Mardi 03 mars 2026

Société

Quand les confessions religieuses pèchent

03/03/2026 0
Quand les confessions religieuses pèchent
Jean-Claude Barutwanayo : « Les gouverneurs des provinces et les administrateurs communaux sont aussi recommandés de faire respecter la loi »

Non-respect de la distanciation physique, tapages diurnes et nocturnes, insalubrité… Tel est le constat amer fait dans la commune Ntahangwa sur l’implantation et le fonctionnement de certaines confessions religieuses. Dans sa correspondance du 13 février 2026 adressée au ministre de l’Intérieur, le directeur de cabinet à la Primature en appelle au respect de la loi.

Le samedi 21 février 2026 à 9h. Nous sommes tout près du pont Nyabagere sur la RN1 (Route nationale Bujumbura-Bugarama). Nous traversons la RN1 vers le quartier Mirango, zone Kamenge. Nous empruntons la petite route en terre battue vers la 6e avenue.

A quelques 50m en bas de la route se trouve une église dénommée « Eglise du réveil Jordan du ciel agréée le 22 août 2005. C’est samedi, jour du culte, comme le programme des activités l’indique. Porte fermée, l’on entend des fidèles en train de prier à l’intérieur.

Sur le côté gauche du mur de l’église se trouve un point de vente du charbon. Devant l’église à 5m, il y a un bar.

A 120 m, c’est l’« Eglise Rivers Joy Ministries » agréée le 14 septembre 2006. Les murs sont érigés en tôles.

C’est samedi, jour du culte aussi. Malgré la fermeture des portes, l’on peut entendre : « Hamagara Imana iratsinda », (appelle Dieu, il va vaincre). A 10 m se trouve un centre de santé.

Dans la même zone, quartier Teza, 11e avenue, la situation interroge. Trois églises sont presque implantées dans un même rayon. Une de ces églises dont l’appellation n’est pas affichée est à 10m de l’« Eglise évangélique libre de réveil en Afrique centrale ».

A notre passage, les fidèles, à majorité des femmes et des jeunes entrent dans l’église. Chants et danses au rythme des tambours alternent. Cette église est séparée d’une dizaine de mètres de l’« Eglise Manantial de Vida, agréée le 18 octobre 2006.

Les habitants se trouvant près de ces églises se lamentent. « Il y a du tapage des instruments de musique les jours de culte. Il est difficile de prendre une sieste ». Ils implorent l’administration locale de faire respecter la loi.

Cap sur la zone Cibitoke

A la 9e avenue, sur une distance ne dépassant pas 150 m, se trouvent cinq églises. Il s’agit de l’Eglise Pentecôte internationale du Burundi agréée le 18 août 2005. En face se trouve l’Eglise Nuru Evangilism miracle Center. A 10m, on y voit l’Eglise du peuple de Dieu agréée le 31 décembre 2019.

Entre les deux églises se trouve une structure de soins, la « Clinique la Rédemption ». « C’est du brouhaha les jours de cultes. Les patients qui sont hospitalisés dorment à peine. Ils sont réveillés par le bruit des instruments porte-voix et les battements des tambours », se lamente un des garde-malades croisés sur cette avenue.

En peu en dessous se trouve l’Eglise du royaume de Dieu agréée le 27 mai 2019. On y voit aussi à 50 m, l’église Mission biblique Christadelphe agréée le 3 juin 1994.

Deux églises agréées dans une même année 2019 mais qui sont séparées par une dizaine de mètres. Des tapages diurnes et nocturnes perturbent la quiétude des habitants.

« Où étaient les administratifs à la base lors de l’implantation de ces églises ? Après l’agrément, pourquoi n’y a-t-il pas un suivi pour vérifier le respect des normes exigées ? », s’interrogent les habitants.
Sur toutes les églises visitées, les conditions de salubrité laissent à désirer. L’hygiène et l’assainissement sont déplorables : toilettes à dimension insuffisante, absence d’eau, un seul lieu d’aisance pour toute une église.
Contacté à propos de ces irrégularités qui leur sont reprochées, un des responsables de ces églises s’est gardé de tout commentaire. « Nous avons reçu l’agrément en bonne et due forme ».

Que la loi soit respectée !

Une des églises implantées à la 9e avenue en zone Cibitoke

Dans sa lettre du 13 février 2026 et adressée au ministre de l’Intérieur, le directeur de cabinet à la Primature, Jean-Claude Barutwanayo fait constater que dans certaines localités du pays, particulièrement en milieux urbain et semi-urbain, des lieux de culte sont implantés ou exercent leurs activités en violation de la loi.

Il demande au ministre de l’Intérieur de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer le respect strict des dispositions légales par l’ensemble des confessions religieuses et ceci en collaboration avec les autorités administratives compétentes.

« Il vous est recommandé de renforcer les mécanismes de contrôle et de suivi afin d’interdire toute implantation ou activité non conforme aux textes légaux et réglementaires en vigueur ».

Les gouverneurs des provinces et les administrateurs communaux, lit-on dans cette correspondance, sont aussi recommandés de faire respecter les dispositions de cette loi.

Ce n’est pas pour la première fois qu’une telle instruction soit donnée. Pour rappel, Gervais Ndirakobuca, au moment où il était ministre de l’Intérieur, avait adressé, le 12 mars 2022, une correspondance aux gouverneurs de province leur recommandant de prendre des mesures à l’encontre des églises et confessions religieuses en situation irrégulière. Mais, malheureusement, la situation reste inchangée.

Iwacu a essayé de contacter l’administrateur de la commune Ntahangwa pour en savoir plus sur les mesures envisagées afin de faire respecter la loi mais sans succès.

Quid des dispositions légales violées ?

Article 12 : Avant l’agrément, l’autorité compétente vérifie le respect des conditions environnementales, d’hygiène, de respect de l’ordre public, de distanciation, de quiétude sociale.

Article 47 : Une distance d’au moins un kilomètre entre deux lieux de culte de confessions religieuses distinctes est exigée en milieu rural et au moins cinq cents mètres en milieu urbain.

Article 60 : Les célébrations et les séances de prières par les confessions religieuses doivent respecter l’environnement, la quiétude de la population environnante et l’ordre public.

Les célébrations et les animations religieuses dans les ménages ainsi que l’utilisations des instruments porte-voix sont interdites.

Tout groupe de prière doit dépendre de l’autorité d’une confession religieuse agréée au Burundi.

Article 66 : Les célébrations qui perturbent la quiétude des populations voisines et l’ordre public du lieu de culte, entraînent la fermeture provisoire du lieu de culte par l’administrateur. Un rapport est dressé et transmis au ministre ayant les confessions religieuses dans ses attributions pour décision.

Source : La loi N°1/30 du 16 septembre 2022 modifiant la loi N°/35 du 31 décembre 2024 portant cadre organique des confessions religieuses au Burundi.

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