Dans plusieurs quartiers des communes de la province de Bujumbura s’observe une pénurie d’eau potable récurrente. Les robinets sont à sec pendant plus de trois mois. Pourtant, la Regideso sort toujours des factures de consommation de l’eau. La population se dit dépassée par cette situation.
A Buterere, un quartier de la commune Ntahangwa, des ménages sont à bout. « C’est vraiment incompréhensible et injuste. Nous venons de passer plus de trois mois sans aucune goutte d’eau dans les robinets. Aujourd’hui, l’eau est devenue de l’or. Nous ne savons plus quoi faire. Mais, paradoxalement, les factures tombent et elles sont très élevées alors que nous n’avons pas eu d’eau », se lamente I.K résidant à Buterere. Ce père de famille indique qu’actuellement, il paie beaucoup d’argent pour avoir de l’eau. Sans préciser le montant mensuel et le nombre de bidons utilisés chaque jour, il signale qu’un seul bidon peut arriver à 1 000BIF.
« Imaginez qu’on utilise au moins 10 bidons par jour. Cela fait directement dix mille BIF de dépenses supplémentaires. » Il demande à la Regideso de faire une distribution équitable et égale à tous les quartiers.
Le prénommé Innocent, un autre habitant de Buterere s’indigne de cette situation déplorable qui les expose aux risques sanitaires. Il rappelle que l’eau potable c’est la vie. Il se demande comment ils vont prévenir le choléra et d’autres maladies des mains sales sans eau. « Pire encore, nous sommes plus vulnérables car, nous habitons des quartiers populaires. Nos moyens sont également limités pour nous offrir de l’eau minérale ».
Des factures précédentes qui reviennent
Dans d’autres localités, la situation est la même. Il s’agit notamment du cas du quartier Taba, cellule V. Elles peuvent aussi passer des mois sans eau de robinet. « Nous pouvons passer plus d’un mois à acheter de l’eau à 1 500 FBu le bidon. C’est intenable vu l’inflation à laquelle nous faisons face dans ce pays », s’indigne une mère de famille qui habite ce quartier. Même s’il y a un robinet public, d’autres habitants soulignent qu’il est difficile pour tout un quartier de s’approvisionner là-bas.
Pour D.N, il faut que la Regideso agisse vite. Il reproche aussi à cette dernière de continuer à sortir des factures de consommation de l’eau et, le comble, dit-il, des factures des mois précédents reviennent. Avec les tumultes et le stress du quotidien, il demande au service en charge de la facturation de leur épargner de ces erreurs.
Dans d’autres quartiers voisins comme Nyabagere, les habitants disent que la distribution de l’eau est complexe. « Une partie du quartier peut avoir l’eau de temps en temps. Mais, nous venons de passer plus d’un mois sans aucune goutte d’eau. Alors que des voisins de l’autre côté de la route en ont parfois », se lamente une mère de famille. Elle précise qu’ils se font aider par la Croix rouge qui a installé une bâche dans ce quartier. « Un camion-citerne l’alimente mais pas régulièrement. Le chauffeur nous a expliqué que la pénurie du mazout ne lui permet pas de venir chaque jour. Le problème de l’eau demeure. »
Un bidon d’eau de 20l à 2 000 FBu
Le quartier Kanyosha est également touché par ce fléau. Actuellement, ses habitants se lamentent des conséquences graves que cette pénurie a engendrées. Selon eux, ceux qui font le taxi vélo pour puiser cette eau des autres sources les mènent à la baguette. « Ils peuvent t’imposer d’acheter 10 bidons à la fois au lieu d’un, de 2 ou de 3 bidons. Retenez qu’un bidon de 20l s’achète à 2 000 FBu. Nous vivons un enfer. », souligne un habitant.
Noël Nkurunziza, secrétaire général de l’Association burundaise des consommateurs, Abuco, déplore aussi la problématique de la distribution de l’eau. « Dans certains quartiers, l’eau est quasi indisponible. Dans d’autres, il y a un délestage qui est espacé de 2 à 15 jours. Entre temps, dans certains endroits, des fuites d’eau sont remarquées », s’indigne-t-il. Il affirme aussi que malgré cette situation d’irrégularité dans la fourniture de l’eau, les consommateurs se plaignent que la facture reste la même. « Pourtant, la Regideso ne fait rien d’autre que de prendre des mesures de recouvrement forcé. »
Des prévisions dépassées
Selon Jean Albert Manigomba, directeur général de la Regideso, la quantité d’eau disponible dans la ville de Bujumbura est aujourd’hui insuffisante, principalement en raison de l’expansion rapide de la ville.

