Économie

Le Fonds d’Impulsion et de Garantie, une bonne initiative mais …

15/01/2019 Parfait Gahama Commentaires fermés sur Le Fonds d’Impulsion et de Garantie, une bonne initiative mais …
Le Fonds d’Impulsion et de Garantie, une bonne initiative mais …
Jean Claude Karerwa Ndenzako : «Le taux d’intérêt sera inférieur à ceux pratiqués par les banques commerciales et les microfinances»

Le chef de l’Etat a annoncé le 31 décembre dernier que le gouvernement compte octroyer 3 milliards de BIF aux jeunes regroupés en coopératives pour lutter contre le chômage. Faustin Ndikumana, président de l’ONG Parcem, dit douter de l’efficacité de cette politique.

Par l’intermédiaire du Fonds d’Impulsion et de Garantie,  le gouvernement  compte octroyer trois milliards de BIF aux jeunes regroupés en coopératives. Telle est la déclaration du président de la République, lors de son discours à la Nation le 31 décembre dernier. Ce montant sera donné sous forme de crédits à faible taux d’intérêts.

Selon le chef de l’Exécutif, la mise en place d’un tel fonds est une voie sûre et directe pour lutter contre le chômage et ainsi élargir l’assiette fiscale. Mais le fonctionnement de ce fonds suscite de nombreuses questions. Notamment les critères d’éligibilité et  la gestion de ce fonds.

Jean-Claude Karerwa Ndenzako, porte-parole du président de la République,  tient à rassurer. D’après lui, le Fonds d’Impulsion et de Garantie sera géré par le ministère des Finances.

Le porte-parole du président reconnaît que trois milliards de BIF restent insuffisants pour financer tous les jeunes chômeurs. «Nous sommes au début de cette initiative. Et le début est toujours difficile

Ce montant sera revu à la hausse à partir de l’année prochaine. «Une partie  du budget destiné à la préparation des élections de 2020 sera affecté à ce fonds.» De surcroît, souligne-t-il, les crédits accordés aux coopératives vont générer des intérêts.

M. Ndenzako indique que ce fonds financera les projets porteurs de la croissance économique. Deux critères seront pris en compte pour avoir l’accès aux crédits à travers le Fonds d’Impulsion et de Garantie.

Les jeunes devront d’abord être regroupés en coopératives. Ces dernières vont par la suite présenter les plans d’affaires de leurs projets. Ils seront analysés par le ministère de la Jeunesse.

Les projets retenus seront financés par les banques commerciales. Ce Fonds servira de  garanties à ces dernières.  Les taux d’intérêt seront inférieurs à ceux pratiqués par les banques commerciales et les microfinances.

Les associations des jeunes s’en réjouissent

Eric Ndayikengurutse, coordinateur national du Réseau des associations des jeunes en action (REJA), soutient que le Fonds d’Impulsion et de Garantie arrive à point nommé. Au Burundi, le taux de chômage des jeunes dépasse 50%. Il espère que grâce à ce fonds, les jeunes auront un accès facile aux crédits bancaires.

Toutefois, le coordinateur de REJA souligne que cette somme est insuffisante compte tenu du taux élevé du chômage chez les jeunes. «C’est une goutte d’eau dans l’océan.» Il encourage le gouvernement à revoir à la hausse ce montant.

Eric Nsengimana, représentant légal de l’Association pour une jeunesse africaine progressiste (AJAP), affirme que les jeunes attendaient la concrétisation d’un tel projet depuis longtemps.

Selon lui, il est trop tôt pour juger de la suffisance ou de l’insuffisance de cette somme. «Il faut plutôt attendre ses effets».

Le représentant légal de l’AJAP se pose, par ailleurs, plusieurs questions notamment sur les modalités d’identification des bénéficiaires. «Il y a plusieurs coopératives  des jeunes.» A ce sujet, il propose l’élaboration des critères objectifs d’éligibilité des bénéficiaires.

Comme les élections approchent, M. Nsengiyumva redoute que ce fonds ne soit utilisé à des fins politiques. «Dans ce cas, il serait un facteur de création des conflits et non du développement.»

Cet activiste de la société civile suggère au gouvernement la mise en place d’un comité de pilotage inclusif composé par le ministère de la Jeunesse, les associations des jeunes et les bailleurs de fonds. Ce comité aurait notamment pour mission de les encadrer dans la conduite des projets.


Pessimisme

Faustin Ndikumana, président de l’ONG Parcem, met en doute  l’efficacité de ce Fonds d’impulsion et de Garantie. L’élaboration et la mise en place d’un tel fonds est une chose, mais le fonctionnement et la gestion  en sont une autre. Dans un pays où la corruption est endémique, souligne-t-il, il est difficile d’avoir des résultats consistants.

M. Ndikumana craint que cette initiative du gouvernement ne se heurte à la politisation de l’administration. Au Burundi, regrette-t-il, toutes les institutions sont politisées. «L’argent de ce fonds risque d’être utilisé à des fins politiques.» Il met en doute aussi la capacité de ceux qui vont gérer ce Fonds ainsi que celle des bénéficiaires.

Pour s’attaquer au problème du chômage des jeunes, cet activiste de la société civile suggère des solutions. En amont, il propose le renforcement de l’éducation des jeunes en entreprenariat. En aval, le gouvernement devrait faciliter aux jeunes l’accès aux crédits à des taux d’intérêts préférentiels, la réduction voire la suppression des taxes pour certaines  activités des jeunes.

Faustin Ndikumana : «L’argent alloué à ce fonds risquerait d’être utilisé à des fins politiques»

Le gouvernement devrait aussi recruter des employés dans certains domaines où les besoins se font sentir. Notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Il propose au gouvernement la mise en place des Himo (activités en haute intensité de main d’œuvre) afin que les jeunes, non-qualifiés, puissent être embauchés. Sans oublier une bonne gestion des entreprises étatiques et l’amélioration du climat des affaires.

Montant du fonds insuffisant

Jean-Prosper Niyoboke, professeur à l’Université du lac Tanganyika estime que la mise en place de ce Fonds d’Impulsion et de Garantie est une bonne initiative. Mais, le montant alloué à ce fonds est insuffisant par rapport au nombre de  jeunes chômeurs et le climat des affaires morose régnant  dans le pays. «Trois milliards, c’est très peu. L’Etat devrait se référer aux statistiques des jeunes chômeurs».

Ce professeur d’université n’est pas d’accord avec les critères de sélection des bénéficiaires. «Ils ne sont pas objectifs. Le regroupement des jeunes en coopératives ne suffit pas. Le pays compte de nombreuses coopératives.»

M. Niyoboke estime, par ailleurs, que le ministère de la jeunesse n’est pas l’institution la mieux indiquée pour analyser les plans d’affaires. «Cette activité demande de l’expertise.» Cette institution devrait se pencher, au contraire, sur l’encadrement des jeunes. Le gouvernement devrait créer un ministère chargé de la promotion de petites et moyennes entreprises.

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