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Quand mettre au monde devient une tare

16/10/2020 Clarisse Shaka Commentaires fermés sur Quand mettre au monde devient une tare
Quand mettre au monde devient une tare
La représentante de l’UPHB parle d’une violation des droits des femmes.

L’Assemblée nationale vient d’adopter un projet de loi portant révision du code du travail du Burundi. Un point révolte les femmes : le congé maternel ne sera payé qu’à moitié, dans le privé.

Dans son article 101, ce projet de loi, adopté le 15 septembre par l’Assemblée nationale, évoque le congé de maternité parmi les éléments suspensifs du contrat. L’employée du secteur privé recevra alors 50% de son salaire, qui sera appelé « indemnités de congé », d’après la ministre du Travail, Domine Banyankimbona.

Pour la ministre, un homme d’affaires veut avant toute chose faire prospérer son entreprise pour éviter des pertes. Cependant, la ministre explique que la femme concernée pourra se convenir avec son employeur sur les modalités de mise en application de cette disposition.

La ministre fait savoir que les employeurs en proposant cette mesure ont argumenté que « mettre au monde n’est pas mauvais, mais elles mettent au monde au pays et pour le pays. Ce n’est pas nous qui devons être victimes à la place de l’Etat. »

La Confédération des syndicats du Burundi (Cosybu) affirme qu’il a proposé, en collaboration avec les employeurs, la mise en application de cette disposition, mais avec une mesure d’accompagnement : elle doit être mise en application parallèlement avec le code de protection sociale. Cette mesure ne doit être appliquée que si l’employeur assure à la femme en congé une assurance maladie-maternité qui va assurer les 50% qui restent comme indemnités familiales. « Il reste à savoir si le nouveau code du travail va respecter cela».

Des femmes remontées

« C’est aberrant ! », lance F.I., une jeune femme qui travaille dans le domaine genre ne cache pas son indignation face à cette disposition. Pour elle, c’est un exemple de régression en matière des droits de la femme. Une femme qui met au monde accomplit non seulement son devoir, mais aussi elle rend service à la nation. « Mais cette dernière propose une loi qui pénalise la femme. C’est insensé. C’est comme si elle commet une faute en mettant au monde».

Cette femme qui s’intéresse aux questions genre apprécie toutefois qu’il y ait une base légale sur laquelle tous les employeurs vont se conformer. D’après elle, dans certaines fonctions publiques ou privées, il y a des employées qui étaient même licenciées pendant leur congé de maternité.

« Je peux comprendre qu’une entreprise privée puisse perdre en employant, par exemple, cinq femmes en congé maternité », rassure F.I. « Mais si j’étais à la place des députés qui ont adopté cette loi, j’aurais exigé la mise en place d’un fonds de compensation de ces pertes encaissées par les employeurs, en cas de congé maternité ». Elle estime qu’il faudrait prélever sur les salaires de tous les fonctionnaires publics et privés une petite somme qui alimenterait ce fonds pour remplacer l’autre moitié du salaire de ces femmes.

E.N., une jeune maman qui travaille dans le secteur privé se dit énormément déçue par cette nouvelle. Pour elle, l’enfant est à la fois une bénédiction et une grande charge. « Quand une femme met au monde, l’employeur devrait d’abord être conscient que c’est une autre charge pour son employée».

Pour E.N., il est impensable que ‘’l’Etat laborieux et responsable’’ (« Reta nkozi, Reta mvyeyi » en kirundi) maltraite ces mamans, comme si mettre au monde était un pêché. « C’est comme une punition pour ces mamans. Au lieu de les féliciter, d’encourager ces personnes qui donnent la vie, on les punit !»

Même la totalité du salaire, explique-t-elle, ne couvre pas tous les besoins pour beaucoup de familles. Et de faire observer que quand il y a un nouveau-né, les charges augmentent. « Je sais qu’il y a des ménages qui n’emploieront plus de nourrice pendant ces congés». Pour E.N., c’était plutôt l’occasion pour apprécier les femmes à leur juste valeur comme dans d’autres pays.

De l’injustice, pour les féministes

Pour la présidente de l’Association des femmes journalistes (AFJO), Diane Ndonse, c’est très surprenant que cette disposition touche une partie des femmes. Cela est contraire à la Constitution du Burundi qui dit que tous les Burundais sont égaux devant la loi.

Cette féministe estime plutôt qu’il fallait laisser à la femme la totalité du salaire et lui donner tous les autres avantages pour qu’elle soit épanouie davantage. Elle demande que cette proposition de loi soit rejetée.

Avec cette mesure, explique Mme Ndonse, l’on peut se poser la question de savoir si les femmes font vraiment reculer le développement du pays. Une femme a un rôle très important dans le développement du pays, d’après Diane Ndonse. Elle évoque une étude de la FAO qui montre que plus de 97% des femmes burundaises sont dans le secteur agricole, un domaine qui pèse lourd dans l’économie du pays : plus de 50% du PIB, 95% des devises et 95% des offres alimentaires.

Elle indique que la mise en application de cette décision va se répercuter sur la vie familiale : « L’on dit que la femme est le pilier du développement familial. Cette mesure va plutôt faire régresser les conditions de vie des familles et va accentuer à la pauvreté. »

Quant à la représentante légale de l’Union des personnes handicapées du Burundi (UPHB), Adélaïde Nyigina, elle estime que c’est la pire violation des droits des femmes. Même si elle n’est pas au travail à ce moment-là, elle a besoin d’entretenir son nourrisson qui est une grande charge. « Moi je m’attendais à ce qu’on augmente plutôt son salaire. ‘’L’Etat laborieux et responsable’’ devait promouvoir davantage les droits des femmes».

Pire, explique cette femme vivant avec un handicap, une femme handicapée met au monde dans des conditions très difficiles. « Diminuer son salaire, c’est remuer le couteau dans la plaie. Pour elle, c’est déjà compliqué pour trouver un emploi », conclut-elle.

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