Vendredi 29 août 2025

Publireportages

Lancement du premier centre de traitement de substitution aux opiacés

28/08/2025 0
Lancement du premier centre de traitement de substitution aux opiacés
À ce jour, 125 bénéficiaires y sont suivis, dont six ont pu réintégrer leur famille

Le Burundi a franchi une étape importante dans la lutte contre les addictions et leurs conséquences sanitaires. Ce mardi 26 août 2025, le premier centre de traitement de substitution aux opiacés (TAO) a été officiellement inauguré à Rohero, dans les enceintes du centre Jésuite Yezu Munyakigongwe.

D’une valeur de 150 000 dollars américains, soit environ 438,8 millions de francs burundais, ce projet est financé par le Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD-Burundi) et de l’expertise France.

La mise en place de ce centre répond à un défi de santé publique majeur. La consommation de drogues, particulièrement sous forme injectable, expose à des risques accrus d’infections graves telles que le VIH/sida, les hépatites B et C, les infections sexuellement transmissibles ainsi que la tuberculose.

L’enquête IBBS de 2021 a permis d’estimer la prévalence du VIH. Selon cette enquête, la prévalence du VIH parmi la population qui consomme des drogues est de 15,3 %. La prévalence la plus élevée a été observée en Marie de Bujumbura (21,3%) et au sud du pays 18,9 %). Elle est de 15 % au centre et 12 % au nord.

À ces dangers sanitaires s’ajoutent la stigmatisation et l’exclusion sociale qui freinent l’accès aux soins. Le nouveau centre TAO se veut donc un lieu d’accueil et de soins adaptés à une population parmi les plus vulnérables.

Lors de la cérémonie, le Dr Olivier Nijimbere, secrétaire permanent au ministère de la Santé publique, a tenu à souligner l’importance de cette avancée : « C’est un signal d’espoir pour la population burundaise. »

Selon lui, le centre permettra aux usagers de drogues d’abandonner l’usage des drogues, contribuant ainsi aux objectifs fixés par ONUSIDA pour le contrôle de l’épidémie du VIH. Ce dispositif cible en priorité les usagers de drogues injectables, les personnes vivant avec le VIH ou la tuberculose, celles présentant des comorbidités psychiatriques, mais aussi les usagers incarcérés ou vivant dans des conditions précaires, notamment dans les zones urbaines dites « hot spots ».

Le Père Pascal Bihorubusa, directeur du service Yezu Mwiza, qui accueille ce centre, a exprimé sa fierté et son engagement. « C’est un honneur pour nous, pour le service Yezu Mwiza et pour nos partenaires, parce que ça nous aide d’abord à renforcer nos services, puisque nous œuvrons déjà dans la lutte contre le VIH et d’autres maladies infectieuses. Le centre TAO vient donc renforcer cette mission », a-t-il déclaré. Il a ajouté : « Nous sommes très honorés et très contents que le gouvernement ait préféré lancer cette activité ici. C’est pour nous aussi un appel à continuer ces initiatives dans d’autres provinces, car nous avons constaté une demande excessive de bénéficiaires souhaitant s’inscrire au traitement. »

Un espoir, mais de nombreux défis à relever

Taïb Diallo : « Les consommateurs de drogue sont plus exposés aux risques d’infection tels que le VIH sida, les hépatites B et C

Le Père Pascal Bihorubusa, a reconnu que la demande dépasse largement les capacités prévues. « On avait prévu qu’on allait inscrire 150 bénéficiaires. Pour le moment, on en a déjà 115. C’est pour dire qu’il y a une demande vraiment excessive de bénéficiaires qui devraient s’inscrire. C’est pour dire qu’au niveau national, on voit qu’il y a le taux élevé. Il y a le fonds qui manque. On va chercher avec nos partenaires. J’espère qu’on va trouver. », a-t-il expliqué, soulignant le manque de ressources financières. Le centre se retrouve ainsi contraint de limiter les inscriptions, alors que de nombreux usagers attendent encore une prise en charge.

Au-delà des contraintes immédiates, le service envisage une extension dans d’autres provinces. « On aimerait étendre les services, surtout à Gitega, parce que c’est au centre du pays. Comme ça, les autres provinces pourront en bénéficier », a ajouté le Père Bihorubusa. Toutefois, faute de moyens, cet objectif reste pour l’instant hors de portée.

Au-delà des aspects médicaux, les autorités et partenaires ont rappelé l’ampleur des conséquences sociales et économiques liées à l’usage de drogues. Taïb Diallo, économiste principal au PNUD-Burundi, a insisté : « Dans le cas précis du Burundi, la problématique de l’usage de drogue est une source de méfaits pour le consommateur lui-même, sa famille, son environnement social et impacte négativement le développement socio-économique du pays. »

Taïb Diallo a ajouté que « les consommateurs de drogue sont plus exposés aux risques d’infection tels que le VIH sida, les hépatites B et C, les infections sexuellement transmissibles et même la tuberculose.
M. Diallo a expliqué dans son discours que les jeunes sont les plus vulnérables à la consommation de drogue et sont également plus touchés par les troubles liés à la consommation de substances psychoactives dans plusieurs régions du monde. « En Afrique, par exemple, 70 % des personnes en traitement ont moyen de 35 ans. »

Une évaluation rapide menée en 2017 sur la consommation de drogues injectables au Burundi avait révélé une diversité de substances, allant du cannabis à la cocaïne, ainsi que plusieurs modes de consommation. Loin d’être un phénomène nouveau, la consommation s’est amplifiée ces dernières années, touchant aussi bien les jeunes que les adultes, au point de devenir préoccupante.

Les premiers résultats obtenus grâce au centre TAO Mpumuriza, déjà opérationnel, sont encourageants. À ce jour, 125 bénéficiaires y sont suivis, dont six ont pu réintégrer leur famille après une amélioration significative de leur état de santé et de leur stabilité sociale.

Charte des utilisateurs des forums d'Iwacu

Merci de prendre connaissances de nos règles d'usage avant de publier un commentaire.

Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes, antisémites, diffamatoires ou injurieux, appelant à des divisions ethniques ou régionalistes, divulguant des informations relatives à la vie privée d’une personne, utilisant des œuvres protégées par les droits d’auteur (textes, photos, vidéos…) sans mentionner la source.

Iwacu se réserve le droit de supprimer tout commentaire susceptible de contrevenir à la présente charte, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier. Par ailleurs, tout commentaire écrit en lettres capitales sera supprimé d’office.

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A nos chers lecteurs

Nous sommes heureux que vous soyez si nombreux à nous suivre sur le web. Nous avons fait le choix de mettre en accès gratuit une grande partie de nos contenus, mais une information rigoureuse, vérifiée et de qualité n'est pas gratuite. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous proposer un journalisme ouvert, pluraliste et indépendant.

Chaque contribution, grande ou petite, permet de nous assurer notre avenir à long terme.

Soutenez Iwacu à partir de seulement 1 euro ou 1 dollar, cela ne prend qu'une minute. Vous pouvez aussi devenir membre du Club des amis d'Iwacu, ce qui vous ouvre un accès illimité à toutes nos archives ainsi qu'à notre magazine dès sa parution au Burundi.

Editorial de la semaine

Le scrutin le plus stratégique de tous

Lundi 25 août 2025, journée de l’élection des conseils de collines ou quartiers et des chefs de collines ou quartiers. Une particularité importante de ce dernier scrutin du processus électoral est que tous les candidats doivent se présenter à titre (…)

Online Users

Total 1 222 users online