Il explique que 95 % de l’eau actuellement utilisée provient du lac Tanganyika grâce à un projet mis en œuvre en 1985. Ce projet avait été conçu pour approvisionner toute la ville de Bujumbura jusqu’en 2005. Cependant, la croissance démographique et l’extension urbaine ont largement dépassé les prévisions initiales.
« Depuis 2005, la ville s’est étendue et la Regideso n’a pas continué à faire des projets en tenant compte de cette extension de la ville ou de la surpopulation »
Face à cette situation, M. Manigomba précise que depuis 2022, la Regideso a entrepris plusieurs initiatives pour atténuer la pénurie d’eau, notamment la captation de l’eau provenant des sources des montagnes ainsi que la réalisation des forages. Toutefois, ces efforts n’ont pas encore permis de desservir l’ensemble de la population.
Des solutions avec le mois de mars
Il annonce également un grand projet, comparable à celui de 2005, qui consistera à capter et à filtrer l’eau du lac Tanganyika. Le financement est déjà disponible : 80 millions de dollars accordés par la Banque mondiale, 5 millions de dollars apportés par la Regideso et 5 millions de dollars octroyés par l’État à travers le ministère ayant le commerce dans ses attributions.
Selon lui, ce projet, dont le lancement est prévu au mois de mars et qui s’étendra sur trois ans, apportera une solution durable au problème de pénurie d’eau, l’eau provenant des montagnes étant largement insuffisante pour couvrir les besoins actuels.
Concernant les disparités observées dans certains quartiers où des habitants ont accès à l’eau tandis que d’autres, dans le même quartier, en sont privés, le directeur général évoque un problème lié aux infrastructures.
« Il fut un moment, les années passées, où la Regideso n’avait pas de moyens suffisants. Elle avait demandé aux habitants d’acheter eux-mêmes des tuyaux. Ces derniers n’avaient pas les diamètres suffisants. Ils sont petits pour contenir la quantité de l’eau déployée vers ces quartiers. »
Il rassure néanmoins la population que la Regideso prévoit remplacer progressivement ces tuyaux dès que l’approvisionnement en eau sera suffisant. Des travaux de modification ont déjà commencé. Il invite également les habitants à signaler toute situation inéquitable afin que les équipes techniques puissent intervenir.
Pour les quartiers non viabilisés, notamment ceux situés à la périphérie de la ville, la Regideso rencontre des difficultés pour évaluer la quantité d’eau nécessaire faute de données précises sur le nombre d’habitants. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces zones éloignées sont plus touchées par la pénurie.
Dans le cadre du nouveau projet, M. Manigomba appelle l’Obuha à viabiliser certains quartiers et à faire respecter les normes d’urbanisme, notamment l’espacement entre les maisons. « La Regideso ne peut pas installer des conduits d’eau là où il n’y a pas de rues aménagées. » Pour lui, installer des tuyaux sous des voies non adaptées expose les infrastructures à des dégradations fréquentes dues au passage des véhicules.
En ce qui concerne les factures jugées élevées malgré un accès limité à l’eau, il affirme que cela est théoriquement impossible. En cas de problème, les usagers sont invités à contacter le service commercial, car il peut s’agir d’une erreur de facturation.
Toutefois, il met en garde contre une pratique fréquente de certains habitants qui laissent les robinets ouverts en période de coupure d’eau. Il explique qu’avant le retour de l’eau, l’air sous pression peut circuler dans les conduits d’eau. Ce qui fait tourner le compteur à une grande vitesse. « Cette situation peut entraîner une augmentation de la facture. »
Il demande donc à la population d’éviter de laisser les robinets ouverts et de ne les ouvrir que lorsque l’eau est effectivement revenue afin d’éviter toute consommation inutile.
Selon le secrétaire général de l’Abuco, la responsabilité est partagée entre les consommateurs et la Regideso. « La Regideso n’informe pas sur le programme de délestage et laisse les consommateurs dans une situation imprévisible. Cette entreprise ne donne plus de messages d’information ou de sensibilisation à l’endroit des consommateurs sur la bonne gestion de l’eau. » Pour lui, c’est normal que les gens laissent les robinets ouverts dans l’espoir d’apercevoir l’eau couler une fois les vannes tournées à nouveau. Ils doivent ravitailler leurs stocks d’eau rapidement.





