Lundi 05 janvier 2026

Editorial

Ne pas laisser le VIH reprendre du terrain

21/11/2025 2

La semaine du 17 au 21 novembre était consacrée au dépistage, avec un accent particulier sur les infections sexuellement transmissibles (IST). Une démarche indispensable : beaucoup d’IST ne présentent aucun symptôme, et l’on peut être porteur sans le savoir, tout en exposant ses partenaires.

En première ligne, les organisations de la société civile – notamment l’ANSS (Association nationale de soutien aux séropositifs) – ont assuré le dépistage communautaire et la sensibilisation. Elles constatent toutes la même dérive : un relâchement inquiétant de la vigilance.

Après des années de progrès, les nouvelles infections au VIH repartent à la hausse, surtout chez les jeunes. C’est un retour en arrière préoccupant pour un pays longtemps cité en exemple en Afrique : taux de couverture thérapeutique élevé, suppression virale maîtrisée, transmission mère-enfant quasiment éliminée. Aujourd’hui, ces acquis sont fragilisés. La stigmatisation et la discrimination persistent, empêchant encore trop de Burundais de se faire dépister ou de suivre correctement leur traitement.

Cette dégradation intervient alors que le système de santé burundais dépend fortement de financements externes. Pendant plus d’une décennie, les États-Unis, via l’USAID, ont été un soutien majeur, investissant plus de 120 millions de dollars dans la lutte contre le paludisme, le VIH/sida et la malnutrition. Les décisions prises sous l’administration Trump pour réduire ces financements ont eu des conséquences immédiates : rupture d’approvisionnement en médicaments, interruption de programmes, fragilisation d’équipes médicales.

Selon les acteurs de terrain, près de 10 000 personnes vivant avec le VIH se sont retrouvées menacées d’interruption de traitement. D’autres bailleurs ont également revu leurs contributions à la baisse, accentuant la pression sur un système déjà vulnérable.

Dans ce contexte, la prévention doit redevenir une priorité absolue, en particulier auprès des jeunes générations, trop souvent convaincues que le VIH appartient au passé. Les organisations de la société civile ont un rôle déterminant : adapter les messages, aller vers les communautés, mobiliser les ressources, et rappeler aux gouvernements leurs engagements.

Mais la société civile ne peut pas tout faire. Une lutte durable exige une action conjointe. Le gouvernement doit renforcer ses programmes, garantir la disponibilité des traitements et sécuriser des financements nationaux pour réduire la dépendance extérieure. La société civile, de son côté, doit poursuivre son travail essentiel de plaidoyer, d’information et d’accompagnement.
Les experts le répètent : nous sommes à un tournant. Sans sursaut national et international, les avancées de ces vingt dernières années pourraient s’éroder rapidement.

Le Burundi a prouvé qu’il pouvait être un modèle. Il peut l’être encore. Mais à une condition : ne pas oublier que le VIH n’a jamais disparu et que la lutte, loin d’être terminée, doit être renforcée.

Forum des lecteurs d'Iwacu

2 réactions
  1. Kubwayo Michel

    Face au gel des fonds par des partenaires historiques, le gouvernement burundais se trouve dans une situation critique qui exige une réponse stratégique et multidimensionnelle. Il ne s’agit pas seulement de trouver des solutions de rechange, mais aussi de repenser en profondeur la pérennité de son système de santé.

  2. Michel Kariyo

    Après 40 ans de lutte, une certaine lassitude et une baisse de l’attention politique et médiatique se sont installées. Les discussions sur le VIH sont jugées insuffisantes par une grande partie de la population, ce qui contribue à un manque d’information sur les réalités actuelles du virus.

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