Appuyée par l’Union européenne dans le cadre de son projet d’appui aux médias, la 3e édition des états généraux de la communication et des médias a vu la participation des directeurs des médias, des journalistes, des communicants, des représentants des partis politiques, des administratifs ainsi que d’autres partenaires des médias. Cette édition a comme thème « Jamais sans les médias ».

Financé à hauteur de 1,086,000 euros sur 24 mois, le projet d’appui aux médias de l’Union européenne a été lancé le 11 mai 2021. Il est mis en œuvre par les ONG Radio La Benevolencija et La Fondation Hirondelle. Ce projet vise à appuyer les médias burundais pour qu’ils puissent jouer leurs rôles à travers la démocratisation, la réconciliation et le dialogue.

L’appui direct aux médias inclut entre autres des activités de formation pour les jeunes blogueurs ainsi que des activités d’appui aux associations de journalistes. Le projet prévoit aussi des activités de renforcement du rôle des médias burundais comme mécanismes promoteurs de la bonne gouvernance, de la médiation et de la participation citoyenne.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Kira

    Une adresse directe à monsieur Claude Brochu, ambassadeur de l’Union européenne au Burundi.
    Monsieur l’ambassadeur, l’Union européenne est le plus important soutien de la profession journalistique au Burundi et les Burundais remercient sincèrement votre institution pour cela. Pourriez-vous aller encore plus loin et soutenir financièrement l’organisation d’ateliers visant à permettre aux journalistes burundais de connaître et de s’approprier la charte de Munich? Certains parmiles membres de la profession n’en ont peut-être jamais entendu parler.
    Merci.

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