Elections, renouvellement des institutions, mise en application du nouveau découpage administratif, … Tels sont, entre autres, les évènements politiques qui ont marqué l’année 2025.
Un début de la campagne pas comme les autres. Comme aux jeux olympiques, en guise de lancement de la campagne électorale pour les législatives et les communales, un défilé des partis politiques avec leurs drapeaux a été organisé le 9 mai, au stade Ingoma de la province de Gitega.
En l’absence de la coalition Burundi Bwa Bose dont faisait partie, à sa création, l’opposant Agathon Rwasa et ses proches après son éviction à la tête du parti CNL, des candidats des différentes formations politiques, des indépendants, … ont défilé devant le président de la République.
Une occasion pour Evariste Ndayishimiye d’appeler toutes les parties prenantes aux élections au respect mutuel de la loi : « Je vais mettre en garde toute personne qui tenterait de perturber les élections, elle serait punie selon la loi.» Et d’inviter les organes étatiques, les magistrats et les administratifs à la neutralité
Une campagne différemment appréciée
Pour les uns, la campagne pour les législatives et communales du 3 mai au 2 juin 2025 déroulée aux allures de la présidentielle. « Il est prévu des élections législatives et communales, mais sur le terrain, nous remarquons que le chef de l’Etat, le secrétaire général du CNDD-FDD et les présidents des partis politiques prononcent des discours allant dans le sens des projets nationaux alors que ce sont les candidats qui devraient se présenter devant l’électorat de leurs localités », avait critiqué Jean Nduwimana, président de l’Association des jeunes pour la non-violence active (AJNA).
De son côté, Hamza Venant Burikukiye, représentant légal du Capes+ en faisait une autre lecture. Pour lui, c’est normal que les candidats pour les législatives et les communales de 2025 soient moins visibles lors des meetings. « Comme les candidats députés et membres des conseils communaux sont issus des listes bloquées des partis politiques, des coalitions des partis et des indépendants, rien d’anormal que ce soient le chef de l’Etat et les chefs des partis politiques qui occupent le devant de la scène dans la campagne électorale. »
Un double scrutin
Après 21 jours de campagne électorale, le 5 juin, 5 998 977 électeurs ont été appelés à élire les 103 députés et des membres des conseils communaux de 42 communes selon le nouveau découpage administratif.
Au total, il y avait 14 103 bureaux de vote selon la Ceni au niveau national.
A l’étranger, la diaspora et les missions de maintien de la paix, il y avait 53 bureaux de vote pour 14 521 électeurs. Ce qui faisait, selon la Ceni, un total de 14 156 bureaux de vote avec 6 013 498 électeurs.
Un recul démocratique pour l’opposition
Au lendemain du scrutin, le CNDD-FDD a enregistré un score historique en remportant la totalité des sièges à l’Assemblée nationale et dans les conseillers communaux.
Une victoire sans suspense pour Révérien Ndikuriyo, qui a salué l’intégrité et le déroulement de ces élections.
Mais, pour certains politiciens, il s’agissait d’un véritable scandale. Par exemple, Anicet Niyonkuru, président du parti CDP parle d’un hold-up électoral. « C’est une profonde indignation. Je ne peux pas même trouver un nom adéquat pour exprimer ce que vient de faire le gouvernement du Burundi, la Ceni et le parti au pouvoir. » Selon lui, ces résultats représentent un recul démocratique.
Pour Jean de Dieu Mutabazi, président du parti Radebu, c’est un tournant pratiquement à 180° de la démocratie au Burundi. D’après lui, les autres partis n’existent que de nom, sur papier.
Gérard Hakizimana, président du Consortium de la société civile pour l’observation des élections estime par contre que le double scrutin a été libre, démocratique, apaisé et transparent. Il a d’ailleurs félicité le parti de l’Aigle pour sa victoire.
