Jeudi 25 avril 2024

Société

Protection des travailleurs migrants : Des avancées ?

19/04/2023 Commentaires fermés sur Protection des travailleurs migrants : Des avancées ?
Protection des travailleurs migrants : Des avancées ?
Une candidate en train de se faire inscrire pour aller travailler en Arabie Saoudite.

Des agences de recrutement de travailleurs migrants, nouvellement agréées au Burundi sont déjà à l’œuvre. Une des agences rassure qu’un nouveau cadre légal en vigueur les mettra à l’abri des maltraitances. Même son de cloche pour l’Observatoire national pour la Lutte contre la criminalité transnationale (ONLCT) : où est ton frère ?

Sur l’Avenue Kiyege au quartier Kigobe-Sud, une rue perpendiculaire au boulevard du cinquantenaire en zone Gihosha de la commune Ntahangwa en mairie de Bujumbura, une affiche est visible à l’entrée des enceintes de l’Agence de recrutement des travailleurs migrants burundais vers l’étranger « Al-Harmain recrutement ». Sur l’affiche, on y voit des photos de femmes en train de faire la propreté des bâtiments, repasser des vêtements ou faire la lessive.

A l’intérieur, un bâtiment abritant les bureaux de cette agence. Un jeune homme est en train de prendre l’identification d’une jeune maman allaitante. Elle se fait inscrire le bébé dans ses bras.

Le jeune homme l’aide à remplir une fiche individuelle de cette candidate en partance pour l’Arabie Saoudite. « La présente fiche individuelle concerne la personne burundaise qui s’engage à être placée à l’étranger en respectant les exigences de la société Al-Harmain recrutement LTD », peut-on lire sur la fiche. Les candidats répondent, si oui ou non, ils ont eu la permission de leurs chefs de famille pour voyager ou aller travailler dans d’autres pays.

Migrer pour réaliser ses rêves

Trois femmes attendent leur tour assises sur des bancs. Elles sont calmes, moins bavardes tandis que d’autres arrivent une à une. « Je suis prête à partir travailler en Arabie Saoudite », réagit une des femmes. Cette mère de 5 enfants fait savoir qu’elle n’a pas peur d’aller se battre pour la vie dans ce pays arabe.

Elle a décidé de partir après avoir vu que sa grande sœur et ses deux petites sœurs qui sont parties avant elle ont amélioré leur qualité de la vie. Elles ont construit des maisons et acheté des terres cultivables, témoigne-t-elle. Et d’enchaîner : « Elles m’ont dit : viens chercher la vie. Maintenant, leurs enfants ont une belle vie. »

Une autre jeune femme, 23 ans, est aussi prête à s’envoler vers l’Arabie Saoudite pour travailler. Son rêve : gagner de l’argent pour pouvoir s’acheter une parcelle. « Je n’ai pas de maison, je vais aussi pouvoir acheter des terres pour l’avenir de mes enfants », explique la jeune dame, son enfant de 15 mois dans ses bras. Selon elle, son mari est d’accord sur le projet. Elle indique que son enfant sera confié à sa grand-mère maternelle.

Une autre femme interrogée sur place justifie sa motivation de s’inscrire sur la liste des travailleurs migrants : « Les enfants des voisines qui sont partis travailler sont heureux. Ils mangent bien, poursuivent leurs études et portent de beaux vêtements. » Elle veut que son enfant aîné de 5 ans ne manque de rien quand elle commencera l’école.

« Déjà, il devrait être à l’école, mais ce n’est pas encore possible à cause de la pauvreté », regrette-t-elle. Comme ses consœurs, son rêve est de gagner de l’argent pour acheter des terres. « Comme ça, quand mes enfants auront grandi, ils pourront les exploiter. »

Un recruteur note des améliorations

« Après que le gouvernement ait mis en place un cadre légal, la confiance a augmenté parmi les travailleurs migrants », témoigne Ramadan Mugabo, directeur des opérations à Al-Harmain. Selon lui, ils s’inscrivent avec engouement. « Du 21 janvier 2023, jour de l’obtention de notre licence de travail, nous avons déjà accueilli près de 700 personnes qui n’ont pas de passeports et 300 qui en ont. » D’après lui, tous les sexes viennent s’inscrire en grand nombre.

Ramadan Mugabo : « Les travailleurs seront plus à l’abri des rêves qui tournent en cauchemar une fois arrivés en Arabie Saoudite. »

Il soutient que pour le moment, les travailleurs seront plus à l’abri des rêves qui tournent en cauchemar une fois arrivés en Arabie Saoudite. « Leur processus de recrutement est très bien suivi et connu. » M. Mugabo fait savoir que le système utilisé dans le recrutement est désormais sous contrôle du gouvernement du Burundi et celui de l’Arabie Saoudite. « C’est là même où nous déposons les CV des travailleurs migrants. Le système montre tout. »

D’après ce directeur des opérations, le système montre l’adresse du travailleur, le numéro de téléphone de son employeur et de son adresse. Tous les détails se trouvent dans le système. Il explique que si le travailleur, le recruteur, l’employeur et leurs adresses sont connus, il est facile de suivre de près les conditions de travail de l’employé recruté. « Ce dernier a par ailleurs le droit de posséder un téléphone Android, il pourra appeler au secours soit au recruteur, soit à l’Ambassade du Burundi en Arabie Saoudite. »

De plus, notre source souligne que son agence a 4 agences partenaires qui sont en Arabie Saoudite et qu’il y a un agent de son agence qui peut venir au secours d’un travailleur recruté par Al-Harmain. « Nous avons signé des contrats avec eux et ces contrats sont déposés au ministère en charge des relations extérieures. »

