Baisse de la production électrique, coûts supplémentaires de maintenance, détérioration de la qualité de l’eau… La présence de la jacinthe dans la rivière Kagera constitue une menace sérieuse pour le barrage hydroélectrique régional de Rusumo. Les gestionnaires se mobilisent pour sauver ce joyau régional. Reportage.
À la frontière rwando-tanzanienne, dans le district de Ngara, se trouve le grand barrage hydroélectrique régional de Rusumo. Il est construit sur la rivière Kagera pour fournir 27 MW à chacun des trois pays : Burundi, Rwanda et Tanzanie. Il est déjà fonctionnel.
Néanmoins, aujourd’hui, une scène inhabituelle s’y observe. La prise d’eau du barrage est envahie par une masse végétale dense. Des jacinthes d’eau s’y accumulent à la surface, obstruant le passage de l’eau.
« Cette plante provient de la rivière Akagera, au Rwanda, qui rejoint la Ruvubu pour former la Kagera, sur laquelle le barrage est construit. Leur présence en grande quantité sur la grille de la prise d’eau bloque le passage vers la salle des machines », explique Célestin Nshimirimana, ingénieur électricien à la centrale hydroélectrique de Rusumo. Les deux rivières se rejoignent à environ 500 mètres en amont du barrage.
Ghad Kubwimana, responsable du département Environnement, Social et Sécurité au sein de Rusumo Power Company Limited (RPCL), indique que les conséquences de cette situation sont considérables. Il précise d’abord que la jacinthe d’eau obstrue les vannes d’admission et les grilles de la centrale électrique. « Cela réduit ainsi le débit d’eau dans les turbines », explique-t-il.
Cette obstruction oblige parfois la centrale à réduire sa production d’électricité, voire à l’arrêter temporairement pour effectuer la maintenance.
L’efficacité des turbines est également affectée. « Lorsque les racines ou feuilles de la jacinthe pénètrent dans les turbines, elles endommagent les pales et d’autres composants mécaniques. Cela contraint l’usine à effectuer des opérations de nettoyage et de réparation régulières, ce qui augmente les coûts d’exploitation », ajoute-t-il.
M. Kubwimana évoque aussi une augmentation de la sédimentation et de l’envasement. Les tapis denses de jacinthes ralentissent l’écoulement de l’eau, entraînant une accumulation accrue de sédiments près du barrage. « Cela réduit la capacité du réservoir et compromet la disponibilité de l’eau à long terme pour la production électrique. »
Les coûts d’entretien deviennent alors plus élevés. L’élimination de cette plante nécessite en effet beaucoup de main-d’œuvre et coûte cher.
Une qualité d’eau dégradée
La qualité de l’eau est également affectée. M. Kubwimana explique que la décomposition de la jacinthe consomme l’oxygène, ce qui entraîne de faibles niveaux d’oxygène dissous dans l’eau. « Cela nuit gravement à la vie aquatique. »
De son côté, Célestin Nshimirimana indique que cette situation provoque une baisse de la production d’environ 5 mégawatts (MW) par jour, en raison de la diminution du débit. La machine dégrilleuse fonctionne alors de manière excessive. Elle sert à retirer les débris végétaux et plastiques accumulés sur la grille, lesquels finissent par obstruer l’accès de l’eau au canal d’amenée.
Selon lui, cette situation engendre également une baisse des revenus escomptés : « En raison de cette plante envahissante, l’eau polluée de la rivière bouche les filtres et les tuyaux du circuit de refroidissement. Cela augmente le temps de maintenance (avec arrêt des machines pour nettoyage), réduisant ainsi l’énergie produite et les revenus générés par machine. »
La rivière Akagera, qui traverse le Rwanda, la Tanzanie et le Burundi, est considérée comme l’une des sources les plus éloignées du Nil. Elle transporte environ 14,6 tonnes de jacinthe d’eau par jour.
Atténuer l’impact
« Il est prévu d’installer un barrage flottant pour empêcher la jacinthe d’eau d’atteindre la grille de la prise d’eau et pour l’évacuer de la rivière », annonce Célestin Nshimirimana.
Selon lui, il est également nécessaire de mettre en place des moyens de gestion de cette plante dans les zones où elle prend naissance. Il propose notamment l’aménagement des bassins versants de la Ruvubu et de l’Akagera, ainsi que la plantation d’arbustes, de haies vives et de bambous afin de limiter l’érosion et la prolifération de la jacinthe.
De son côté, Patrick Lwesya, directeur de la centrale, se montre optimiste quant à l’élimination de cette plante. « Les barrages flottants sont des barrières souples installées à la surface de l’eau pour intercepter les débris flottants. Inclinées, elles guident la végétation vers des zones de collecte, facilitant leur élimination manuelle ou mécanique et empêchant le blocage des turbines. »
Et Célestin Nshimirimana de conclure : « En arrêtant la jacinthe avant qu’elle n’atteigne les turbines, ces barrages permettront de maintenir une production stable et de réduire les besoins de maintenance. »
Une solution durable envisagée

Pour éliminer durablement cette plante envahissante, Ghad Kubwimana révèle que RPCL, en partenariat avec l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), a lancé un projet visant à protéger les rivières Ruvubu et Akagera, depuis le barrage jusqu’en amont.
« L’étude de préfaisabilité est terminée. Elle a été financée et exécutée par l’IUCN. Le Conseil d’administration de RPCL a approuvé le budget de l’étude de faisabilité complète. Le projet progresse : nous en sommes actuellement à la signature des contrats entre RPCL et l’IUCN. »
Une fois l’étude de faisabilité achevée, il s’agira de mobiliser les pays concernés ainsi que les financements nécessaires à la mise en œuvre du projet.
D’une capacité de 80 MW, la centrale hydroélectrique de Rusumo est désormais pleinement opérationnelle et gérée par RPCL. Elle vend de l’électricité aux compagnies nationales du Burundi (Regideso), du Rwanda (REG) et de la Tanzanie (Tanesco) depuis mars 2024.
Production de biogaz et de compost a partir de la jacinthe d’eau
https://journals.openedition.org/vertigo/1227?lang=en
https://www.researchgate.net/publication/344439537_Technique_de_production_de_compost_a_base_de_la_jacinthe_d'eau
https://www.researchgate.net/publication/356428260_Potential_of_Water_Hyacinth_Eichhornia_crassipes_as_Compost_and_its_Effect_on_Soil_and_Plant_Properties_A_Review
https://www.acedafrica.org/wp-content/uploads/2021/10/fiche_technique_Compostage.pdf