Après son sacre à la présidence tournante de l’Union africaine — titre honorifique, certes, mais hautement symbolique —, le chef de l’État burundais a été accueilli en grande pompe à Bujumbura. Après le tapis rouge, ou vert, place aux tissus-pagnes déroulés et étalés sur l’itinéraire du couple présidentiel et de toute la délégation revenue d’Addis-Abeba.
La mobilisation orchestrée la veille pour préparer le retour triomphal du président Ndayishimiye a porté ses fruits. Hommes, femmes, jeunes gens, élèves et écoliers, sans oublier fonctionnaires et commerçants : tous étaient massés de part et d’autre de la route que le désormais président en exercice de l’UA devait emprunter. Et il ne s’est pas privé d’un bain de foule soigneusement encadré.

L’ordre avait été donné de fermer les établissements publics, les boutiques, les magasins et les marchés situés sur cet axe. Quelques pertes à déplorer, sans doute, mais il faut parfois consentir des sacrifices. Les grognements, heureusement, ont vite été couverts — étouffés — par les chansons et autres slogans, véritables chefs-d’œuvre des griots 2.0 mobilisés pour célébrer cette nouvelle consécration.
À la tribune de l’UA, le chef de l’État burundais a prononcé des mots forts, qui résonnent encore et qui pourraient bien rester mémorables : « L’Afrique que nous voulons se construit aujourd’hui. » Il a esquissé, comme un cahier des charges, les grands axes de son mandat d’un an. Parmi ces piliers : la paix et la sécurité. C’est, à l’évidence, primordial.
Rêvons, alors, comme s’y est autorisé le grand architecte de ce sacre. Les Congolais, et surtout ceux de l’Est, l’applaudiront à tout rompre s’il parvient à faire taire les armes dans leur région si durement meurtrie — permettant ainsi aux milliers de réfugiés qui survivent dans des camps-mouroirs de regagner enfin leur chère patrie. Les Rwandais l’applaudiront, eux aussi, s’il réédite les accolades chaleureuses avec leur président, peut-être après la réouverture des frontières avec le Burundi. Certes, quelques étapes ont été brûlées, et pas des moindres — mais tout est possible à ceux qui croient et qui espèrent.
Et les Burundais ? Ils l’applaudiront s’il parvient, au cours de ce mandat à la tête de l’UA, à remettre un peu de carburant dans nos stations-service, un peu d’argent dans nos poches et un peu plus de haricots dans nos assiettes. Charité bien ordonnée commence par soi-même — ou plutôt, par son propre pays. Après avoir (re)conquis les siens, leurs applaudissements nourris, fusant de toutes les provinces du pays, traverseront monts et vallées, brisant le mur du son et le précéderont jusqu’à Addis-Abeba.





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