Économie

Manque d’engouement pour le textile

10/10/2019 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Manque d’engouement pour le textile
Manque d’engouement pour le textile
Le marché de friperie de Ruvumera

L’enveloppe d’importation de la friperie ne cesse d’augmenter. Ce marché vaste n’attire pas les investisseurs nationaux. L’Association des Industriels burundais évoque le manque de capitaux et du personnel qualifié. Mais la friperie ne freine pas le développement du secteur textile.

Depuis 2016, les pays de l’EAC notamment le Rwanda, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ont protégé leurs industries textiles locales contre la concurrence de la friperie. Ils ont décidé de suspendre graduellement des importations des habits de seconde main.

Cependant, le Burundi affiche une montée en flèche des importations de friperies. Les statistiques de la Banque de la République du Burundi montrent que la quantité de vêtements de seconde main déversée sur le Burundi a considérablement augmenté ces dix dernières années. Ainsi, l’enveloppe allouée à l’importation de la friperie n’a cessé de grimper. De 2009 à 2019, Elle est passée à 2,2 à plus 20 milliards BIF. De 2014 à 2018, les habits de seconde main importés ont augmenté de 14 à 20 milliards BIF, soit une hausse de 42,8%.

Pour l’année 2019, les données ne sont pas disponibles. Mais, l’activité est en progression à Bujumbura. La friperie ne laisse personne indifférent dans le pays.

Ruvumera, en zone Buyenzi, mardi à peine 9 h 30 du matin, le marché est déjà plein. Pantalons, robes, chaussures, sacs à main, sacs à dos, chaussettes, etc., sont entassés dans le rez-de-chaussée et à l’étage. Ici, les vêtements de seconde main s’arrachent. Hommes comme femmes, adultes et parfois aussi les enfants, personne ne laisse passer l’occasion. Il est même difficile de se frayer un passage dans l’espace réservé à la friperie. Les habits d’occasion attirent tout le monde.

Jean Claude, revendeur ambulant de la friperie rencontré sur ce marché fait savoir qu’avant même l’ouverture des ballots importés de l’étranger) consommateurs directs et revendeurs sont déjà aux aguets. « C’est une habitude. C’est la même chose tous les jours. » Pour être servi, il faut venir très tôt, parfois à 6h ou 6h30, pour choisir les meilleurs produits, selon qu’on soit revendeur ou client.

Ce commerçant confie qu’il est venu très tôt le matin pour d’abord faire le tour afin de détecter les habits à acheter selon la demande de ses clients.

Titulaire d’une licence en science politique, Pierre ne pense aujourd’hui qu’à la friperie. Une reconversion en somme. Un chemin que plusieurs de ses camarades ont embrassé.

« J’ai décroché une licence en droit en 2014. Mais face au chômage, j’ai décidé, depuis cinq ans, de m’engager dans la friperie», raconte Paul, un jeune revendeur au bord de la route. C’est une autre forme d’entrepreneuriat. Ce commerce lui permet aujourd’hui de nourrir toute sa famille.

Comme lui, d’autres jeunes n’hésitent pas à se sortir du chômage et de la misère avec la friperie. Ils sont de plus en plus convaincus tous les jours et au vu des recettes réalisées, d’avoir fait le bon choix.

Limiter l’importation de friperies n’est pas une solution

Mélance Buregeya : « Les hommes d’affaires burundais manquent de capitaux suffisants pour se lancer dans ce secteur.»

Pour Mélance Buregeya, secrétaire général de l’Association des Industriels du Burundi(AIB), même si la friperie fait l’affaire de plusieurs Burundais qui s’habillent sans forcément dépenser des sommes faramineuses, elle ne représente pas un obstacle au décollage du secteur textile au Burundi.

Cependant, l’industriel trouve que le Burundi ne doit pas emboîter le pas certains autres pays de l’EAC qui ont décidé de diminuer graduellement les importations de la friperie.

«Pour le moment, la limitation des importations d’habits de seconde main n’est pas une solution pour promouvoir ce secteur », estime encore Mélance Buregeya. D’après lui, le secteur textile burundais n’est pas concurrencé par la friperie. Au contraire, il faut des usines textiles locales qui peuvent satisfaire le marché local. Pour le moment, il n’y en a pas. Raison pour laquelle l’Etat ne doit pas limiter l’importation de friperies. Il faudrait d’abord avoir une production locale suffisante pour décider de limiter l’importation de la friperie.

M. Buregeya fait savoir que d’autres facteurs expliquent pourquoi le marché local des habits est occupé par la friperie. Il indique qu’il n’y a pas d’industries qui peuvent produire toutes les gammes de vêtements sollicités. L’AFRITEXTILE est la seule entreprise textile œuvrant au Burundi. Cette dernière ne produit que des pagnes, des uniformes…

Pour lui, le secteur textile fait face aux plusieurs défis. « Les hommes d’affaires burundais manquent de capitaux suffisants pour se lancer dans ce secteur ». La construction d’une usine textile demande beaucoup de moyens financiers. Selon cet investisseur, pour réaliser un tel projet, les opérateurs économiques doivent se ressourcer dans les banques commerciales. Malheureusement, déplore-t-il, les banques commerciales burundaises ne financent pas des projets de long terme.

Ce représentant des industriels confie que le manque des devises constitue aussi un défi majeur pour les investisseurs burundais. Ils ne peuvent pas trouver des montants désirés sur le marché. Ce qui les décourage. L’importation des matières premières et des machines indispensables pour monter l’usine textile demande des liquidités suffisantes des devises.

M. Buregeya évoque également le manque de main d’œuvre qualifiée dans l’industrie textile. Au Burundi, il n’y a pas une école ou un centre de formation pour le développement du textile. « Il faut faire venir une main d’oeuvre étrangère d’Inde ou de Chine. Mais cette dernière coûte énormément cher. » Cela implique un investissement supplémentaire…

Les importations de la friperie (2009-2018)

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