Jeudi 11 août 2022

Sécurité

Rapatrié pour disparaître

09/01/2022 7
Rapatrié pour disparaître
Isaac Bamporubusa lorsqu’il est arrivé dans sa famille.

Isaac Bamporubusa, un ancien militaire, est introuvable depuis le 30 décembre 2021. Le 15 décembre 2021, il a été rapatrié du Rwanda par le HCR. Il avait fui le pays en 2017 à cause des menaces qui pesaient sur lui. Sa famille est inquiète pour sa sécurité.

« Nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis le jour de son enlèvement », confie un proche d’Isaac Bamporubusa, porté disparu depuis le 30 décembre 2021. Selon sa famille, ils ont cherché dans tous les cachots sans le trouver. « Des gens qui se font passer pour des agents du Service national de renseignements continuent de téléphoner aux membres de notre famille. Ils disent qu’ils savent où Isaac est incarcéré. Mais c’est faux». Les proches d’Isaac indiquent qu’ils ont été rançonnés à plusieurs reprises : « On est désespéré. On ne sait plus quoi faire. » La famille demande aux autorités de leur dire où est Isaac Bamporubusa : « S’il est accusé de quelque chose, il faut qu’il soit déféré devant la Justice. A ce que nous savons, la peine de mort n’existe plus au Burundi. »

Ce père de 4 enfants, la quarantaine et ancien militaire des Forces armées burundaises (Ex-Fab) était revenu du Rwanda le 15 décembre 2021. Il avait fui en 2017. « Il nous disait qu’il a envie de rentrer car le gouvernement invite les gens à regagner leur patrie. Il nous disait qu’il ne s’accuse de rien. Il disait qu’il n’a pas peur. Il en avait marre d’être un réfugié. Il ne s’attendait pas à ce qui lui est arrivé », raconte un proche. « Nous avons essayé de le persuader d’abandonner ce projet mais il nous a répondu qu’il a déjà pris sa décision », confie un autre membre de la famille d’Isaac. Des proches racontent qu’il avait même été enlevé au Rwanda par des gens inconnus : « On le soupçonnait d’être un espion du Burundi. On a passé deux mois sans nouvelles de lui. Peut-être qu’il n’était pas en sécurité au Rwanda. »

L’enlèvement

Le ticket d’embarquement donné par le HCR.

Selon ses proches, il est arrivé dans sa famille au chef-lieu de la province Gitega le 17 décembre 2021. Le 29 décembre dernier, il est descendu sur Bujumbura pour faire changer son permis de conduire car il a un permis de conduire rwandais.

Un témoin raconte : « On était en train de partager un verre à l’avenue de l’Amitié. C’était aux environs de 13h. Il tombait une fine pluie. Un homme en civil et qui portait un masque est venu. Il a salué Isaac et il lui proposé d’aller discuter à l’extérieur. Même son verre est resté là où nous étions assis. Nous avons attendu qu’il revienne en vain. » Ce témoin assure qu’il ne connaît pas l’identité des ravisseurs. Même sa famille raconte qu’elle ne sait pas qui a kidnappé Isaac Bamporubusa : « Est-ce qu’il a été arrêté par les renseignements militaires, le SNR, la police ? On n’en sait rien. C’est traumatisant. » Certains proches d’Isaac pensent qu’il a été « vendu » par les personnes avec qui il était. « Nous voulons la vérité. Si le gouvernement demande aux réfugiés de rentrer, il ne faut pas qu’ils soient enlevés à leur arrivée».

Isaac Bamporubusa a été désigné chauffeur du ministre de la Défense, Emmanuel Ntahomvukiye, en 2016. « Cela n’a pas plu à certains soldats issus surtout de l’ancienne rébellion du FDD. Ils ont alors commencé à propager des fausses informations. Qu’il est contre le pouvoir. Il répondait qu’il est tout le temps avec le ministre. Qu’il n’est pas impliqué dans quoi que ce soit », confie un ancien collègue d’Isaac. Il soutient que les menaces sont devenues incessantes et il a préféré fuir le pays : « Sa vie était menacée. Il a été même emprisonné mais on l’a relâché par après parce qu’il était innocent. »

« Les réfugiés doivent faire attention »

Gustave Niyonzima : « La situation des droits de l’homme demeure délétère au Burundi. »

« C’est vraiment trop triste et bouleversant de voir un gouvernement qui fait un appel fourbe et tartuffe à l’égard des réfugiés burundais quitte à être exécutés sommairement dès leur retour », réagit Me Gustave Niyonzima, défenseur des droits de l’Homme. Via cet appel, poursuit-il, le gouvernement affiche une politique pour prouver aux bailleurs occidentaux qu’il y a une accalmie alors que la réalité est toute autre. « La réalité est qu’il y a toujours des violations massives des droits de l’homme où des cas des assassinats ciblés, de disparitions forcées et de tortures atroces se sont accrus davantage. Que tous ces réfugiés se ressaisissent et ne tendent plus la main aux appels insidieux du gouvernement quant à leur retour au bercail». Et d’ajouter que la communauté tant nationale qu’internationale en tire la conclusion que la situation des droits de l’Homme demeure « délétère » au Burundi.

Gustave Niyonzima indique qu’il y a un autre cas d’un rapatrié du Rwanda qui est porté disparu depuis le 1er janvier 2022 en province Ngozi. Il s’agit, selon lui, d’un certain Pascal Coyitungiye.

