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OPINION | Les promesses vaines de la COP 30

28/11/2025 Commentaires fermés sur OPINION | Les promesses vaines de la COP 30
OPINION | Les promesses vaines de la COP 30

Par Landry Ninteretse*

Novembre. Les pluies déferlent sur les plateaux de Ngozi. Mon oncle, autrefois cultivateur de café, travaille une terre stérile. Là où germait l’espoir, il n’y a plus que poussière. Alors, je me pose cette question qui me brûle : que signifie vraiment « action climatique mondiale » pour un pays comme le nôtre ?

Nous ne sommes pas les pollueurs. Notre empreinte carbone ? Insignifiante comparée au vacarme des champs pétrolifères saoudiens ou des gazoducs russes. Et pourtant nous voilà, cœur oublié de l’Afrique, submergés tantôt par les inondations, ravagés tantôt par la sécheresse. Un cycle infernal.

La COP 30 vient de se clôturer à Belém, au Brésil. Elle était censée être LE tournant. Le sommet où les pays du Nord reconnaîtraient enfin leurs responsabilités. Au lieu de cela ? Une leçon magistrale de diplomatie creuse : aucune mention de l’élimination progressive des énergies fossiles – ces mêmes énergies qui réchauffent notre planète et polluent notre air. À la place : de vagues « feuilles de route volontaires ». Aussi contraignantes qu’une résolution de Nouvel An.

Deux semaines de négociations. Des discussions qui se prolongent jusqu’aux petites heures du matin. Et l’accord de la COP 30 – surnommé pompeusement la « Décision de Mutirão » – esquive LE sujet qui fâche : les énergies fossiles.

Plus de 80 nations réclamaient pourtant une fin claire et équitable du charbon, du pétrole et du gaz. Une bonne partie d’États africains, nos voisins inclus. Leurs revendications ? Noyées sous l’opposition des habituels suspects : l’Arabie Saoudite, ses alliés de l’OPEP et la Russie. Des pressions énormes. Des projets édulcorés jusqu’à devenir insignifiants.

Le président brésilien Lula, reconnaissons-le, a œuvré sans relâche pour l’inclusion de tous. Jusqu’au bout. Mais même lui n’a pu combler le fossé béant entre les profits des pollueurs et notre survie. Le résultat ? Une annonce tiède d’une « feuille de route » pour une transition énergétique « juste, ordonnée et équitable ». Impliquant qui ? Tout le monde : des grands noms de l’industrie aux organisations de la société civile marginalisées.

Du volontariat, ne vous y trompez pas ! Sans contrainte. Sans échéance. Sans obligation de rendre des comptes.

Et la feuille de route parallèle pour enrayer la déforestation ? Un pansement sur une plaie béante. Au Burundi, nos forêts – protégées ou artificielles – disparaissent plus vite que nos saisons des pluies.

Principaux enseignements de Belém ?

Premier constat : les énergies fossiles ont été davantage au centre des débats que lors des 29 COP précédentes. Un progrès dans les discussions. Mais les convictions restent à confirmer. La Déclaration de Belém sur une transition juste, signée par 24 nations dont la délégation kényane, réaffirme avec force son engagement à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C et à abandonner progressivement les énergies fossiles. La justice au cœur des préoccupations, notamment pour les petits États insulaires comme les Fidji, Tuvalu et, par extension, le Burundi ravagé par les inondations.

Le Brésil n’a pas signé cette déclaration, privilégiant les négociations officielles. Mais il sème une graine : une conférence internationale se tiendra en Colombie en avril prochain pour élaborer de véritables plans de sortie du changement climatique.

Deuxième constat : l’engagement financier fait écho aux 300 milliards de dollars dérisoires de la COP 29. Une somme dérisoire comparée aux 1 300 milliards réclamés par les pays en développement. L’Afrique paie la facture d’une adaptation dont elle n’est pas responsable.

Troisième constat : la jeunesse et la société civile ont pris d’assaut les assises climatiques de Belém. Leurs slogans nous rappellent qu’il ne s’agit pas d’une simple question politique. C’est une question existentielle. Mais que de batailles acharnées !

Nos priorités sont claires

La lutte contre les énergies fossiles a été la plus sanglante. Les pays vulnérables – nous, Africains de l’Est – nous sommes heurtés de front aux pétro-États. Ces États qui traitent l’atmosphère comme leur terrain de jeu privé. Pourquoi les enfants du Burundi devraient-ils hériter d’une terre brûlée tandis que Riyad construit des villes fantômes sur de l’or noir ?

L’illusion de l’équité, ensuite. Parler de « transitions justes » sonne bien. Mais sans engagements contraignants, cela signifie en clair : « pays en développement, débrouillez-vous ».

Le financement ? Une farce. Les promesses de milliers de milliards sonnent creux quand les versements se chiffrent en milliards. Les fonds d’indemnisation arrivent au compte-gouttes, comme les affluents capricieux du Nil.

Les priorités africaines ? Nous réclamons à cor et à cri un allègement de la dette lié à des investissements verts, des transferts de technologie réellement bénéfiques aux petits exploitants agricoles, et une place à la table des négociations. Là où les décisions ne sont pas dictées à Washington ou à Bruxelles.

En tant que Burundais, c’est une affaire personnelle. Notre lac Tanganyika, partagé avec la Tanzanie, la Zambie et la RDC, se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale. Il décime les stocks de poissons qui nourrissent des millions de personnes. Nos champs de haricots et de maïs dépérissent sous des pluies hors saison, plongeant 70 % d’entre nous – déjà parmi les populations les plus affamées du monde – dans une famine encore plus profonde.

Les organisations africaines de justice climatique, nationales comme régionales, ne se laissent pas berner par les promesses de la COP 30. Nos priorités sont claires : exiger l’abandon progressif et obligatoire des énergies fossiles, assorti de réparations pour les émetteurs historiques. Porter le financement à 1,5 % du PIB des pays riches, sans condition. Donner la parole aux populations autochtones et aux jeunes dans toutes les négociations.

Le Burundi, malgré sa petite taille, peut montrer l’exemple. Nos initiatives de reforestation menées par les communautés et nos micro-réseaux solaires prouvent ce qui est possible lorsque c’est la justice – et non la charité – qui est le moteur du changement.

La COP 30 n’a pas été un échec total. C’est un électrochoc. La preuve que l’emprise des anciennes gardes s’affaiblit à mesure que nos revendications s’intensifient. Mais les feuilles de route volontaires n’éteindront pas les incendies qui ravagent le Ruvubu. Elles ne rempliront pas nos nappes phréatiques asséchées.

Camarades compatriotes, il est temps de se lever. Boycottons les demi-mesures. Construisons notre propre avenir énergétique juste. Forçons le monde à négocier selon nos conditions. Pour les agriculteurs du Burundi, les éleveurs du Kenya et chaque âme d’Afrique de l’Est qui aspire à un air pur, la justice climatique n’est pas un détail. C’est l’enjeu principal.

Faisons des murmures de Belém un cri qui résonne de l’océan Indien au bassin du Congo. La planète brûle. De quel côté êtes-vous ?

Landry Ninteretse est consultant indépendant. Militant environnementaliste, artisan de paix, panafricain, il fut Directeur Régional Afrique de 350.org entre 2016 et 2025.

*Les articles de la rubrique « opinion » n’engagent pas la rédaction

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