Impact de la montée des eaux du lac Tanganyika, exiguïté des infrastructures, insuffisance des bâches et des palettes pour protéger les marchandises, contribution du port dans le trésor public, marchandises transitant via ce port, projet de construction d’un port moderne…. Agrippine Nduwimana, cheffe du port de Rumonge et ex-députée, s’exprime.
Comment le port de Rumonge a-t-il été affecté par la montée des eaux du lac Tanganyika ?
La montée des eaux du lac Tanganyika s’est manifestée à partir de 2022. A l’instar des autres infrastructures et habitations riveraines du lac, le port de Rumonge n’a pas été épargné.
Les bâtiments dans lesquels nous travaillions et les stocks de marchandises ont été envahis par les eaux. Les dégâts ont été énormes. Les bâtiments qui abritaient les services de santé et des migrations ont été emportés.
Nous avons été obligés de débloquer d’autres fonds pour construire de nouveaux bureaux afin que le travail continue. Cette situation a entraîné la diminution de nos clients parce que nous n’avions plus d’endroits de stockage appropriés pour conserver certaines marchandises périssables tels que le sel et le ciment.
A quel pourcentage estimez-vous la diminution des marchandises suite à la montée des eaux ?
D’une façon approximative, la diminution des marchandises est estimée à 30%.
Après la montée des eaux, quelles sont les mesures déjà prises pour garantir la continuité des activités ?
Comme je l’ai dit déjà tantôt, après la montée des eaux, nous n’avons pas croisé les bras, encore moins arrêté de travailler. Nous avons saisi nos supérieurs hiérarchiques. Ils ont répondu favorablement et ont construit les bâtiments dans lesquels nous sommes en train de travailler.
Le travail a été fait dans un délai ne dépassant pas deux semaines. Les eaux montaient à un rythme effréné.
Ainsi, nous avons construit un stock pour le sel et les vivres, un stock pour diverses sortes de ciment ainsi qu’un stock pour les produits Brarudi.
A combien estimez-vous le coût de toutes ces constructions ?
Vous voyez que les bâtiments ne sont pas en dur. Les fonds dépensés pour la construction de ces bâtiments dépassent légèrement 100 millions de francs burundais.
Quels sont les défis auxquels vous faites face actuellement dans l’accomplissement de vos activités ?
Les défis ne manquent pas. Il y a d’abord l’afflux massif des réfugiés congolais. En effet, à leur arrivée ici au port de Rumonge, ces réfugiés se sont rabattus sur les palettes qu’ils ont utilisées comme bois de chauffage pour faire la cuisson. Au moins 150 palettes ont été emportées. Cela nous a donné du fil à retordre pour protéger les marchandises contre les eaux des pluies.
L’autre défi est lié au fait que nous sommes dans une période pluvieuse. Nos hangars de stockage restent insuffisants et exigus. Quand deux bateaux déchargent en même temps les marchandises, cela nous demande d’avoir plusieurs bâches pour couvrir certaines marchandises à l’extérieur des hangars.
Nous avons déjà fait une commande d’autres bâches pour que les activités puissent continuer sans entrave.
La fermeture de la frontière de Gatumba n’a-t-elle pas eu un impact sur ce port ?
Bien sûr que oui. Plusieurs commerçants qui faisaient passer leurs marchandises par cette frontière se sont précipités vers ce port. Vous voyez vous-même qu’il y a plusieurs camions dont ceux de la Brarudi. Les boissons Brarudi sont maintenant chargées et embarquées via ce port.
Avez-vous un personnel suffisant pour satisfaire cette clientèle qui s’est subitement ajoutée ?
Nous essayons, autant que faire se peut, de répondre aux besoins de nos clients, y compris ceux qui se sont rabattus sur ce port après la fermeture de la frontière de Gatumba.
La route pavée menant à ce port est déjà endommagée par les camions qui chargent ou déchargent les marchandises. Avez-vous déjà alerté les services habilités pour que cette route soit réhabilitée ?
Nous sommes conscients de cette problématique. Mais, comme il y a un projet de construire le port d’une façon moderne et que les travaux peuvent démarrer à tout moment, j’estime que le gouvernement burundais ne peut pas engager d’autres fonds pour la réhabilitation de cette route.
Je pense qu’elle sera reconstruite en même temps que la reconstruction proprement dite du port.
A quand la reconstruction de ce port ?
A ce que je sache, le marché de construction de ce port a été déjà octroyé. Je pense que d’ici le mois d’avril 2026, les travaux pourront démarrer.
S’il advenait que les eaux envahissent encore une fois le port avant la construction du port moderne, êtes-vous prêts à y faire face ?
Il nous est difficile d’estimer à quel degré les eaux vont monter et les dégâts qu’elles pourraient occasionner. Nous sommes habitués à voir où l’eau arrive pendant la période pluvieuse et nous travaillons en conséquence.
Pouvez-vous nous dire les marchandises qui transitent par ce port ?

Il y a essentiellement les différentes sortes de ciment en provenance de la Tanzanie et de la RDC. Il y a le sel importé à partir de la Tanzanie. Nous avons du poisson fumé en provenance de la Tanzanie et de la RDC.
Du côté de la RDC, les commerçants amènent de l’huile de palme et ses produits dérivés, les matériaux à utiliser dans les usines, les caisses pour charger les boissons Brarudi.
Qu’en est-il du côté burundais ?
Du côté burundais, on exporte essentiellement les boissons Brarudi. De retour en Tanzanie et en RDC, les bateaux sont remplis de boissons Brarudi. Il y a aussi les matériaux de construction, les jus et l’eau minérale.
Quelle est la contribution du port de Rumonge dans le Trésor public ?
La contribution est considérable. Si nous analysons les recettes qui sont collectées par mois ou par an, nous constatons que c’est un gros montant. C’est pourquoi nous pensons que quand le port sera construit de façon moderne, les recettes augmenteront davantage.
Concrètement, à combien s’élèvent les recettes par an ?
Il m’est difficile de donner les précisions sur le montant. La grande partie des taxes et impôts sont perçus par l’Office burundais des recettes (OBR). De notre côté, nous percevons les taxes sur les bateaux. Ceux qui ont été fabriqués au Burundi paient en francs burundais et ceux qui ont été fabriqués à l’extérieur paient en devises.
A combien s’élèvent ces taxes ?
Je dois faire recours à l’ordonnance ministérielle. C’est elle qui fixe les éléments sur lesquels nous devons nous baser pour calculer ces redevances.
Compte tenu des défis auxquels vous vous confrontez pour le moment, quel appel lancez-vous aux décideurs ?
Nous leur demandons de suivre de près le projet de la Banque mondiale en rapport avec la construction du port. Cela va faciliter le bon déroulement des activités et par conséquent les caisses de l’Etat seront renflouées.








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