Un Parlement monocolore
Issue des élections législatives du 5 juin 2025, l’Assemblée nationale a mis en place son bureau le 28 juillet 2025, à la suite du décret présidentiel du 21 juillet convoquant la nouvelle législature. Sans surprise, Gélase Daniel Ndabirabe a été reconduit à la tête de l’institution avec 98,1 % des suffrages exprimés pour un mandat de cinq ans. Il est assisté par Fabrice Nkurunziza, Premier vice-président, et Boussessia Nzeyimana, Deuxième vice-présidente. Pour la première fois depuis la signature de l’Accord d’Arusha, le bureau est entièrement composé des membres issus d’un même parti politique.
Mise en place du bureau du Sénat
Après la large victoire du parti CNDD-FDD aux sénatoriales du 23 juillet, les sénateurs se sont réunis le 5 août 2025 pour procéder à la mise en place de leur bureau.
Gervais Ndirakobuca, ancien Premier ministre, a été élu président pour un mandat de cinq ans. Générose Ngendanganya et Clotilde Kampimbare ont été élues respectivement premières et deuxièmes vice-présidentes.
Le nouveau gouvernement
À l’issue des élections, l’Exécutif burundais a connu une nouvelle configuration, marquée par le resserrement des ministères, passant de 15 à 13. Nestor Ntahontuye a été nommé à la tête de ce gouvernement en tant que Premier ministre.
Marie Chantal Nijimbere, nommée ministre de la Défense nationale, est devenue la première femme à occuper ce poste, marquant ainsi un tournant historique au sein de cette institution.
Un nouveau gouvernement qui n’a pas droit à l’échec
Alors que le pays faisait face à de nombreuses crises multisectorielles, dont la pénurie des carburants, des tensions diplomatiques avec le Rwanda, en passant par l’urgence macroéconomique indispensable à la relance d’une économie à bout de souffle, de nombreux observateurs ont estimé que ce gouvernement n’avait pas droit à l’erreur.
L’opposant Agathon Rwasa a estimé que ce gouvernement était arrivé dans un contexte de dérive autoritaire, marqué par des élections qu’il a jugées sans crédibilité. Il a dénoncé un système en place depuis plus de vingt ans qui a sapé les fondements de la réconciliation nationale issus de l’Accord d’Arusha, notamment le principe du partage du pouvoir. « Même si certains profils ont suscité un léger optimisme, je suis resté sceptique. Car, tout s’est décidé au sein du Conseil des sages et non dans les institutions républicaines. Tant que ce conseil a conservé son pouvoir informel, rien n’a bougé ».
Kefa Nibizi, président du Codebu, a souligné que ce gouvernement, à l’instar des autres institutions issues du scrutin de 2025, a exclu l’opposition « victime d’une fraude électorale ». Il a toutefois reconnu la compétence de certains membres. « Beaucoup ont disposé d’une solide expérience administrative, ce qui a pu rassurer ».
Pour le politologue Julien Nimubona, il faut accorder le bénéfice du doute aux nouveaux acteurs et les juger à l’épreuve des faits. Selon lui, même lorsque les profils sont jugés bons, il est nécessaire d’interroger le système politique dans son ensemble, notamment la culture politique du parti dont est issu l’acteur, l’héritage institutionnel du système ainsi que l’environnement administratif avec lequel un ministre a été appelé à collaborer.
Les nouveaux gouverneurs
Après l’entrée en vigueur de la loi n°1 du 16 mars 2023 portant détermination et délimitation des provinces, communes, zones, collines et quartiers – une réforme qui a réduit le nombre de provinces de dix-huit à cinq et de communes de 119 à 42 tout en réaménageant les entités de base, le chef de l’État a nommé par décret le 3 juillet les cinq gouverneurs de province.
Il s’agit de Denise Ndaruhekere, gouverneure de la province de Buhumuza ; Aloys Ndayikengurukiye pour Bujumbura ; Parfait Mboninyibuka pour Burunga ; Victor Segasago, pour Butanyerera ainsi que Liboire Bigirimana pour Gitega.
Trois d’entre eux sont des membres du CNDD-FDD. Les deux autres sont des généraux de l’armée et de la police ayant combattu lors de la rébellion.





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