Mardi 25 juin 2024

Environnement

Rumonge : les cultivateurs des palmiers à l’huile dans la tourmente

20/06/2023 Commentaires fermés sur Rumonge : les cultivateurs des palmiers à l’huile dans la tourmente
Rumonge : les cultivateurs des palmiers à l’huile dans la tourmente
Vue partielle des palmiers à huile inondés, à Minago

Des centaines d’hectares sont aujourd’hui inondés dans certaines localités de la province Rumonge. Et ce, suite à la montée des eaux du lac Tanganyika et aux crues de la rivière Murembwe. Les pertes sont estimées en millions de BIF.

A Gisenyi, zone Minago, à une vingtaine de km de Rumonge, la scène est désolante. De grandes étendues des palmiers à l’huile se trouvent dans l’eau. Les eaux du lac Tanganyika ont conquis plus de 100 km vers la route Bujumbura-Rumonge en cours de bitumage. Certains pieds de palmiers à l’huile ont déjà cédé, d’autres jaunissent.

Que ce soit les cultivateurs, les propriétaires des unités d’extraction d’huile de palme, c’est la désolation. « Regardez, c’est vraiment triste. Tout est dans l’eau, inondé. Or, ce sont ces palmiers à l’huile qui nous faisaient vivre. C’était notre vache laitière », se lamente Oscar, un cultivateur de Minago. Et les pertes sont énormes. « Moi, en cas d’une bonne production, c’était très facile d’avoir 1 million de BIF. Et aujourd’hui, je ne m’attends même pas à 200.000BIF », déplore-t-il. Ce père de six enfants se demande comment pourra-t-il subvenir aux besoins de sa famille.

Bernard Nyandwi, un autre cultivateur des palmiers à l’huile dans cette localité, se dit dépassé : « On n’avait jamais connu cela. Cette eau vient de passer plusieurs mois dans nos plantations. Ce qui fait que nos palmiers à l’huile jaunissent et s’assèchent. On ne peut donc rien attendre comme production. » Avec moins de 100 pieds de palmiers à l’huile, il indique qu’il pouvait avoir facilement 2 millions BIF par an.

Serges Nimubona est propriétaire d’une unité d’extraction de l’huile de palme à Minago. « Les palmiers à l’huile ne tolèrent pas beaucoup d’eau. Quand ils sont inondés, ils s’assèchent et la production chute. Aujourd’hui, on reçoit une petite quantité à transformer. Il y a une baisse remarquable », déplore-t-il. Il fait savoir que si la situation perdure, il sera obligé de renvoyer certains de ses ouvriers.

M.Nimubona ajoute que si un pied de palmier à l’huile s’écroule, les pertes ne sont pas seulement sur l’huile de palme : « Il y a plusieurs dérivés. Avec cette plante, on fabrique des balais vendus aussi au Rwanda et en Tanzanie. Les noix servent à fabriquer des savons, des tourteaux, du fumier, etc. Et les troncs sont utilisés comme combustibles par les fabricants des briques cuites. »

Il précise qu’1kg de noix est vendu à 1800BIF. « La fabrication des savons faisait vivre plusieurs familles. Il y a des femmes, surtout des veuves, qui nous achetaient ces noix pour fabriquer des savons. Comment vont-elles vivre si les palmiers à l’huile venaient à disparaître à cause de ces inondations ? »

Il ne doute pas, en outre, que cela va aussi entraîner une hausse du prix de l’huile de palme. Selon lui, un bidon de 5 litres se vend entre 25.000BIF et 30.000BIF alors qu’avant, son prix se situait entre 10.000BIF et 13.000BIF.

De surcroît, Minago ne fait pas figure d’exception. Plus on avance vers la ville de Rumonge, tout au long de la route Bujumbura-Rumonge, plus le paysage a changé. A l’entrée de la ville, quand on observe vers le lac Tanganyika, des plantations de palmiers à l’huile sont inondés. Certains espaces, qui étaient occupés par cette plante chère aux natifs du sud du pays, sont vides. Ils ne restent que quelques pieds dispersés alors qu’auparavant cette partie offrait un spectacle verdoyant.

Idem à Kanyenkoko. Les plantations sont envahies par le lac et la rivière Murembwe. Dans cette localité, des dégâts sont enregistrés. Daniel Mpabwanayo, un cultivateur des palmiers à l’huile, est désemparé : « Lors de la récolte, je pouvais avoir un bidon de l’huile de palme, ce qui me procurait 70.000BIF. Mais, aujourd’hui, voilà, tout est parti. »

Ce père de famille, quadragénaire, affirme que sa plantation était très importante pour sa famille et la commune : « Quand on vend de l’huile de palme au marché, nous payons la taxe communale. Aujourd’hui, je n’ai rien. »

L’OHP compâtit

« La situation est grave. Les pertes sont énormes. Environs 500 hectares de plantations de palmier à l’huile sont inondés », indique Mme Gaudence Nizigiyimana, directeur général de l’Office du palmier à l’huile (OHP).
Elle indique que la question a été soumise au ministère de l’Environnement, Agriculture et Elevage : « Vers fin avril, une délégation du ministère est venue sur le terrain pour constater les dégâts afin de décider quoi faire. Nous espérons qu’une solution sera trouvée. »

Pour elle, le curage de la rivière Murembwe peut être une des solutions : « Probablement que cela est dû à l’envasement du lit de cette rivière. »

Cette autorité estime que la situation a empiré parce que la zone tampon de cette rivière n’est pas respectée : « Cette zone de 25 m ne devrait pas être exploitée. Nous demandons aux cultivateurs de ne pas y installer des cultures, des plantations. » Pour le lac Tanganyika, elle leur rappelle que cette zone tampon est de 150 m.
Nous avons essayé d’avoir l’avis du ministère de l’Environnement, Agriculture et Elevage, sans succès.

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