Dimanche 07 mars 2021

Économie

Osez Entreprendre / Emile Nsengiyumva : « Les champignons, aussi riches que la viande »

04/09/2016 Martine Nzeyimana 1

Entre Emile Nsengiyumva et les champignons, c’est une longue et belle histoire. Ce biologiste de formation les connaît bien, il leur a consacré une étude à l’université. Il a lancé une entreprise pour les transformer et les commercialiser.

Emile NsengiyumvaRacontez-nous, votre « rencontre » avec les champignons…

Je me suis intéressé aux champignons à l’université et lors de la dernière année de mes études universitaires en micro- biologie, j’ai étudié la culture des champignons. J’ai même fait un travail de recherche dans le même domaine et mon mémoire de fin d’études portait également sur les champignons.

Comment reconnaître les champignons comestibles ?

Je répète peut-être ce que bon nombre de personnes savent : il ne faut jamais manger des champignons inconnus, récoltés n’importe où. Ils peuvent être toxiques. Il y a des méthodes scientifiques qui permettent d’analyser les caractéristiques de chaque espèce pour savoir s’ils sont comestibles.

Et quels sont les bienfaits des champignons ?

Les champignons contiennent des protéines d’origine végétale, donc sans graisse. Au niveau nutritionnel, elles renferment des fibres végétales utiles au bon fonctionnement des intestins par exemple. Elles possèdent également des vitamines du groupe B, nécessaires au fonctionnement du système nerveux.

Vous avez lancé Sohabu, une entreprise qui vend des champignons. Comment est née cette idée ?

J’ai constaté que les champignons sont utiles pour la santé, mais aussi faciles à cultiver durant toutes les saisons et qu’ils peuvent être rentables. Je me suis lancé.

Comment avez-vous lancé l’entreprise ?

Je n’avais pas assez d’argent pour démarrer. Heureusement, mon idée a séduit un oncle, nous nous sommes associés. Il a financé le démarrage. Mais une année après nous avons arrêté notre collaboration. J’avais mis quelques petits moyens de côté et j’ai démarré la Société Horticole et Avicole du Burundi (Sohabu) en 2014.

Qu’est-ce que vous proposez aux clients ?

Des champignons frais, séchés, une poudre de champignons et des samboussa à base de champignons. Une unité cultive ces champignons à Bugarama, mais la transformation se fait à Bujumbura.

Quid de la conservation ?

Nous procédons par séchage aux rayons solaires. Les champignons séchés peuvent se conserver jusqu’à trois mois tan disque à l’état frais ou mis au frigo, ils ne se conservent que 7 jours. La procédure de séchage dure deux à trois jours.

Vos prix sont-ils abordables ?

Oui. 1 kg de champignons frais coûte 3.000Fbu, de même que 100g de champignons séchés (1kg de champignons frais donne à peu près 100 gr de champignons séchés). Nous vendons les samboussa à 300 Fbu la pièce.

Vous avez combien d’employés ?

Trois. Ils assurent des postes permanents dont un chargé de marketing, un qui s’occupe de la transformation et moi. Nous faisons aussi appel à deux ou trois personnes d’appui.

Votre business marche ?

Avant la crise, le projet marchait bien. Nous avions pour clients les hôtels, les ménages et les marchés locaux.

Nous produisions en moyenne 45 kg de champignons frais par jour. J’assurais, assez facilement, les charges de l’entreprise. Je parvenais à payer le personnel et faire une petite épargne. Il y’avait un équilibre entre la production et les ventes. Début juin nous avons perdu une clientèle importante : les hôtels. Faute de clients, nous avons décidé d’arrêter temporairement. N’eût été la crise notre business marchait plutôt bien.

Quels sont vos défis actuels ?
La demande a sensiblement chuté, cette situation nous asphyxie économiquement et l’entreprise ne peut plus faire d’épargne. Du coup, il est presque impossible de penser à deux meilleurs équipements.

Vos projets d’avenir ?

Nous voulons ouvrir un point de vente au centre-ville. Nous aimerions aussi mettre sur pied un laboratoire pour produire des semences sur place. Nous comptons aussi améliorer notre emballage parce que c’est un élément important dans le marketing.


