Lundi 02 mars 2026

Société

Région Centre/Gitega : Une avenue de la colère

02/03/2026 0
Région Centre/Gitega : Une avenue de la colère
La 5ème avenue de Nyamugari après deux jours de travaux

La réhabilitation de la 5e avenue du quartier Nyamugari se transforme en chemin de croix pour certains résidents. Entre des indemnisations fantômes datant de 1981, des démolitions sans préavis et l’urgence d’assainir un quartier menacé par l’érosion, le fossé se creuse entre l’administration et les citoyens. Ils restent là, assis sur les décombres, regardant les engins lourds dessiner un futur dont ils ne feront peut-être plus partie.

Certains habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Le mercredi 18 février 2026, le soleil n’avait pas encore fini de dissiper la brume quand le fracas a commencé. Un vrombissement lourd, métallique qui fait trembler le sol de la 5e avenue à Nyamugari. Il s’agit des chenilles des tracteurs. Selon la population, en quelques minutes seulement, une excavatrice a démoli une clôture en briques et une véranda sous les yeux médusés des passants et les cris déchirants des propriétaires. Ce qui fut un foyer pendant des décennies devient, dans un petit moment, un encombrement sur le passage de la modernité.

D’après beaucoup d’habitants, la 5e avenue de Nyamugari n’existait que sur le papier. Dans la réalité, elle n’était plus qu’une succession de crevasses béantes, de ravins formés par le ruissellement sauvage des eaux de pluie. « Nous avons réclamé cette route pendant vingt ans. Mais, nous ne pensions pas que le prix à payer serait la destruction sans management de nos maisons », déplore un commerçant du quartier.

Un dossier administratif vieux de plus de quarante ans

Au cœur de la contestation se trouve un dossier administratif vieux de plus de quarante ans. La commune affirme que l’espace occupé par certaines maisons appartient à l’Etat et que les propriétaires ont déjà été indemnisés en 1991.

Un argument qui divise le quartier entre les générations. Saïdi Habonimana, un octogénaire qui a vu le quartier naître, se souvient. « A l’époque, certains chefs de famille avaient effectivement reçu des enveloppes pour libérer l’emprise de la route. Mais, beaucoup sont restés, car la route n’a jamais été tracée. Ils ont agrandi leurs maisons ou construit de nouvelles. » Le problème est que depuis 1991, les parcelles ont changé de mains. Des dizaines de familles ont acheté ces terrains légalement, devant des témoins, parfois avec des documents visés par les autorités locales de l’époque, sans jamais entendre parler de ces indemnisations préhistoriques.

« Le désenclavement de Nyamugari est une priorité absolue »

Pour le prénommé Gaspard, père de six enfants, la pilule est amère. Sa maison, achetée en 2012, est aujourd’hui à moitié démolie. La famille dort à la belle étoile. « J’ai investi toutes mes économies de fonctionnaire ici. Le vendeur ne m’a jamais dit que l’Etat avait déjà payé pour ce terrain. Si c’est vrai, pourquoi l’administration a-t-elle laissé les gens construire et installer l’électricité et l’eau ? »

Même son de cloche chez Gérard Irangabiye, un trentenaire qui tenait une petite boutique en bordure de cette avenue fantôme. « On nous traite comme des squatteurs sur nos propres terres. Ils sont arrivés avec des machines. C’est brutal. On nous dit que c’est pour l’intérêt public, mais l’intérêt public ne doit pas fabriquer des sans-abris. »

Du côté de l’administration, le discours est celui de la fermeté et du pragmatisme. Pour les autorités, le désenclavement de Nyamugari est une priorité absolue. La population avait tant attendu. Elle réclamait à chaque occasion la réhabilitation de cette route.
« Les indemnisations dans la partie concernée par cette route ont été payées depuis 1992. Peut être qu’il y’ a eu des ventes illicites par après mais tout est connu par les natifs de là. Sinon, tout est bien cadastré et archivé. Il fallait demander à l’administration avant de payer », répète Hussein Butoyi, le chef de la zone Nyamugari.

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