Dans la ville de Bujumbura, un nombre grandissant d’enfants en situation de rue inquiète. Certaines jeunes filles, encore enfants, portent des bébés. Est-ce les leurs ? Mille et une question se posent. Ces jeunes filles passent toutes les journées à sillonner la ville en mendiant. Elles sont avec d’autres gamins et se faufilent partout à la recherche de qui pourrait leur donner de la monnaie.
La journée, sous un soleil accablant, en plein centre-ville de Bujumbura, un nombre impressionnant d’enfants en situation de rue grouille de partout. Les automobilistes les évitent en catastrophe. A l’avenue de France, dans les parkings des voitures, devant les magasins, ils sont partout, ils circulent et demandent de l’argent avec un air implorant tout en essayant de bloquer les portières des voitures. Ceux qui font les courses sont mal à l’aise.
Parmi ces enfants, de jeunes filles portent des bébés sur le dos. Elles sont fatiguées et suscitent de la pitié. Une femme inquiète ordonne à l’une d’elles de faire rentrer l’enfant auprès de sa maman. Elle refuse et lui fait savoir que c’est le tien. Un enfant qui porte un autre enfant dans la rue, sous un soleil de plomb. La femme est stupéfaite et continue son chemin. « Je n’ai pas de quoi le nourrir », lance la jeune fille en suivant la femme qui ignore les supplications.
La jeune fille qui refuse de donner son nom, sous la défensive, refuse de parler sous prétexte qu’elle a faim. Elle suit chaque passant en tendant sa main. Après une promesse d’un billet, elle fait savoir qu’elle n’a pas de toit et qu’elle passe ses nuits dans le quartier asiatique avec les autres enfants. « Nous ne dormons pas. Certains d’entre nous passent la nuit à jouer et à se bagarrer. La journée, nous cherchons de l’argent parmi les passants pour acheter à manger. »
Elle avoue que l’enfant qu’elle porte a été conçu pendant ces nuits de jeu avec un de ses camarades. « Nous sommes obligées de coopérer au risque de se faire tuer. Les garçons se droguent beaucoup le soir et ils n’ont peur de rien. »
Pour elle, avoir de quoi manger seul importe. Elle ne veut même pas qu’on ait pitié d’elle. Il faut qu’on lui donne de l’argent et c’est tout. « Beaucoup de femmes me demandent souvent de les suivre pour aller vivre chez-elles. Mais, je ne veux pas aller revivre ce que j’ai vécu avec la femme de mon père. »
Elle vient du quartier Rweza. « Muri rural », fait-elle savoir. C’est un quartier situé sur l’une des montagnes qui surplombent la ville de Bujumbura. Elle précise qu’elles sont nombreuses. « Beaucoup d’entre nous sont des Batwa », ajoute-t-elle.
La pauvreté ou la persécution des parents les font fuir
Les témoignages sur le calvaire de la jeune maman sont accablants. Après la mort de sa mère biologique, elle a commencé à subir les persécutions de la nouvelle femme de son père. Elle a alors choisi de descendre en ville.
Pour elle, avoir de quoi manger était difficile et les persécutions n’ont fait qu’empirer les choses. « Et vous croyez que je suis la seule ici à avoir eu un enfant ? Nous sommes plusieurs dans la rue parce que nous n’avons pas de choix. Certaines ont quitté Rweza avec des enfants, d’autres ont conçu dans la rue. Nous nous faisons violées constamment et personne ne peut nous secourir parce que les jeunes garçons sont incontrôlables la nuit. »
Elle fait savoir que les jeunes garçons dorment la journée au coin des immeubles et se réveillent le soir pour opérer. C’est là qu’ils ne les laissent pas en paix et les violent. Avec une larme, elle dit qu’elle ne sait pas ce que l’avenir leur réserve avec son enfant. Elle a peur que l’enfant risque de mourir de froid ou de faim. « Quand il faut s’allonger pour souffler et dormir en peu, c’est sur des cartons usés, sans couverture, devant les magasins. Quand il pleut, c’est une autre histoire. »
Une urgence nationale
Ferdinand Simbaruhije, chargé de la communication à la Fédération nationale des associations engagées dans le domaine de l’enfance au Burundi, Fenadeb, fait savoir que le phénomène des enfants en situation de rue au Burundi a évolué et devient de plus en plus préoccupant. Pour lui, autrefois, il s’agissait principalement d’enfants seuls. Aujourd’hui, on observe aussi de jeunes filles avec des enfants sur le dos. Ce qui aggrave la situation et la rend encore plus alarmante.

Ces jeunes filles et ces enfants vivent dans une extrême pauvreté. Ils sont exposés à diverses formes de violences : physiques, psychosociales et sexuelles. « Ils n’ont pas accès aux soins de santé, à l’éducation, à la protection sociale ni à un encadrement familial. Ainsi, ils sont privés de leurs droits fondamentaux reconnus par les textes nationaux et internationaux, notamment le droit à l’éducation, à la santé, à la nutrition et à la protection. »
Pour lui, les causes de ce phénomène sont multiples : la pauvreté des familles, les mariages précoces, les abus sexuels, le manque de mécanismes efficaces de protection, l’abandon scolaire, le manque d’information sur la santé sexuelle et reproductive. « Plusieurs initiatives gouvernementales ont déjà été menées comme le retrait et la réinsertion de ces enfants en 2018, 2019 et 2021 ainsi que la délocalisation vers certains centres. Mais, les résultats restent insuffisants car les enfants retournent souvent dans la rue. »
Il fait savoir que la Fenadeb agit à travers plusieurs axes comme la prévention, la médiation familiale pour éviter les abandons scolaires, la sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive, le plaidoyer pour la mise en œuvre effective de la stratégie nationale de prévention du phénomène des enfants en situation de rue adoptée en 2022
Cependant, il souligne que cette stratégie n’est pas encore pleinement appliquée. Il appelle le gouvernement, les partenaires techniques et financiers ainsi que la société civile, à collaborer davantage et à mobiliser les ressources nécessaires.
Si rien n’est fait, selon lui, les conséquences seront beaucoup plus graves : « marginalisation sociale, consommation de drogues, exclusion durable et transmission intergénérationnelle de la pauvreté. En conclusion, le phénomène des enfants en situation de rue constitue une urgence nationale qui nécessite une action coordonnée et immédiate de tous les acteurs, en particulier le gouvernement qui reste le principal responsable de la protection des enfants. »







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