Bio express

Emile Bio expressDirecteur général de la Société Horticole et Avicole du Burundi (Sohabu), Emile Nsengiyumva est né en 1982 à Karusi dans la commune Nyabikere. Après ses études au petit séminaire de Mugera, à l’université il s’oriente vers la faculté des sciences dans le département de biologie. Joueur amateur de pingpong, Emile Nsengiyumva est aussi un fervent chrétien. La Sohabu se situe au Quartier Industriel, N°8, en face de l’Otraco.


Témoignages

Une commande, des « samboussa » aux champignons, succulents !

Chargée de la transformation des champignons en « samboussa », Aline Kwizera partage cette recette volontiers.

Aline KwizeraEmployée à la Sohabu depuis une année, Aline Kwizera prend très à cœur ce travail. «Je m’occupe de la transformation des champignons en samboussa. » Un travail très prenant, mais qui la passionne. « Il faut les surveiller de près pendant la cuisson sinon ils crament. »

Mme Kwizera explique que cette transformation est simple. Un mixeur, des champignons frais, quelques ingrédients et le tour est joué. «Après un nettoyage minutieux des champignons, je les fais bouillir et les passe dans un mixeur. Il ne reste qu’à mélanger avec des condiments, incorporer ce mélange dans une pâte puis, il faut faire frire.»
Elle précise que la production n’est pas journalière : « De peur que les samboussa ne s’abîment, nous ne produisons que sur commande. »

Sitôt servie, sitôt finie

Cuisinier dans un restaurant du centre-ville, Louis Mudende assure que leurs clients savourent la sauce aux champignons.

Louis MudendeC’est dans une sauce provençale d’arachides que Louis Mudende fait mijoter les champignons. Fabriquée à base de légumes, d’une farine d’arachides et du lait, de tomates crues, le cuisinier raconte que cette sauce aux champignons est la première à manquer sur leur carte. «Beaucoup de gens en demandent. Les champignons contiennent des protéines, cette recette peut remplacer un morceau de viande de bœuf.»

Deux mois que le restaurant chez Ancilla sert désormais cette soupe aux champignons. Dans le petit local composé d’une dizaine de tables, accrochée sur le mur, une petite plaque : « Du nouveau, une sauce aux champignons. »

D’après ce cuisinier, nombreux sont des clients, qui pour compléter leur repas, réclament une sauce de champignons.

Ces derniers délaissent la sauce de fretins ou de viandes rouges au détriment de la sauce provençale « La sauce est bonne, je l’ai moi-même goûtée.»

Un petit bol étant servi à 1000Fbu. Un prix que M. Mudende estime abordable.


Conseils d’un pro

«Emile doit cibler le marché régional.»

Pierre-Claver Nduwumwami conseille à ce jeune entrepreneur de ne pas céder aux difficultés conjoncturelles.

Pierre Calaver NduwumwamiLe directeur du Burundi Business Incubator BBIN estime que l’agri business est un secteur prometteur : «Peu d’entrepreneurs se lancent dans la culture de champignons. Ce secteur regorge pourtant de plusieurs dérivés qu’un entrepreneur peut exploiter et vendre ».

Pour Pierre Claver Nduwumwami, Emile Nsengiyumvumva doit adopter d’autres stratégies de marketing pour faire face à la crise « Si les hôtels n’écoulent plus ses produits, il peut se tourner vers l’exportation»

Pour cet expert, la logique est simple : si les clients ne viennent pas vers l’entreprise, c’est à cette dernière d’aller vers ses clients. «Les champignons peuvent être considérés comme une culture élitiste, il faut donc essayer de cibler cette dernière au niveau régional»

Toutefois, M. Claver estime que des préalables sont nécessaires pour penser à l’exportation « il faut qu’Emile soigne l’emballage, l’étiquetage.»

Le projet de laboratoire pour faire des semences est, selon le directeur du BBI, sensé à la condition de s’accorder un temps. «Cette entreprise connaît déjà des difficultés, Emile doit d’abord limiter les coûts fixes pour envisager d’autres équipements»

M. Nduwumwami recommande à cette jeune entreprise de se tourner vers d’autres institutions comme le Trade Mark East Africa pour faciliter l’exportation.

Forum des lecteurs d'Iwacu

1 réaction
  1. Ndayikeje Gervais

    Je prend cette belle occasion pour encourager ce monsieur. Moi je suis intéressé par cette espèce.

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