L’interview du professeur Innocent Bano offre une perspective globalement positive sur la nomination du président burundais Évariste Ndayishimiye comme Envoyé spécial de l’UA pour le Sahel, mettant en avant ses atouts et les gains potentiels pour le Burundi. Cependant, une analyse critique révèle des angles morts et des contradictions qui méritent d’être soulignés, notamment au regard des défis concrets et des contradictions régionales.
- Un optimisme diplomatique à nuancer
Le professeur Bano présente cette nomination comme une « reconnaissance manifeste » des actions du Burundi en faveur de la paix. Pourtant, plusieurs éléments invitent à relativiser cet enthousiasme :
- La crédibilité contestée du Burundi : Le pays est régulièrement critiqué pour ses atteintes aux droits humains, son autoritarisme (répression de l’opposition, restrictions des libertés) et son implication passée dans des conflits régionaux (notamment en RDC via des groupes proxy). Comment un pays aux fragilités démocratiques aussi marquées peut-il incarner un leadership crédible pour la stabilisation du Sahel ?
- La contradiction des condamnations vs. médiation : Ndayishimiye a fermement condamné les juntes militaires au Mali, Niger et Burkina Faso, suspendus par l’UA. Or, ces pays rejettent justement l’ingérence perçue comme hypocrite de l’UA. Sa position passée risque de miner sa neutralité perçue.
- Des atouts surévalués ?
Bano cite plusieurs atouts du président burundais :
- Son statut militaire : Certes, il pourrait faciliter le dialogue avec les juntes, mais cela pourrait aussi renforcer la méfiance des sociétés civiles sahéliennes envers une médiation perçue comme « entre militaires ».
- Son rôle de « Champion UA pour la jeunesse » : Peu concret dans un Sahel où les jeunes sont souvent instrumentalisés dans des conflits ou des trafics. La jeunesse sahélienne attend des emplois, pas des slogans.
- La future présidence de l’UA en 2026 : Un atout, certes, mais qui pourrait aussi distraire Ndayishimiye de sa mission sahélienne, déjà complexe.
- Les défis sous-estimés
- La rivalité des acteurs externes (Russie, France, États-Unis, groupes jihadistes) qui réduisent la marge de manœuvre de l’UA. La diplomatie africaine est souvent marginalisée face à ces puissances.
- Le rejet croissant de l’UA par les régimes sahélien, qui l’accusent d’être un instrument des anciennes puissances coloniales. Comment Ndayishimiye contournera-t-il cette défiance ?
- La surcharge des responsabilités : Entre ses fonctions nationales, régionales (CEPGL) et continentales, et ses contradictions dans le conflit congolais le risque d’éparpillement est réel. Le Sahel exige une attention exclusive.
- L’ironie de la question congolaise
- Le Burundi a été accusé d’envoyer des troupes en RDC (via le groupe RED-Tabara) pour soutenir le régime de Kinshasa contre les M23, tout en participant officiellement à des missions de paix. Cette ambiguïté sape sa crédibilité comme médiateur neutre.
- Les organisations africaines (UA, CEEAC) peinent à sanctionner ces ingérences, ce qui alimente le cynisme sur leur efficacité.
- Le problème structurel des organisations africaines
- L’UA reste un club de chefs d’État qui se protègent mutuellement (ex.: silence sur les coups d’État quand ils arrangent).
- Les solutions « africaines » sont souvent des simulacres : Les médiations (Soudan, RCA, Sahel) manquent de moyens et de suivi. Les pays membres ne paient pas leurs cotisations (à 60% financées par des bailleurs étrangers !).
- Démontrer une neutralité absolue, notamment en rompant avec les ambiguïtés congolaises.
- S’appuyer sur les acteurs locaux (chefs traditionnels, femmes, diaspora) plutôt que sur les élites militaro-politiques.
- Bousculer les logiques de l’UA en exigeant des mandats clairs et des sanctions contre les ingérences étrangères.
L’analyse minimise des obstacles majeurs :
La question finale (« Comment faire une guerre insensée au Congo et puis être médiateur ? ») pointe une contradiction majeure non abordée dans l’interview :
Bano évoque justement le manque de cohésion des leaders africains, mais sans approfondir :
Conclusion : Un exercice d’équilibriste périlleux
La mission de Ndayishimiye relève davantage de la symbolique que d’une réelle stratégie de sortie de crise. Pour réussir, il devrait :
Sans cela, cette nomination restera un coup médiatique sans impact, renforçant le scepticisme sur l’efficacité des organisations africaines.
Kadodwa JEAN Août 2025
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« Le Burundi a été accusé d’envoyer des troupes en RDC (via le groupe RED-Tabara) pour soutenir le régime de Kinshasa contre les M23, »
« Le Burundi a été accusé »: par qui (SVP)? Par le M23? Ce n’est que normal!
Via le Red-Tabara: je ne comprends pas; le Burundi a envoyé des troupes en RDC via Red-Tabara? C’est génial! Ou alors le Red Tabara accuse le Bturundi: ses accusations n’ont aucune valeur car on peut accuser son ennemi de n’importe quoi.
Rien n’est génial Red TABARA est un groupe fabriqué par le CNDD, comme les miliciens Imbonerakure . Je n’ai pas voulu dire l’armée burundaise car je la respecte, ils sont dans une mission non définie .De toutes manières que faisons au Congo?
« Rien n’est génial Red TABARA est un groupe fabriqué par le CNDD, comme les miliciens Imbonerakure . »
Si Red Tabara = CNDD-FDD, vous m’apprenez des choses et je n’ai rien à y redire.
Au vu des attaques sanglantes de Gihanga , de Ruhagarika, et autres attaques à la grenade en centre ville, je me demande ce qui se passerait si le Burundi n’était pas présent militairement en RDC pour pourchasser le RED Tabara.
Donc , que faisons nous au Congo? Nous assurons notre propre sécurité!