Des maisons fissurées et menacées d’écroulement, une insécurité due à des vols, des inondations, … telle est la situation qu’endurent les déplacés du site de Mutambara III, victimes de la montée des eaux du lac Tanganyika. Ils réclament des logements décents et une protection. L’autorité communale les encourage plutôt à voler de leurs propres ailes et à ne pas compter toujours sur des aides extérieures.
Situé à environ 6 km au sud du chef-lieu de la commune Rumonge, le site de Mutambra III héberge des déplacés victimes de la montée des eaux du lac Tanganyika. Ils vivent dans ce site depuis avril 2023.
Les conditions de vie de ces déplacés laissent à désirer. Certains ménages sont plongés dans le désarroi. Et pour cause, leurs maisons sont menacées d’écroulement.
« Ma maison a failli s’écrouler à la suite de fortes pluies mêlées au vent violent qui sont tombées ces derniers jours. J’ai trouvé refuge chez un voisin. Je suis toujours là. Il est impossible de retourner dans ma maison », se désole Marc Nimubona, un déplacé du site de Mutambara. Il vient d’y passer 2 ans. Il loge dans une maison de trois chambres avec ses onze enfants dans une promiscuité totale.
Il n’est pas le seul à être touché. Neema Nzeyimana fait savoir que sa maison est déjà fissurée et inclinée. Selon elle, les murs sont élevés avec des arbres et des bâches. Ces arbres qui servent de supports sont rongés. Les bâches sont vieilles et elles sont déjà déchirées. « De l’intérieur de la maison, on peut voir quelqu’un qui est à l’extérieur. Quand il pleut, nous dormons la peur au ventre », raconte-t-elle.
Ces déplacés demandent à l’autorité communale de leur construire des maisons en matériaux durables. Leurs conditions de vie deviennent de plus en plus intenables. Ils réclament des logements décents.
« La commune nous a sauvés des inondations en nous construisant ces maisons. Qu’elle le fasse encore en nous construisant des maisons en matériaux durables. Il n’y a pas de développement pour un citoyen qui n’a pas de logement décent ».
La cheffe du site alerte
Selon Audacienne Hakizimana, la cheffe du site de Mutambara, celui-ci héberge 185 ménages composés de 1 340 personnes. Leurs maisons sont érigées dans des parcelles mesurant chacune 15 m sur 20 m. Elle reconnaît que ces déplacés vivent dans des conditions déplorables et qu’au départ, ils avaient le problème de froid.
Elle fait savoir que plus d’une quarantaine de maisons sont menacées d’écroulement. Certains ménages ont déjà déménagé vers les voisins dont les maisons sont encore solides. Quand il pleut abondamment, raconte-t-elle, certaines maisons sont inondées et se fissurent davantage. « Certains déplacés passent la nuit chez les voisins ou à la belle étoile de peur que les maisons ne tombent sur eux ».
Par ailleurs, ajoute-t-elle, la surface cultivable s’est amenuisée. Elle est et reste les alentours des maisons. « Il nous est difficile d’avoir de quoi faire vivre nos familles ».
Etant démunis, déplore-t-elle, ces déplacés sont dans l’incapacité de remédier à cette situation qui se détériore du jour au lendemain. Elle informe avoir déjà alerté l’administration communale. Mais, elle regrette que la réponse tarde à venir.
Une insécurité grandissante
Le malheur ne vient jamais seul. Ces déplacés font également face à des cas de vol commis dans leurs maisons pendant la nuit par les malfaiteurs non encore identifiés.
Ils soulignent que ces malfaiteurs profitent de l’obscurité, déchirent les bâches et s’introduisent facilement dans les maisons. Ils emportent tout ce qui est à leur portée.
« Ces criminels m’ont volé les draps, les habits et un poste téléviseur », raconte Neema Nzeyimana, les larmes aux yeux.
Patient Bigirimana craint le pire. « Nous sommes menacés par les voleurs. La sécurité est perturbée. Nous craignons même qu’ils peuvent nous tuer ».
Le bilan des cas de vol dans ce site s’alourdit « Au moins dix ménages ont déjà été cambriolés », informe la cheffe du site.
Interrogée si les déplacés ne peuvent pas veiller à leur propre sécurité, Mme Hakizimana dit que les rondes nocturnes sont organisées mais que ces malfaiteurs ne manquent pas de tromper leur vigilance.
« Nous organisons des rondes nocturnes. Ces voleurs eux aussi s’organisent autrement et déjouent parfois notre vigilance profitant de notre sommeil profond ou de la tombée de la pluie ».
« Que ces déplacés retroussent les manches »

Lydwine Nininahazwe, cheffe de service Inclusion genre dans le Département des droits de la personne humaine, de la protection sociale et de l’inclusion genre dans la commune Rumonge, affirme que la commune est au courant de la situation dans laquelle se trouvent ces déplacés.
« Plusieurs organisations humanitaires et l’administration communale ont assisté d’une façon remarquable ces déplacés. L’administration communale leur a donné des parcelles et les a construites. Elle leur a aussi donné tout ce qui est nécessaire pour survivre. Ils sont là et vivent comme les autres citoyens burundais », a-t-elle réagi.
Elle reconnaît que ces déplacés ont été durement affectés par la montée des eaux du lac Tanganyika. Toutefois, elle les exhorte à voler de leurs propres ailes.
« Le gouvernement a tout fait pour les assister en leur construisant des logements. Ce sont des personnes bien portantes. Elles ont maintenant des parcelles. Qu’elles retroussent les manches, fabriquent des briques et construisent des maisons en dur ».
Mme Nininahazwe les encourage à ne pas compter toujours sur les aides extérieures. « Qu’ils fassent un effort. La commune verra dans quelle mesure elle pourra les aider. »
Quant à l’insécurité due à des cas de vols, elle fait savoir que l’autorité communale en est au courant et qu’elle a pris la question en main. « L’administrateur communal, en collaboration avec les forces de l’ordre, envisage ériger dans ce site une position policière ».
Mais en attendant, interpelle Lydwine Nininahazwe, ces déplacés sont appelés à veiller à leur propre sécurité.








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