Près de six mois après la vente de leurs récoltes à la société Cogerco, les cultivateurs de coton des communes Cibitoke et Bukinanyana, dans la province de Bujumbura, dénoncent le non-paiement de leurs productions. Endettés, menacés par les banques et confrontés au manque d’intrants, ils redoutent l’effondrement définitif de la filière coton dans la région.
L’inquiétude grandit parmi ces producteurs de coton. Selon les informations recueillies auprès de plusieurs cultivateurs, près de six mois se sont déjà écoulés depuis que la Compagnie de gérance du coton, Cogerco a acheté leurs récoltes sans qu’aucun paiement ne leur ait été versé jusqu’à ce jour.
Les agriculteurs affirment avoir livré leur production dans un contexte difficile. Certains ont dû céder leurs cotons alors qu’il commençait à se détériorer dans les lieux de stockage : attaques de rongeurs, risques d’incendie, humidité due aux pluies. Aujourd’hui, ils disent n’avoir aucune visibilité sur la date à laquelle ils seront rémunérés.
« J’ai contracté des crédits en mettant mes biens en garantie. La banque menace désormais de saisir ce que j’ai engagé. La situation devient intenable. C’est le coton qui me permettait de payer la scolarité de mes enfants », confie un producteur rencontré au chef-lieu de la zone Rugombo, venu s’enquérir auprès des responsables des coopératives agricoles de l’évolution du dossier.
Au chef-lieu de la zone Buganda, un autre cultivateur évoque les lourds efforts consentis dans ses champs avant de se dire « spolié » par la société, une situation qu’il qualifie d’inédite. Il plaide pour un paiement rapide, estimant que sans solution urgente, aucun agriculteur n’acceptera plus de cultiver le coton lors des prochaines saisons.
Une production en chute libre
Du côté des responsables des coopératives agricoles, le constat est alarmant. Ils indiquent qu’au début du mois de février, les cultivateurs devaient procéder au traitement phytosanitaire du coton à l’aide de produits fournis par la Cogerco. Or, selon les moniteurs agricoles, ces produits ne sont toujours pas disponibles.
Comme conséquence directe, la dynamique de production s’effrite. Les coopératives estiment que l’engouement pour la culture du coton a chuté d’environ 45 %, un recul significatif qui traduit une perte de confiance des producteurs.
« Nous acceptions de consacrer nos terres au coton après avoir cultivé d’autres vivres pour subvenir aux besoins de nos familles. Mais, si nous utilisons nos propres terres sans en tirer aucun bénéfice, nous préférons les laisser en jachère. Le coton est exporté et génère des devises, pourtant nous n’en voyons pas les retombées », déplore un agriculteur rencontré à Nyamitanga.
Les producteurs rappellent que cette culture a déjà été abandonnée dans plusieurs autres provinces et que la région de l’Imbo reste aujourd’hui l’un des rares bastions de la production cotonnière.
Des promesses sans échéance
Interrogés sur ces retards, les responsables de la filière coton dans les communes concernées reconnaissent la véracité des plaintes. Ils tentent toutefois de rassurer les cultivateurs, affirmant que les paiements interviendront mais sans avancer de calendrier précis.
Ils exhortent également les agriculteurs à poursuivre la culture du coton, précisant que ceux qui abandonneront s’exposeront au retrait des terres mises à leur disposition.
Concernant les produits phytosanitaires, ils indiquent être toujours dans l’attente de leur réception et promettent leur distribution dès qu’ils seront disponibles.
En attendant, sur le terrain, l’incertitude domine. Entre dettes bancaires, produits phytosanitaires introuvables et promesses sans échéance, la filière coton dans l’Imbo traverse l’une de ses périodes les plus critiques.




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