Editorial

M. le président, dis-seulement une parole…

19/06/2020 Léandre Sikuyavuga Commentaires fermés sur M. le président, dis-seulement une parole…

“Ensemble tout devient possible”. Ce slogan de campagne du désormais chef d’Etat burundais, Evariste Ndayishimiye, a séduit. Par conviction ou spéculation, des partis politiques ont décidé de le soutenir car « partageant les mêmes idéaux ». Dans son discours d’investiture, il l’a répété à maintes reprises. Plus d’un se demandent s’il pourra tenir cette promesse : être vraiment un président rassembleur. Les sceptiques se basent sur la nouvelle Constitution qui semble s’écarter de la logique des compromis ou du consensus dans l’exercice du pouvoir exécutif.

Par Léandre Sikuyavuga

En effet, contrairement à la Constitution de 2005 fondée sur l’Accord d’Arusha, celle de 2018 est basée sur une conception qui veut que le gagnant rafle toute la mise, « The winner takes it all ». Avec celle de 2005, les membres du gouvernement provenaient des différents partis politiques et coalitions ayant obtenu plus d’un vingtième des votes lors des législatives et qui le désirent. Dans la nouvelle Constitution, le président de la République a la latitude de nommer qui il veut au gouvernement, indépendamment du poids politique de son parti.

La philosophie rappelle qu’être chef, ce n’est pas seulement faire une œuvre, c’est surtout faire des hommes, les conquérir, les unir, les aimer et en être aimé. Saint-Exupéry, dans Terre des Hommes, dit: «La grandeur d’un métier est peut-être, avant tout, d’unir des hommes». Cela est particulièrement vrai pour un chef d’Etat.

Même s’il y en a qui s’interrogent sur la marge de manœuvre du nouveau locataire du Palais Ntare Rushatsi et se demandent « s’il pourra s’affranchir de ceux qui l’ont placé là ? », la Constitution lui confère les pleins pouvoirs de décision. « Le président de la République est le chef du pouvoir exécutif… Le gouvernement est chargé de la mise en œuvre de la politique de la Nation telle que définie par le président de la République».

Le président Evariste Ndayishimiye est réputé comme un homme de dialogue et d’ouverture qui prône la tolérance politique. D’ailleurs, il a insisté sur cet aspect dans son premier discours comme chef d’Etat : « Dialoguons en travaillant, travaillons en dialoguant. » Les Burundais attendent impatiemment les premières décisions de son mandat.

Ma prière, c’est que parmi ces mesures figure la libération de nos collèges journalistes emprisonnés depuis octobre 2019 alors qu’ils faisaient leur travail. C’est possible, ils ont purgé le quart de leur peine. A l’instar du centurion de l’armée romaine devant Jésus Christ, j’ose demander au président de dire seulement une parole…

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