Politique

Nyarusange : pour le foncier ou le politique ?

30/03/2020 Fabrice Manirakiza Commentaires fermés sur Nyarusange : pour le foncier ou le politique ?
Nyarusange : pour le foncier ou le politique ?
En commune Nyarusange, Mélanie Bankuwabo et ses enfants disent vivre sous menaces des Imbonerakure.

Après la disparition de Sylvère Baribonekeza, un responsable du CNL dans la commune Nyarusange, Mélanie Bankuwabo, sa femme, craint à son tour pour sa vie. Elle et ses enfants sont sous menaces d’Imbonerakure, dont son beau-frère qui voudrait s’accaparer de la terre du défunt. Iwacu s’est rendu à Bikingi, sa colline de résidence.

C’est un calvaire qu’elle traverse depuis longtemps. Avant la disparition de son mari en mars 2019, Claude Hakizimana et Dieudonné Havyarimana, ses deux fils majeurs, étaient aussi introuvables. «Il y a quelques années », raconte un voisin. « Avant qu’ils ne disparaissent, leur oncle amenait sans cesse des Imbonerakure faire des fouilles-perquisitions dans leur ménage, prétextant qu’il regorge de malfaiteurs. Ils ont fini par s’enfuir, et on ne les a plus revus».

La disparition de Baribonekeza…

Cette double « disparition » servira de prétexte pour d’incessantes arrestations de Sylvère Baribonekeza. Soupçonné de complicité avec des rebelles, ce chargé de la mobilisation du CNL dans la section Nyarusange-Makebuko est arrêté puis emprisonné, à trois reprises, au cachot de la commune Nyarusange. «Son frère l’accusait d’avoir envoyé ses deux fils dans une rébellion».

Rien de tel néanmoins, selon les voisins de feu Baribonekeza. « Philippe Baransokoroza, comme les autres Imbonerakure de sa localité, avait une dent contre son frère, uniquement sur base de leurs divergences politiques », estiment certains. « Surtout des spéculations sur la terre », affirme un membre de la famille du défunt. Philippe Baransokoroza brandissait le cachet politique pour manipuler d’autres Imbonerakure…

Au cachot, toutes les trois fois, il en sortait néanmoins une semaine après, faute d’accusateurs. Mais viendra le jour j. «A un moment, son frère a changé de stratégie car il voyait que la carte de la prison ne tenait pas».

C’était un mercredi, se rappelle Nadine (pseudo), une voisine. Des inconnus ont investi le domicile de Sylvère Baribonekeza, au milieu de la nuit. « Nous avons entendu des cris », témoigne-t-elle, ajoutant que « ceux qui dormaient ont rapporté avoir eu à faire avec 9 jeunes hommes dont 8 en uniforme policière ». Ils avaient défoncé les portes, s’étaient introduits puis avaient enlevé le chef du ménage.

D’après elle, dans la foulée, ceux qui étaient dans la maison ont confié avoir reconnu Philippe Baransokoroza, parmi les attaquants. Sylvère Baribonekeza a été conduit à la sous-colline Gasivya. Selon les témoignages, c’est là que ses bourreaux vont l’embarquer dans une voiture pour une destination inconnue. «Nous ne l’avons plus revu depuis», se désolent ses proches.

Le tour de sa femme

Dès le lendemain de cet enlèvement, l’épouse du désormais porté disparu va se confier aux différentes autorités administratives et policières en vue de la recherche de son mari. Sans succès. Les trois enfants qui restaient à la maison vont attendre en vain le retour de leur père.

Neuf mois d’angoisse et de désespoir dans la famille. Et puis en décembre, un couteau dans la plaie. Selon des sources concordantes, le domicile de Mélanie Bankuwiha commence à se faire accoster par des inconnus dans la nuit, pendant les jours de Noël. Et la famille à adopter le cache-cache, à chaque tombée de la nuit. «S’ils dorment ici aujourd’hui, demain c’est ailleurs».

Il faudra attendre janvier 2020 pour savoir l’objet de ces visites nocturnes. Lors des réunions organisées par des Imbonerakure, le nom de Mélanie Bankuwiha ne manque jamais en effet. Ils l’accusent d’avoir poursuivi l’objectif de son mari, en faisant la propagande pour le CNL.

D’ailleurs, Dieudonné Havyarimana, un de ces Imbonerakure, finira par menacer verbalement la veuve. « Il l’a rencontrée chez elle, à son domicile, et lui a dit de s’attendre au pire, si elle ne rejoignait pas le Cndd-Fdd », témoigne un habitant de la localité. «Il la menaçait comme quoi la disparition de son mari ne lui avait pas laissé de leçon. Il exigeait d’elle d’aller remettre à l’administration les documents à base desquels son mari faisait la mobilisation si jamais elle voulait sauver sa peau», ajoute un autre.

