Mardi 13 janvier 2026

Société

Région Centre : Exode des enseignants, les classes se vident

Région Centre : Exode des enseignants, les classes se vident
Le bureau provincial de l’éducation à Gitega.

Plus qu’une simple saignée, c’est une hémorragie silencieuse : qui vide les salles de classe de la province de Gitega. Attirés par des salaires plus décents à l’étranger, les enseignants du secondaire quittent en masse les salles de classes, laissant derrière eux un vide pédagogique abyssal. Les parents appellent le gouvernement à réagir.

Chaque jour, c’est le même mot sur toutes les lèvres des enseignants et des directeurs des écoles secondaires : « Tel est parti. Tel autre a littéralement déserté, … » Selon les plus pessimistes, c’est une crise silencieuse qui pourrait mener à la fermeture pure et simple de nombreux établissements. Des mots cinglants de J.N. s’exprimant sous anonymat par crainte de représailles.

Depuis le début de l’année scolaire, son établissement a perdu quatre professeurs des disciplines clés. Tous ont mis le cap vers l’étranger, principalement vers les Emirats Arabes Unis ou au-delà, où ils exercent différents emplois y compris celui d’aides-maçons ou agents d’entretien mais selon beaucoup, mieux rémunérés qu’au Burundi.

Le phénomène n’est plus une simple rumeur ; il est devenu une réalité quotidienne palpable dans la majorité des écoles de Gitega. Cette crise, exacerbée par un contexte économique difficile, met en lumière la précarité du métier d’enseignant.

Comme beaucoup le confirment, le problème du manque d’enseignants n’est pas nouveau. De nombreux établissements bien avant la vague de départs actuels, fonctionnaient déjà en sous-effectif chronique. Le ratio élèves-enseignant dépassait souvent la norme acceptable forçant les professeurs restants à accumuler des heures de cours, parfois au détriment de la qualité de l’enseignement. « Même avec le corps enseignant au complet, nous avions du mal à terminer le programme à temps. Maintenant, c’est une mission impossible », déplore un directeur d’une école post fondamentale.

Comme il l’a indiqué, les élèves des classes terminales sont les premières victimes. « Comment exiger d’eux l’excellence aux examens d’État quand ils n’ont pas eu 100% de leurs heures de cours dans des matières fondamentales », a-t-il déploré.

Le recours au volontariat et aux vacataires

Pour colmater les brèches, les écoles se tournent désespérément vers des solutions de fortune : l’engagement de volontaires et de vacataires. Ces jeunes diplômés, souvent sans grande expérience pédagogique, acceptent d’enseigner par nécessité, mais leur statut est source de graves problèmes.

Prenons le cas de Cédric, 25 ans, professeur volontaire de français et d’histoire-géographie : « Je donne 24 heures de cours par semaine. Je le fais par amour pour l’enseignement, mais je n’ai aucune garantie. Il n’y a rien qui me lie, et surtout, je ne suis pas payé régulièrement. Je vis de petits boulots à côté. Je peux partir à tout moment et l’école le sait ».

Quant au paiement des vacataires, il est censé se faire selon les heures prestées, mais le budget pour ces charges n’est souvent pas prévu dans les dotations scolaires. Mme Irène, économe d’école, témoigne de cette réalité douloureuse : « Il faut racler les fonds de tiroirs pour payer ces enseignants en nous arrangeant avec des frais de fonctionnement. C’est une source constante de dettes et de disputes avec eux. Ils ont le droit d’être payés, mais nous n’avons pas l’argent ».

Selon les calculs réalistes des syndicats d’enseignants et des observateurs du système, pour combler à la fois le déficit historique et les pertes récentes dues à l’exode, engager 5 000 enseignants ne serait pas exagéré.

Les parents interrogés soulignent que les autorités devraient sortir de ce silence et chercher des solutions durables surtout que ceux qui migrent vers les pays étrangers fuient la misère et les salaires indécents. Pour plus d’informations, nous avons cherché les autorités provinciales de l’enseignement, sans succès.

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Kamwenubusa

    Apprenons à voter pour des programmes clairs.

    • Stan Siyomana

      @Kamwenubusa
      Apparemment, « TOUTE NATION A LE GOUVERNEMENT QU’ELLE MERITE »
      (par Joseph de Maistre (1753-1821).

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