Vendredi 12 avril 2024

Politique

La politique peut se faire au campus mais…

12/12/2023 Commentaires fermés sur La politique peut se faire au campus mais…
La politique peut se faire au campus mais…
Un étudiant blessé sur une civière improvisée au campus Mutanga, il a été passé à tabac après avoir violé le couvre-feu

Au campus, des étudiants sont membres des différents partis politiques, ils font de la politique. C’est un constat au célèbre campus de Mutanga par exemple. Les étudiants membres du parti au pouvoir sont visiblement privilégiés. Pour un politologue, c’est normal que les étudiants fassent de la politique, mais ils devraient suivre la voie démocratique.

Lundi 4 décembre à l’entrée du campus de Mutanga face au quartier Nyakabiga III vers 11 h 00. Des étudiants entrent et sortent du campus seuls ou en petits groupes.

Approchés, la plupart ne veulent pas s’exprimer sur un sujet politique. « Moi, je ne fais pas de la politique, il faut aller demander aux jeunes Imbonerakure », a lancé un étudiant, apparemment gêné. Celui-ci dit qu’il n’est pas intéressé par l’appartenance aux partis politiques. Et son camarade de renchérir : « Nous étudions et c’est tout ».

Néanmoins, ces étudiants confient que les questions politiques se discutent surtout devant l’ancien restaurant universitaire devenu un auditoire. « Les étudiants y discutent notamment de la politique et de l’actualité sportive », affirme un autre étudiant, il avoue n’être membre d’aucun parti politique, il ne le nomme pas.

Ici, il y a une connexion internet gratuite, ce qui permet aux étudiants de faire leurs recherches et des échanges. La plupart des étudiants approchés avouent que les étudiants y discutent quelquefois de la politique. « Ici, nous surveillons ce que nous disons dans nos débats », a confié un étudiant membre du parti de l’opposition.

Celui-ci indique que seuls les étudiants membres du parti au pouvoir s’expriment sans crainte. « Ils ont même un bureau au campus et peuvent tenir des réunions », raconte un autre étudiant de l’un des partis de l’opposition.

Selon lui, cela est inimaginable pour les membres des autres partis. Pour les étudiants interrogés, cela n’est pas favorable à une bonne cohabitation entre les étudiants.

Certains estiment que les réunions des étudiants membres du parti au pouvoir devraient avoir lieu à l’extérieur du campus. Sinon, s’indignent ces étudiants des partis d’opposition interrogés, il faut que cela soit également autorisé aux étudiants membres des différents partis politiques.
En tout cas, la plupart des étudiants affirment que les Imbonerakure fréquentant différentes facultés au campus Mutanga font leurs activités politiques au vu et au su de tout le monde. « Ils portent même des vêtements aux signes du ’’parti de l’aigle’’. Qui d’autre oserait le faire ?», se demande R.Z., un étudiant membre du parti CNL.

Celui-ci fait savoir que pour se réunir, ses amis doivent se rendre ensemble à la permanence de leur parti. Et de demander : « Pourquoi seuls les Imbonerakure peuvent jouir de la liberté politique au campus ? » Pour lui, c’est une pure injustice.

Une situation mal appréciée

« Nous ne pouvons pas bien apprécier cela, car cela nuit à la bonne cohabitation, à la réussite académique », insistent quelques étudiants membres des partis politiques et d’autres qui se disent apolitiques.

Pour un étudiant, membre du CNL, il y a un hic dans la bonne cohabitation entre les étudiants suite au comportement de ses camarades étudiants, affiliés au CNDD-FDD, qui sont censés assurer la sécurité au campus en effectuant des patrouilles nocturnes.

« Ils peuvent sommer ou obliger quelqu’un d’aller dormir, alors qu’il est en train d’étudier ou faire des recherches sur internet. Il n’est pas rare que ces étudiants zélés imposent un couvre-feu. Il y a des heures où il ne faut pas s’aventurer à l’extérieur de sa chambre, cela peut vous attirer des ennuis ».

Selon B. N, un autre étudiant membre du parti de l’opposition, en général la cohabitation est bonne, mais le fait que seuls les membres du parti au pouvoir s’affichent gaillardement au campus constitue une lacune. Or, souligne notre source, avant, tout le monde pouvait assumer publiquement son appartenance politique sans peur.

