Jeudi 08 janvier 2026

Économie

Rétro Économie 2025 : Pas de progrès notable

Rétro Économie 2025 : Pas de progrès notable
La frontière Gatumba-Kavimvira fermée depuis le 10 décembre 2025

L’année 2025 ne diffère pas beaucoup de celle qui la précède en matière économique. La situation n’a pas connu de progrès malgré les nombreuses observations apportées par des analystes et experts en économie. Paralysie du commerce transfrontalier, plusieurs rebondissements dans la réhabilitation du marché central de Bujumbura et bien d’autres difficultés.

Depuis la fermeture des frontières entre le Burundi et la RDC, intervenue le 12 décembre 2025, c’est tout un pan de l’économie locale qui est à l’arrêt, notamment au marché dit « Kwa Siyoni » (City Market), point névralgique des échanges entre les deux pays.
Dans ce marché, autrefois animé, l’ambiance est désormais morose. Les commerçants et agences de voyage, autrefois florissants, vivent dans l’incertitude totale. « Nos enfants vont mourir de faim parce que l’agence était notre seul gagne-pain », déplore un employé somnolant dans une agence presque déserte.

Même les vendeurs de stands ont perdu tout espoir. Leurs regards vides et leur désintérêt pour les passants reflètent la dure réalité : sans clients venus de la RDC, le marché est presque sans vie. « Nos principaux clients sont ceux qui font des navettes entre le Burundi et la RDC. Les clients locaux sont rares », confie l’un d’eux.

Du côté de la zone Gatumba, la fermeture de la frontière Gatumba-Kavimvira a également provoqué une onde de choc. De nombreux habitants, dont la survie dépendait du petit commerce transfrontalier surnommé « Mupaka shamba letu », se retrouvent dans une situation de détresse économique aiguë.

Catherine Niyonzima, mère de quatre enfants, raconte sa désillusion : « Je suis commerçante et c’est le métier qui me faisait vivre. Mon mari est motard, et avec cette pénurie de carburant, c’est moi qui le soutenais grâce aux revenus de mon commerce à Uvira. Je ne sais pas comment je vais me relever avec cette fermeture. »

Le commerce transfrontalier asphyxié

Selon l’économiste Jean Ndenzako, la fermeture de la frontière de Gatumba/Kavimvira entraînerait une chute brutale et immédiate d’environ un quart (27,1 % en 2024) des recettes d’exportation totales du Burundi. « Ceci affecterait directement les commerçants transfrontaliers (petits et grands), et aurait un impact macroéconomique lourd sur la balance commerciale et les devises étrangères du Burundi. »

Pour Dr Diomède Ninteretse, économiste, la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC a des conséquences directes sur l’économie burundaise. La prise de la ville d’Uvira par le M23 est, selon lui, une « mauvaise nouvelle » pour le Burundi. « Depuis un bon moment, le Burundi entretient de bonnes relations transfrontalières avec Uvira. Les Congolais venaient nombreux s’approvisionner ici, notamment chez Siyoni, un marché stratégique pour eux. »

Pour Faustin Ndikumana, directeur national de Parcem le commerce transfrontalier est l’un des secteurs les plus affectés. Le Burundi entretenait un commerce très dynamique avec l’Est de la RDC. Les opérateurs congolais venaient s’approvisionner à Bujumbura. Les Burundais eux, vendaient à Uvira et dans les localités proches de la frontière.

La fermeture actuelle coupe net ces échanges. Les devises congolaises qui affluaient sur notre marché disparaissent. Bujumbura était devenu une plaque tournante pour plusieurs opérateurs économiques en RDC proches de la frontière.

Ex-marché central : un chantier fantôme au cœur de Bujumbura

Plus d’un an après le lancement des travaux préparatoires pour la construction de Buja City Plaza sur le site de l’ex-marché central, le chantier reste au point mort. Malgré les promesses initiales d’Ubaka Nation Group de financer seul la reconstruction, le gouvernement a annoncé le 11 novembre 2025 un partenariat public-privé pour relancer un projet devenu symbole de lenteurs, d’incertitudes et de méfiance citoyenne.