Quand le travailleur est maltraité, fait-il remarquer, il prévu que les agences de recrutement interviennent. S’il ne réussit pas, une plainte est déposée en justice. « Les travailleurs migrants peuvent être rassurés. Leurs membres de familles viendront ici et nous leur diront leurs conditions de travail quand ils auront des inquiétudes. »

Tous les travailleurs migrants, poursuit notre source, sont pour la plupart recrutés pour des travaux domestiques pour les filles et femmes, ou encore des travaux de maçonnerie, de conducteurs d’automobile, etc. pour les hommes. Pour les travaux domestiques, le chargé des opérations à Al-Harmain révèle qu’ils ont un salaire mensuel net de 800 Riyal Saoudien par mois (monnaie locale de l’Arabie Saoudite) qui équivaut à 200 USD ou rarement à 215 USD. Quant aux hommes, le salaire est différent selon les travaux exécutés à l’extérieur de la maison.

« En Arabie Saoudite, il est interdit aux hommes ou aux garçons étrangers de faire des travaux domestiques, car ils risqueraient de voir le visage des filles ou femmes qui habitent chez leur patron. Ce qui n’est pas accepté dans la culture de ce pays. » M. Mugabo confie que le recrutement d’un travailleur migrant est effectué par son agence à 1400 USD. Il estime qu’elle ne gagne pas beaucoup, considérant les dépenses à effectuer.

Parmi ces dépenses, cite-t-il, il y a le prix du ticket de voyage du travailleur recruté, sa prise en charge pendant la formation pour le préparer au travail, les frais bancaires, etc. Après toutes les dépenses, Ramadan Mugabo affirme que l’agence reste avec au plus 30 USD par personne recrutée. « Mais si nous avons beaucoup de travailleurs qui sont recrutés, nous pouvons gagner beaucoup. »

Certains observateurs, néanmoins, trouvent que cela est un simple commerce de personnes. « Est-ce que cela n’est pas une autorisation de commerce d’êtres humains », a réagi une personne rencontrée à Kigobe aux environs de l’agence de recrutement des travailleurs.

D’après lui, certains témoignages font état des travailleurs migrants qui ont été victimes de maltraitances. « Certains sont utilisés comme des esclaves. » Ce citoyen s’inquiète des travailleurs migrants qui se rendent dans les pays arabes. « S’ils y rencontrent des problèmes, comment le gouvernement pourra les aider ? », s’interroge-t-il.

Appréciation d’un militant des droits humains

« Nous apprécions à proprement parler, la façon dont le gouvernement burundais est en train de tout mettre en œuvre pour que le Burundi se dote d’un cadre légal et institutionnel militant en faveur de la promotion de la migration légale et encadrée au Burundi », a lancé Me Prime Mbarubukeye, président de l’Observatoire national pour la Lutte contre la Criminalité Transnationale (ONLCT) : où est ton frère ? C’était dans son communiqué de presse de ce 8 avril 2023.

Il se réjouit donc de toutes ces avancées très significatives à mettre à l’actif du gouvernement burundais en matière de la mise en place de la politique nationale de la mobilité de la main-d’œuvre au Burundi.

Me Prime Mbarubukeye : « Cet environnement légal très protecteur épargnera des souffrances et de graves violations des droits des travailleurs migrants. »

Me Mbarubukeye, trouve que c’est un pas de géant que le Burundi a fait en la matière de protection des travailleurs migrants. « Cela constitue une plus-value pour les travailleurs migrants burundais car cet environnement légal très protecteur que le gouvernement burundais vient de leur garantir leur épargnera des souffrances et de graves violations de leurs droits qui se sont manifestés dans un passé récent. » Et d’ajouter : « Cela évitera à tout le monde, surtout les travailleurs migrants burundais, de partir à l’étranger pour y travailler dans la légalité et non dans la clandestinité, comme cela était le cas jadis. »

Néanmoins, le président et représentant légal de L’ONLCT demande au gouvernement de vider toutes les questions qui restent à régler avec le Royaume d’Arabie Saoudite afin que le premier groupe de travailleurs migrants puisse partir. « C’est pour éviter aux agences de recrutement des temps morts ou des retards inattendus, imprévus ou imprévisibles, pouvant leur porter un préjudice énorme à tout point de vue. »

Aux agences de recrutement, il leur demande de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour bien préparer le terrain à destination afin d’éviter aux travailleurs migrants burundais de tomber dans des situations cauchemardesques pouvant même leur coûter la vie, a l’instar de ceux qui s’y rendaient dans l’illégalité.

Il recommande enfin aux travailleurs migrants burundais, une fois arrivés à destination, de tout faire à travers leur bon comportement, leur dévouement au travail, pour être de très bons ambassadeurs du Burundi en matière de la promotion de l’emploi des migrants.

Pour rappel, en date du 3 octobre 2021, le Burundi et le Royaume d’Arabie Saoudite ont signé deux accords sur le recrutement des travailleurs migrants surtout les travailleurs domestiques.

Par après, le gouvernement burundais, via le ministère ayant les Relations extérieures et la Coopération au Développement, a procédé successivement à l’agrément de 17 agences de recrutement pour l’emploi privé à destination du Royaume d’Arabie Saoudite.

Pour le moment, ces 17 agences de recrutement sont à l’œuvre pour la première phase de recrutement proprement dit des travailleurs migrants burundais qui désirent aller travailler dans ces pays du Golfe.

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