Ferdinand Nkurikiye: « Nous ne pouvons pas connaître cette situation tant que la victime ne se soit pas encore confiée à nous.»

Selon ses proches, Mélanie Bankuwiha a aujourd’hui perdu le nord et le sud. Elle craindrait surtout pour la vie de ses enfants. Mais en tout cas, elle n’entendrait pas intégrer le parti au pouvoir. «Il faut que tout organe compétent vole à son secours », demandent ces témoins.

Interrogé, l’administrateur de la commune Nyarusange dit ne pas être au courant de l’affaire. « Nous ne pouvons pas connaître cette situation tant que la victime ne se soit pas encore confiée à nous », a expliqué Ferdinand Nkurikiye, avant de nous raccrocher au nez.

Pour sa part, le chef du Cndd-Fdd à la colline Bikingi, assure que des conflits fonciers opposent Mélanie et son beau-frère, ajoutant néanmoins ignorer si la veuve subirait des intimidations de quelque Imbonerakure que ce soit. «Je vais enquêter. Si je trouve qu’il y a des Imbonerakure qui la menacent, je les traduirais devant la justice».


Giheta : Des Imbonerakure font-ils la pluie et le beau temps ?

Les Inyankamugayo de la zone Kabanga en commune Giheta de la province Gitega se disent persécutés par un groupe d’Imbonerakure. Des menaces, des intimidations, des perturbations des activités du CNL. Des Imbonerakure sont aussi accusés de faire des exercices physiques avec des chansons de menace à l’encontre des opposants.

En commune Giheta, les Inyankamugayo se disent persécutés par des Imbonerakure.

«Ce groupe composé des Imbonerakure sévit sur les collines Kibimba et Musama de la zone Kabanga. Il est dirigé par Libère Minani, un démobilisé et membre du Cndd-Fdd», confie des militants du CNL. D’après eux, ils font aussi des exercices physiques le soir et tous les jours sur la route Gitega-Bujumbura. «Certains portent même des tenues militaires ou policières. Ils courent avec des gourdins». Selon les militants du CNL, ces jeunes chantent des chansons de menace en l’encontre des opposants politiques. «Ils disent que celui ne va pas voter pour l’héritier aura des gros problèmes. Le candidat du Cndd-Fdd Evariste Ndayishimiye est originaire de cette zone. Nous pensons que c’est pour cela que les Imbonerakure de cette zone sont plus virulents que ceux des autres localités».

D’après les Inyankamugayo, ils sont terrorisés par ce groupe. «Nous ne fermons pas l’œil de la nuit. En un mot, le Cndd-Fdd ne veut pas que le CNL s’installe dans la zone Kabanga. Dans les autres zones, nous n’avons pas de problèmes». Le 1 mars dernier, poursuivent-ils, l’administrateur communal, Alexis Manirakiza, avait autorisé une réunion du CNL sur la colline Kibimba mais il a été obligé de la suspendre à cause de la pression que ces Imbonerakure ont exercée sur lui.

Des activités du CNL perturbées

«Lorsque le CNL demande l’autorisation d’organiser une réunion ou d’ouvrir une permanence, l’administration nous l’accorde sans problème», confie un militant du CNL. Le seul hic, poursuit-il, cette même administration passe à côté et incite les militants du parti au pouvoir à perturber les activités. « C’est ce qui s’est passé lorsque nous avions une réunion sur la colline Nyamugari. Parfois ils utilisent même les administratifs à la base. Quand nous brandissons l’autorisation de l’administrateur communal, ils nous disent d’aller faire des réunions chez lui».

Les Inyankamugayo accusent Libère Minani et un certain Nathanaël, tous des militants du parti de l’aigle ainsi que des Imbonerakure de la zone Kabanga. «Lorsqu’ils voient un intellectuel participer dans des réunions du CNL, ils vont chez lui pour l’intimider. Ils le menacent de le tuer ou de le licencier. Plusieurs militants intellectuels ont déjà fui la zone».

Ils pointent également du doigt Léonidas Ntakarutimana, chef du parti Cndd-Fdd en commune Giheta. «Il est derrière toutes les perturbations de nos activités. Il fait la pluie et le beau temps avec l’aide de l’administration». Dans la zone Kabanga, les Inyankamugayo ont peur à l’approche des élections. «Nous sommes en train de confectionner les listes de nos mandataires politiques lors des élections. Une fois que ces listes tomberont dans leurs mains, nos militants risquent de passer un mauvais quart d’heure».

Interrogé, Léonidas Ntakarutimana n’a pas voulu s’exprimer sur la question de la perturbation des activités du CNL. «Je n’ai rien à dire sur ça». Concernant les intimidations des Imbonerakure et les exercices physiques ainsi que les chansons qui menacent les opposants, il indique qu’il ne peut pas s’exprimer pour le moment. Iwacu a essayé de joindre le chef de zone Kabanga sans succès.

Par Fabrice Manirakiza & Edouard Nkurunziza

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