Jeudi 01 décembre 2022

Société

Portefaix malgré eux

25/08/2022 Commentaires fermés sur Portefaix malgré eux
Portefaix malgré eux
Le seul choix, c’est d’accepter toute proposition de prix venue.

Après la mesure du ministère de l’Intérieur interdisant les tricycles, motos-taxis, vélos-taxis d’exercer leurs activités en plein centre-ville, certains conducteurs de vélos-taxis, au risque de retourner dans leur campagne natale, se sont reconvertis dans le métier de portefaix.

Sur leur parking, juste avoir traversé le pont qui sépare les quartiers Kinanira II et la zone Kanyosha, à l’endroit communément appelé à la 12ème avenue, c’est la quiétude totale. Le vacarme assourdissant des klaxons et des va-et-vient de ces conducteurs de vélos-taxis se faufilant dans les embouteillages de la matinée pour transporter des clients peu enclins à se débourser le prix d’une course de taxi-motos a quasi disparu. Le matin comme le soir, tels des badauds, les seuls conducteurs de taxi-vélos présents, sont là médusés, en train d’observer ce qui reste du trafic. Pour les autres, le parking est devenu cet endroit de recueillement où ils viennent déverser leur torrent de mécontentements dû aux conséquences occasionnées par ladite mesure.
En effet, après son entrée en vigueur, au risque de retourner réapprendre à cultiver dans leurs campagnes d’origine, certains d’entre eux ont troqué leur habit de conducteurs pour être de portefaix. Leurs vélos mis au placard, ils expérimentent un nouveau métier. Selon eux, une difficile transition. En plus de la force physique, il exige plus que de la patience.

Chapeau bien vissé sur la tête, André est un de ces « nouveaux reconvertis professionnels ». Bientôt deux mois en tant que portefaix, il avoue déjà être à bout de souffle. « Imaginez des bagages pesant environ 100 kg sur la tête alors qu’avec un vélo, en un clignement d’œil tu peux transporter le même poids en autant de tours possibles sans rien ressentir ». Outre la fatigue, le métier serait peu payant. Avant l’entrée en vigueur de ladite mesure, confie-t-il, après 10h, si tu n’as pas traîné les pieds dans la rue, tu étais certain d’avoir 10 mille BIF. Le contraire de l’actuelle situation. Il soutient qu’ils peuvent passer tout l’avant-midi à zigzaguer dans les quartiers guettant s’il n’y aurait pas quelqu’un qui désire déménager, de la sorte, lui prêter main forte. Et au risque de passer toute la journée sans rien mettre sous la dent ou céder à la tentation de voler les biens d’autrui, confesse-t-il, le seul choix, c’est d’accepter toute proposition de prix venue.

Leur seul répit : les jours du marché de Ruziba. En acheminant les marchandises de Ruziba à leur parking avec leurs vélos et de les transporter par tête, ils indiquent qu’ils sont certains de rentrer avec au moins 7 mille BIF. Parmi les autres conséquences de ladite mesure, dans leurs ménages, les divorces tenteraient à s’ériger en règle « Si tu es le seul à subvenir aux besoins de ta famille, et que la situation se corse, rares sont les femmes qui peuvent tenir », glisse André, non sans peine.

Pour rappel, il y a de cela 5 mois que ladite mesure est entrée en vigueur.

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