Économie

Le nickel de Musongati attire l’appétit de la Tanzanie

28/09/2020 Pacifique Gahama Commentaires fermés sur Le nickel de Musongati attire l’appétit de la Tanzanie
Le nickel de Musongati attire l’appétit de la Tanzanie
Un site d’exploitation du nickel à Musongati

Les présidents burundais et tanzanien ont annoncé, samedi 19 septembre à Kigoma, la coopération économique dans l’exploitation et la commercialisation des minerais. Jean Prosper Niyoboke, économiste et professeur d’université, parle d’une coopération plus politique qu’économique.

« Nous avons construit des comptoirs de transformation du nickel ici à Kigoma, Mwanza et Geta», a déclaré le président tanzanien John Pombe Magufuli. Lors de cette visite officielle, effectuée par son homologue burundais, Evariste Ndayishimiye. « Nos deux pays exploitent le Nickel », a-t-il ajouté.
En plus de cette collaboration dans l’exploitation du nickel, le président tanzanien a exprimé l’idée d’une coopération élargie à d’autres minerais : « Nous voulons aussi que l’or ainsi que d’autres minerais en provenance du Burundi transitent par nos comptoirs et guichets de Kigoma.

Le président Magufuli a rassuré son homologue burundais sur l’expertise de son pays : « La Tanzanie va montrer au Burundi les moyens d’exploitation et de vente de minerais. Elle accorde aussi une autorisation de faire des analyses des minerais burundais dans le laboratoire de Dar es-Salaam avant que le Burundi ait son propre laboratoire reconnu au niveau international.» Une fois que la coopération minière sera mise en place, espère le président tanzanien, les deux pays auront des devises à partager.

Les deux présidents ont également évoqué les projets de construction du chemin de fer Uvinza-Musongati-Gitega pour permettre le transport du nickel et d’autres minerais en provenance du Burundi. Pour faciliter les opérateurs économiques utilisant la voie terrestre dans le cadre du transport de personnes et des marchandises, les deux chefs d’Etat ont échangé sur la faisabilité de la route Manyovu-Nyanza-Rumonge-Bujumbura.

Le président tanzanien invite également les opérateurs économiques du Burundi de vendre leurs minerais en Tanzanie. Les échanges commerciaux sont évalués à plus de deux cents millions de dollars pour l’année écoulée.

«Une ingérence »

Gabriel Rufyiri : « Il n’est pas question que la chose publique, plus particulièrement les minerais, soit cédée à la Tanzanie. »

La coopération dans le domaine minier évoquée par les présidents burundais et tanzanien ne convainc pas du tout l’Olucome, une ONG locale engagée dans la lutte contre la corruption et la malversation des biens publics. Gabriel Rufyiri, son président, qualifie le discours tenu par le président tanzanien d’ingérence d’un pays tiers dans les affaires du Burundi : « Il est étonnant d’entendre qu’un président proclame officiellement qu’il veut avoir tous les minerais d’un pays voisin. L’article 69 de la Constitution stipule que ‘’les biens publics sont sacrés et inviolables’’. » Certes, il faut que les bonnes relations entre le Burundi et la Tanzanie continuent. Mais, il souligne qu’elles doivent se faire d’égal à égal : « Il n’est pas question que la chose publique, plus particulièrement les minerais, soit cédée à la Tanzanie. »

Le président de l’Olucome indique, par ailleurs, que le Burundi est un pays souverain et indépendant qui doit organiser ses propres affaires plus particulièrement sa richesse. « Le Burundi sait où se trouvent les marchés internationaux des minerais raison pour laquelle la Tanzanie ne peut en un cas être un sous-traitant des minerais burundais. L’exploitation des minerais est actuellement contrôlée par le gouvernement. Ce dernier connaît tous les comptoirs qui achètent et vendent les minerais burundais.»

M. Rufyiri plaide pour la protection de la richesse burundaise pour qu’elle soit bénéfique aux millions de Burundais qui mènent actuellement une vie misérable. Il interpelle le gouvernement burundais à respecter les principes de transparence en matière des marchés publics.

De la géopolitique

Prosper Niyoboke : « Comme le Burundi n’a pas assez d’énergie électrique, il a choisi de s’associer à la Tanzanie.»

Jean Prosper Niyoboke, économiste et enseignant d’Université, explique ce rapprochement entre le Burundi et la Tanzanie par deux facteurs essentiels. D’une part, la dimension géopolitique : « C’est une entente motivée beaucoup plus par des aspects politiques. » Les deux pays voisins entretiennent de bonnes relations politiques, depuis de nombreuses années.

Au-delà des relations politiques, les économies de ces deux pays sont extrêmement liées. Les statistiques officielles montrent que la Tanzanie constitue le premier pays d’importation du Burundi en Afrique à hauteur de 105. 908.300.000 BIF devant le Kenya (88.405.100.000BIF), la Zambie (80.807.200.000BIF) et l’Ouganda (70388.400.000 BIF) pour l’année 2019.

Cet enseignant met aussi l’accent sur l’aspect géostratégique : « C’est un avantage qu’un pays enclavé comme le Burundi puisse avoir un accès sur un corridor avec une voie ferrée. Une fois cet axe construit, il y a aura des retombées positives pour le Burundi. Notamment, la création d’emplois.»

L’économiste estime que pour le moment il n’y a pas d’accord officiel entre le Burundi et la Tanzanie. « A entendre les discours des deux présidents, c’est comme si le Burundi cherche effectivement un accord sur un projet commun de transformation du nickel entre les deux pays».

Selon les données de l’Office Burundais des Mines, 180 millions de tonnes du nickel de Musongati en province de Rutana ont été identifiées depuis 1970.
Cet économiste fait savoir que le Burundi cherche à jouer sur certains facteurs en termes de dotations factorielles de la Tanzanie afin de minimiser les coûts d’extraction de ses gisements. « L’énergie est un facteur déterminant en même temps limitant pour l’exploitation du nickel. Comme le Burundi n’a pas assez d’énergie électrique, il a choisi de s’associer à la Tanzanie ». Par ailleurs, précise-t-il, le gisement de nickel se trouve à Musongati à la frontière tanzanienne.

M. Niyoboke s’interroge, par ailleurs, sur la gestion des revenus qui seront tirés de l’exploitation de ces minerais. « Comment les gains vont-ils être dispatchés ? Les Burundais profiteront-ils de cette manne minière ?»

Signalons que d’après les statistiques de la Banque de la République du Burundi (BRB), les revenus tirés de la vente de l’or en 2019 se chiffrent à 123. 428. 500.000 BIF (632966.7USD).

Les recettes générées par le Nobium et les Terres Rares, deux autres minerais dont les statistiques sont disponibles à la BRB, s’élèvent respectivement à 18.670.900.000 BIF (9574820.51USD) et 123.428.500 BIF (63296.6667USD).

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