Jeudi 30 mai 2024

Économie

Guillaume Ndayikengurutse : « Le Burundi est un tremplin pour la Russie et la Chine en vue de réaliser leur agenda dans la sous-région »

14/08/2023 Commentaires fermés sur Guillaume Ndayikengurutse : « Le Burundi est un tremplin pour la Russie et la Chine en vue de réaliser leur agenda dans la sous-région »
Guillaume Ndayikengurutse : « Le Burundi est un tremplin pour la Russie et la Chine en vue de réaliser leur agenda dans la sous-région »

Le 19 juillet dernier, le parti Cndd-Fdd a pris part à un dialogue politique tenu en Afrique du sud en collaboration avec les BRICS qui tiennent leur sommet du 22-24 août. Le spécialiste en relations internationales décrypte les enjeux de la présence du parti au pouvoir à cet événement.

Quelle analyse faites-vous de la présence du parti Cndd-Fdd au dialogue politique tenu en collaboration avec les BRICS (groupe constitué par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud) en Afrique du sud ?

Le Burundi a de plus en plus d’influence au niveau régional. Il y a une présence diplomatique du Burundi très active sur la scène régionale.

L’enjeu pour les BRICS, c’est d’inciter les partis au pouvoir présents lors de ce dialogue à entrer dans la logique des BRICS pour que ces partis influencent les gouvernements et les Etats au sein des différents pays.

Que le Burundi soit invité, via le parti au pouvoir, est un signe, comme tant d’autres, de son retour sur la scène internationale.

L’influence de la Russie et la Chine a-t-elle joué dans la présence du parti Cndd-Fdd à ce dialogue ?

Absolument. Le Burundi entretient de plus en plus de relations avec ces pays-là qui le considèrent à leur tour comme un partenaire incontournable.

Mais il ne faut pas aussi oublier que le parti Cndd-Fdd entretient des liens avec le parti ANC (Afrique du sud). Je pense donc que le parti au pouvoir était mieux placé pour être invité à ce side event.

Les liens entre le Burundi et le duo formé par la Russie et la Chine n’ont-ils pas franchi un autre palier avec l’invitation du parti de l’Aigle à ce dialogue politique ?

Depuis 2015, les relations entre le Burundi et les deux pays (Chine et Russie) se sont intensifiées. Le Burundi avait surtout besoin d’un appui au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU et la Chine et la Russie se sont révélé des soutiens indéfectibles.

Aujourd’hui, c’est le continuum d’une dynamique de coopération qui prend une autre ampleur, surtout au rôle actuel du Burundi dans la sous-région. A leurs yeux, le Burundi est un tremplin pour réaliser leur agenda dans la sous-région.

Mais aussi, la reprise de la coopération directe avec l’UE tardant, le Burundi se tourne vers la Chine et la Russie et c’est de bonne guerre compte tenu de la situation économique délétère à laquelle fait face le Burundi.

La visite du ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, à Bujumbura, n’aurait-elle pas préparé le terrain à la présence du Cndd-Fdd à ce dialogue?

Cette visite a joué d’une manière ou d’une autre. Notons que depuis qu’il y a le conflit russo-ukrainien, on a vu la Russie accélérer son jeu d’alliances. Pour une fois, nous avons vu un ministre russe des Affaires étrangères visiter le Burundi.

Cela témoigne de l’intérêt que la Russie attache au Burundi, non seulement par rapport à son potentiel interne mais aussi par rapport à son potentiel au niveau régional.

Soulignons aussi qu’il y a une compétition à peine voilée entre les grandes puissances pour rallier les pays en voie de développement derrière leur façon de concevoir la gouvernance économique et politique mondiale.

Le parti Cndd-Fdd ayant perdu patience par rapport à la reprise de la coopération directe avec l’Union européenne, s’est engagé dans la dynamique des BRICS qui ne sont par ailleurs pas très regardants sur nos défis internes (Démocratie, respect des droits de l’Homme, …).

Qu’est-ce que le Burundi a à gagner par rapport à la présence du Cndd-Fdd à ce dialogue ?

Sur le plan symbolique, cela démontre un regain de confiance sur la scène internationale.

Les BRICS ayant un poids économique important, tout dépend de la capacité des acteurs politiques burundais à capitaliser là-dessus.

Dans le cadre de la vision du ‘’Burundi émergent 2040’’, les acteurs politiques burundais peuvent s’inspirer des modèles économiques des pays des BRICS qui sont passés eux-mêmes par une phase d’émergence.

Si le rapprochement se poursuit entre le Burundi et la Russie, n’y a-t-il pas lieu de craindre des frictions avec l’UE ?

Le Burundi n’est pas le seul à s’inscrire dans une dynamique de rapprochement avec la Russie. C’est le cas de nombreux pays africains et l’Union européenne assiste aujourd’hui à ce renversement des alliances.

Il n’y a donc rien qu’elle pourra faire contre le Burundi qu’elle n’a pas encore fait contre ses autres partenaires en Afrique.

Derrière l’invitation faite aux partis politiques, y a-t-il une volonté de pays comme la Russie et la Chine d’exporter leur modèle politique ?

Bien sûr ! Cela montre tout simplement que ces pays ne sont nullement intéressés par une gouvernance démocratique.

Mais rappelons à cet effet qu’ils ne sont pas les seuls à vouloir exporter leur modèle. C’est le cas de toutes les grandes puissances.

Propos recueillis par Alphonse Yikeze

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