Jeudi 25 avril 2024

Société

Procès Floriane Irangabiye : l’espoir renaît

30/03/2023 4
Procès Floriane Irangabiye : l’espoir renaît
Vue de lentrée de la prison avant laudience

Ce jeudi 30 mars, la journaliste Floriane Irangabiye accusée d’« atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat » a comparu devant Cour d’appel de Mukaza en itinérance dans la prison de Muyinga dans un procès en appel. Sa défense se dit optimiste et espère un acquittement prochain. Reportage de Jean-Noël Manirakiza.

Prison de Muyinga. Il est 11 heures. Les juges de la Cour d’appel de Mukaza sont arrivés à la prison de Muyinga où est incarcérée la journaliste et défenseuse des droits humains, Floriane Irangabiye. Ses avocats, une représentante de l’Union européenne et deux journalistes attendent impatiemment le début du procès.

A l’entrée, il n’y a pas foule. L’ambiance est calme. Les journalistes préparent leur matériel. Soudain, le directeur de la prison vient annoncer que « les médias ne sont pas autorisés à assister à l’audience bien qu’elle soit publique ».

Etonnements et protestations des deux journalistes qui attendent depuis 8 heures du matin. Epaulés par les avocats de la défense, une brève discussion s’engage avec le directeur de la prison pour lui expliquer que « l’audience est publique et que tout le monde a le droit d’y assister. »

Le directeur de la prison finit par céder, mais appareils photo, enregistreurs, montres-bracelets ne sont pas admis dans le petit bureau des services pénitentiaires où va se tenir le procès.Dans ce bureau peu aéré et très exigu, 14 personnes présentes à l’audience se serrent les uns contre les autres.

Floriane Irangabiye entre accompagnée par ses trois avocats et son père. Souriante, elle se tient debout devant la table qui fait office de barre des accusés. Elle porte une robe verte, la couleur de la tenue des prisonniers au Burundi. Floriane Irangabiye apparaît splendide malgré la fatigue qui transparaît sur son visage.

Bien maquillée, sourcils bien dessinés et épilés, elle ne s’empêche de lancer quelques coups d’oeil vers son père qui se tient tout juste derrière elle.

De la salle d’audience, on entend le vacarme de l’extérieur. Les prisonniers ne se gênent pas de parler fort en faisant entrer les sacs remplis de vivres dans la prison.

La présidente du siège ouvre les débats en annonçant que le procès RPA 678 opposant Floriane Irangabiye et le ministère public commence. Elle entre rapidement dans le vif du sujet et invite la défense et l’accusée de justifier le motif de leur appel.

« Comme vous l’avez constaté, notre appel est basé sur un fait. Le premier juge n’a jamais tenu compte de nos revendications et n’a pas voulu appliquer la loi en montrant les éléments matériels et moraux de l’infraction. Son jugement s’est limité sur les procès-verbaux du Service national des renseignements (SNR). Sans vous rappeler de lire la loi, les interrogatoires se faisaient vers 2 heures du matin, sans assistance des avocats. Une pratique que la loi ne peut pas accepter », attaque Me Eric Ntibandetse, tout en ajoutant que même les PV et la copie du jugement ont été falsifiés.

« Au parquet vous étiez assistée par vos avocats », réplique le ministère public. Sans même attendre l’autorisation du siège, la réponse, fuse :« Le procureur ne faisait que poser des questions en lisant les notes du SNR, sans vouloir faire ses propres PV ! ».

Puis, la présidente de la Cour invite le ministère public à s’exprimer sur ces allégations de la défense. Un peu hésitant, le ministère public fait savoir que les charges contre l’accusée « sont bien fondées, que le parquet a fait ses propres enquêtes et a donné le temps nécessaire et suffisant à Floriane Irangabiye de s’exprimer là-dessus ».

« Nous demandons la nullité du jugement, les PV et la main levée de la détention ! »

Pour la défense, les motivations du parquet sont erronées et supposées. Sur les bases de son arrestation, les PV au SNR, le jugement rendu, il y’a trop d’irrégularités et violations flagrantes de la loi du Code de procédure pénal du Burundi.

Floriane Irangabiye est jugée sur base d’une émission mise en ligne le 22 août 2022 dans laquelle cette journaliste est une invitée. « Ses propos ont été sortis de leur contexte et on lui a collé les expressions des autres intervenants », plaide sa défense.

« L’émission est sur YouTube et on vous a fourni la copie sur CD. Prenez le temps de l’écouter et vous allez comprendre que l’appel à la haine ethnique et la rébellion n’ont été mentionnés nulle part. Seulement, le parquet a oublié que la liberté d’expression est garantie par la loi. La responsabilité pénale est individuelle et personnelle. De plus, elle agissait dans le cadre de son métier de journaliste », justifie son avocat.

A l’évocation de cette émission, le visage de la représentante du ministère public s’illumine. Elle estime que tout y est, qu’il n’y a pas d’autres preuves à chercher et la Cour n’aura d’autres choix que de maintenir le jugement déjà rendu.

Selon la famille de l’accusée, il y a espoir que le jugement de la Cour d’appel de Mukaza sera libératrice. Elle estime que les juges ont été impartiaux et attentifs et posaient de vraies questions sans verser dans les accusations infondées du parquet.

« S’il n’y a pas l’intervention d’une main invisible qui a guidé jusqu’ici les jugements, je ne doute pas que demain elle sera dans sa famille, libre et blanchie », affirme le père de la journaliste.

Même avis de la défense. D’après les avocats de Floriane Irangabiye, la confiance est de mise dans la mesure où la Cour a montré qu’elle est soucieuse de connaître la vérité. « La loi est claire. Je suis que sûr que si elle s’applique, cette affaire sera décantée au plus vite », déclare Me Eric Ntibandetse.

Aujourd’hui, il y a changement, tout le procès se base sur cette émission. Le ministère public soutient que Floriane Irangabiye est ennemie de la Nation et que même au moment de son arrestation, son objectif est le recrutement des combattants et autres malfaiteurs nostalgiques du coup d’Etat manqué contre feu Président Pierre Nkurunziza.

Forum des lecteurs d'Iwacu

4 réactions
  1. Mugabo

    Esperorons qu’elle retrouve sa liberte vite, je ne sais pas reelement ce qu’on l’accuse mais a mon humble avis si elle se reprochait de quelques chose elle n’oserait pas rentrer du Rwanda. Ma sympatie envers elle est qu’elle porte le prenom de ma fille,etant en prison je sens que c’est ma propre fille qui est en prison.

  2. Bite

    Beaucoup de fautes dans votre texte . C’est qui est rare chez vous mais on vous comprend: vous avez voulu nous donner une information fraiche.

    Note de la la rédaction

    Bonjour. La version word de notre Reporter à Muyinga n’était pas compatible avec wordpress…
    On fait tout pour que cela n’arrive plus
    Merci

    • Nabaza

      Toi aussi ! Dit-on « c’est qui est rare » ou « ce qui est rare »? Même la prononciation n’est pas la même.

      • Eric

        Qu’il te réponde ce bite . Même dans notre langue maternelle nous commettons des fautes.Qu’en sera-t-il pour une langue étrangère.

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