Selon lui, les étudiants membres du parti au pouvoir devraient accepter que d’autres soient libres, car c’est la compétition avec les autres qui est agréable et constructif : « Pourquoi vouloir faire la compétition seul ? »

Pour les étudiants qui ont accepté de s’exprimer, faire de la politique au campus n’est pas mauvais. Mais le fait que certains d’entre eux veulent le faire seuls rend la politique détestable et amère. Sinon, ils sont convaincus que c’est normal que des étudiants fassent de la politique au sein même du campus. « Nous sommes adultes et intellectuels, nous pouvons faire de la politique. Nous demandons d’ailleurs une ouverture de l’espace politique au campus ».

« Pour plaire au parti au pouvoir, certains étudiants se laissent entraîner »

Pour D. B., un ancien étudiant de l’université du Burundi, qui a de plus été représentant des étudiants, les jeunes étudiants sont des citoyens qui ont le droit d’adhérer aux formations politiques de leur choix.

Cependant, il estime que l’université qui fait référence à l’universalité est un lieu par excellence où seules les activités académiques sont à l’honneur. Des recherches et analyses scientifiques peuvent être menées sur les faits sociaux ainsi que sur les idéologies politiques. Mais, poursuit-il, l’université ne saurait être un lieu où se manifestent « un militantisme politique primaire et l’intolérance ».

Dans le temps, lorsqu’il était dans les organes dirigeants de l’Association des Étudiants de l’Université du Burundi, il signale que les étudiants s’étaient convenus en assemblée générale que chacun a le droit d’aller exercer ses droits civils et politiques, mais qu’ils doivent en revanche laisser sa casquette politique en dehors de l’université pour revêtir exclusivement celle d’un étudiant en quête du savoir et de la connaissance.

D’après lui, cette approche avait permis de sauvegarder l’unité, le respect et la solidarité entre étudiants qui pouvaient défendre ainsi leurs droits. «De nos jours, des jeunes rivalisent de zèle pour essayer de mériter des postes politiques à la fin de leurs études», déplore notre source.

Il constate que la dépravation des mœurs et des valeurs en vogue fait que la recherche de l’argent facile, la volonté de plaire au parti au pouvoir fait que les jeunes étudiants se laissent instrumentalisés.

Il rappelle aux jeunes qu’ils symbolisent l’espoir du pays qui succombe au cours des décennies aux conséquences de la mauvaise gouvernance sociale et politique.
Donc, pour lui, le peuple burundais qui paye les impôts pour qu’ils étudient attend d’eux plus que la soumission aux volontés controversées des hommes politiques soucieux de leurs intérêts. « La jeunesse qui incarne l’espoir ne devrait pas renoncer à la raison pour se laisser entraîner la tête baissée dans les activités contre-productives qui les poussent à poser des actes qui ne favorisent pas le développement social harmonieux ».

Appel au bon leadership démocratique

Quant à Guillaume Ndayikengurutse, politologue, c’est tout à fait normal que des étudiants se lancent dans la politique. « C’est le contraire qui serait étonnant ».
Pour lui, ce qui serait problématique, c’est quand les activités politiques ne sont permises qu’à un seul parti politique alors que nous sommes dans le multipartisme. Ou bien, ajoute Ndayikengurutse, il peut y avoir un problème quand les étudiants n’empruntent pas une voie démocratique.

Pour lui, si cette voie n’est pas suivie en milieu académique, fait depersonnes éclairées, elle ne pourra pas l’être même dans le pays. « Chaque partie doit éviter une voie qui enfreint le droit des autres ».

Pour Guillaume Ndayikengurutse, des réunions des étudiants des différents partis peuvent avoir lieu au campus. Il les invite à ne pas se regarder en chiens de faïence, mais plutôt à se préparer à être de bons leaders potentiels en essayant de s’habituer aux voies démocratiques.

Les jeunes étudiants membres du parti au pouvoir interrogés au campus Mutanga ont estimé que c’est le représentant des étudiants ou le recteur qui peuvent s’exprimer. Ce dernier a fait savoir qu’il avait un agenda très chargé.

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