Le chef du gouvernement a annoncé la mise en place d’une société mixte dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), censée relancer le dossier de la reconstruction de l’ex-marché central de Bujumbura. Cette déclaration a marqué toutefois une rupture notable avec les engagements pris un an plus tôt par Fablice Manirakiza, le patron d’Ubaka Nation Group.

Alors que plus de deux milliards de FBu ont été dépensés pour le déblaiement de l’ex-marché central, le site présente aujourd’hui un visage inchangé. Le terrain reste entièrement clôturé, sans aucun accès ni activité visible à l’intérieur.

Pour Faustin Ndikumana, directeur national de Parcem, le partenariat public-privé est une solution pour plusieurs gouvernements qui cherchent à financer les grandes infrastructures pour le besoin de la population et soutenir le développement économique.
« Les avantages du partenariat public-privé sont importants. Mais il convient de bien définir et de respecter le rôle de chaque acteur. Il y a plusieurs modèles d’accords différents mais qui sont extrêmement complexes et dont la réussite suppose des compétences de deux côtés. »

Quand le prix des produits sur le marché défie la chute du dollar

Le coût du dollar était orienté à la baisse en novembre 2025 sur le marché noir, passant de 7 300 à 6 300 BIF. Pourtant, les prix des produits sur le marché ne suivaient pas cette tendance descendante.

Au marché de Ngagara II dit « Cotebu », la baisse du dollar n’a pas freiné la hausse des prix des produits alimentaires locaux et ceux importés. Un commerçant, qui a préféré garder l’anonymat, expliquait que les prix varient en raison de nombreux facteurs.
« Les produits importés de l’étranger n’ont pas baissé de prix sur les marchés extérieurs. De plus, nous avons encore en stock des marchandises approvisionnées avant la chute du dollar. Il faut aussi comprendre que nous fixons nos prix en tenant compte des dépenses engagées. Nous sommes nous-mêmes consommateurs avant d’être commerçants. »

Le système de quotas de carburant mis en cause par les usagers

Depuis l’introduction de l’application Igitoro Pass, qui gère les quotas de carburant en date du 5 octobre 2024, des usagers signalent des irrégularités. Certains voient leurs quotas consommés sans les avoir utilisés, d’autres disparaissent avant d’être consommés. Le directeur général de la Sopebu, Samuel Ndayiragije, pointe le rôle de certains pompistes dans ces anomalies, notamment dans la consommation frauduleuse des quotas.

Cependant, la disponibilité des carburants demeure problématique pour les automobilistes. Ce qui affecte considérablement le secteur du transport. Les longues files d’attente de bus au centre-ville persistent et les conditions de voyage précaires illustrent les difficultés quotidiennes auxquelles sont confrontés les citadins.

Certains propriétaires de stations pointent du doigt la Sopebu. Ils parlent d’une « livraison au compte-goutte et dans un temps élastique que fait la Sopebu aux propriétaires des stations-service ».

Budget 2024-2025 : un faible taux d’exécution dans le secteur des infrastructures
Dans l’exercice 2024-2025, le ministère ayant les infrastructures dans ses attributions avait un budget annuel de plus de 329 milliards de BIF. Cependant, seuls 30 % du montant prévu ont été utilisés dans le secteur des infrastructures selon Faustin Ndikumana, directeur national de Parcem. Il souligne qu’après analyse de l’exécution budgétaire de 2024-2025, surtout en matière de réalisation des infrastructures, le taux d’exécution de ces dernières était faible, presque moins de 30 % annuellement.

Il fait constater qu’on ne pourra pas soutenir la croissance économique sans consacrer des fonds suffisants à l’investissement dans les infrastructures.

L’année 2025 ne diffère pas beaucoup de celle qui la précède en matière économique. La situation n’a pas connu de progrès malgré les nombreuses observations apportées par des analystes et experts en économie. Paralysie du commerce transfrontalier, plusieurs rebondissements dans la réhabilitation du marché central de Bujumbura et bien d’autres difficultés.

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