« Isaac Bamporubusa a été enlevé un jour après la conférence publique du président Evariste Ndayishimiye qui avait reconnu pour la première fois l’existence des enlèvements et l’implication de certains membres des corps de défense et de sécurité dans ces enlèvements », relève un autre défenseur des droits humains. « Il avait promis de lutter sérieusement contre les groupes « terroristes » qui enlèvent des gens». Cet activiste estime que c’est le moment pour le président Ndayishimiye de joindre l’acte à la parole : « Une enquête s’impose sur cet enlèvement et des sanctions contre les auteurs. L’enlèvement d’Isaac Bamporubusa clôture une série de plusieurs enlèvements et disparitions qui ont marqué l’année 2021. Une sanction sévère des auteurs de cet enlèvement donnerait l’espoir sur 2022.»

Certaines sources indiquent qu’Isaac Bamporubusa aurait été a arrêté par des éléments du renseignement militaire. Interrogé, le porte-parole de l’armée, colonel Floribert Biyereke, indique qu’il n’était pas au courant de ce cas. Il fait savoir qu’il va mener des investigations.

Forum des lecteurs d'Iwacu

7 réactions
  1. Maragarita

    Bshimirimana devrait avoir honte de ce qu’il écrit.
    Si il a un coeur

  2. Rukara

    Avant nos éminents procureurs nous chantaient que les disparus sont en faite partis dans de rebellions.
    Cette fois ci la personne qui s’est fait disparaître était sur le sol burundais confirme ses amis de café. Que va t on encore essayer de nous faire gober?
    Le burundi est caractérisé pour un pouvoir soit menteur, soit incapable de mettre en pratique ce qu’il nous chante chaque jour a savoir “la sécurité est totale dans le pays”

  3. O.K.

    Suite: « la réalité de notre pays » est qu’il y a encore des disparitions forcées, des exécutions extrajudiciaires, des tortures. Alors que dans les camps de réfugiés, même si on vit dans des conditions difficiles, on est assuré de ne pas être torturé, assassiné ou enlevé. Norya bike nkaramuka.

  4. Nshimirimana

    Je ne suis pas spécialiste des questions de sécurité et encore moins du renseignement militaire et/ou tout autre renseignement . Le regret est toujours là quand il s’agit de constater qu’une personne est portée disparue dans ce genre de circonstance. Le problème demeure quand il s’agit cette fois là de penser à la sécurité de l’état . Faut-il interpeller un individu , rapatriée soit-elle, dans l’intérêt de la sécurité de tous ? A mon humble niveau, c’est oui ! Simplement il faut veiller à l’intégrité physique de la personne à interroger . Et point c’est tout!
    Il est alors étrange de voir systématiquement des hommes et femmes qui ont fait des droits de l’homme leur « raison d’être » se saisir de la question et de quelle manière ! Si dans des dizaines de milliers de personnes rapatriées du Rwanda , deux personnes ont été interpellées pour des questions d’enquête -je suppose et j’espère- , fait-il sortir l’artillerie lourde pour interpeller à qui veut les entendre que rien ne va au Burundi? Faut-il remettre en question la volonté du gouvernement à rapatrier ses ressortissants qui croupissent dans les camps de réfugiés , allant même à les dissuader de ne pas rentrer ? Faut-il interpeller « nos parrains occidentaux » pour remettre en cause l’ouverture des autorités burundaises pour un dialogue avec ses différents partenaires ? Cela veut dire que les réfugiés sont plutôt un enjeu de positionnement politique et/ou autre mais pas dans l’intérêt de ce Burundi dans lequel nous portons nos espoirs !
    Toute personne interpellée doit attirer l’attention de tout un chacun mais sans monter les enchères !
    Encourager les réfugiés à ne pas rentrer revient à dire à ceux qui le font, qu’ils ne connaissent par les réalités de notre pays et les conditions de vie dans les camps de réfugiés et là, je parle en connaisseur !

    • O.K.

      @Nshimirimana, l’article parle de personnes portées disparues. Il y a une différence entre *disparue* et *interpellée*. Vous dites que  » deux personnes ont été interpellées pour des questions d’enquêtes », vous en savez probablement quelque chose, svp, rassurez les familles qui s’inquiètent pour les leurs et dites-leurs où sont ces deux personnes . Quant à dire que c’est 2 personnes « interpellées * sur des milliers de rapatriés , ce n’est pas une question de nombre, une seule personne qui disparaît aujourd’hui s’ajoute aux centaines ou milliers de disparues et les droits de la personne s’appliquent à chaque personne en tant qu’individu. Nous devrions tous nous inquiéter pour chaque personne disparue, assassinée, torturée…

    • Jules

      @ Nshimirimana
      Vous écrivez que parmi des milliers de réfugiés rapatriés ,2 d’entre eux ont été saisis pour des raisons d’enquête.

      Je vois bien que vous vous moquez des familles des victimes, premièrement depuis quand au Burundi, enlève ,faire disparaitre une personne,aussi coupable soit- elle ,c’est légitimer par les lois burundaises?

      Deuxièmement ,penser qu’il n y a que seulement deux cas de personnes disparues ,soit disant » arrêtés pour des raisons d’enquêtes », ne démontre que vous êtes un individu particulièrement naïf,et si ce n’est pas de la naïveté ,alors j’ai bien peur que votre cruauté est sans égale.

    • Rukara

      Mr vous semblez vous accommoder des disparitions forcées au Burundi. Serait il normal pour ta famille si on te faisait disparaître?
      Traite ton voisin comme toi même.
      Il y a encore le pays crie a tue-tête que la sécurité est totale au Burundi. Si c’est ca la sécurité qu’on nous chante alors je joins ma voix aux autres: réfugiés ou exilés “ntimwigeragerezeko”, restez ou vous êtes au moins vous avez une chance de ne pas vous faire volatilisé par le système sécuritaire du gouvernement burundais.

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