Vendredi 13 février 2026

Editorial

Immeuble de l’OBR : symbole d’ambition inachevée ?

13/02/2026 0

C’était trop beau pour être réaliste. Mobilisation des recettes, réduction des coûts de location, création d’emplois, amélioration du service public, environnement de travail modernisé… Tels sont, entre autres, les impacts attendus de la construction d’un immeuble de douze étages destiné à abriter les services centraux de l’Office burundais des recettes (OBR). Ce projet d’envergure, estimé à 68 milliards de BIF, devait être exécuté en quatre ans. Lors de la pose de la première pierre de ce « levier important pour le développement socio-économique du Burundi » en décembre 2020, le ministre des Finances de l’époque avait annoncé que le financement proviendrait du budget général de l’État, tout en assurant que les fonds étaient déjà disponibles.

Hélas, depuis juin 2023, les travaux de construction sont interrompus au cinquième étage. Selon des sources au sein de l’institution, l’état d’avancement atteignait 40 %, avec seulement 31 % des factures payées. Les raisons officiellement avancées pour justifier l’interruption des travaux incluent le manque de certains matériaux importés, les factures en suspens et le renchérissement des coûts sur le marché international suite à l’inflation. Pourtant, on observe des projets privés tout aussi gigantesques, conçus presque au même moment, qui sont actuellement achevés et dont les immeubles sont fonctionnels.

Une question me taraude : pourquoi la réalisation des projets publics au Burundi fait-elle face à des défis persistants qui entraînent des retards significatifs, des dépassements de budget, voire l’abandon de certains chantiers ?
Les observateurs dénoncent le manque de réalisme et d’études d’impact, la lenteur des décaissements et l’inflation, les irrégularités de gestion, la corruption et le manque de transparence, ainsi que la dépendance aux matériaux importés. Ils proposent une gestion axée sur les résultats. Cela implique non seulement une rigueur accrue dans la sélection des projets, mais surtout une digitalisation complète de la chaîne de dépense publique pour garantir la fluidité des paiements et la transparence des marchés.

La construction du siège de l’Office burundais des recettes présenterait des impacts économiques et sociaux potentiellement très positifs. Le projet a séduit et suscité l’espoir et l’intérêt des Burundais. La possession d’un siège propre permettrait à l’OBR de réduire considérablement les dépenses liées aux loyers, libérant ainsi des fonds qui pourraient être réinvestis dans d’autres domaines prioritaires de l’administration fiscale ou du développement national. En améliorant la mobilisation des recettes fiscales grâce à la digitalisation, en créant des emplois et en modernisant l’image de l’administration, ce projet, une fois achevé, devrait non seulement optimiser l’efficacité de l’OBR, mais aussi contribuer à une meilleure gouvernance et à une amélioration des services offerts aux citoyens.

Les difficultés de réalisation des projets publics au Burundi ne sont pas une fatalité, mais le résultat de faiblesses structurelles et de carences dans la gestion. Une volonté politique ferme, couplée à des réformes administratives et à une meilleure planification, est indispensable pour transformer ces investissements en leviers réels de développement pour le pays. Dans ce cas précis, il est impératif que l’OBR, le ministère de tutelle et l’entreprise de construction se réunissent pour étudier les voies et moyens d’une reprise effective et d’un nouvel état d’avancement des travaux.
Sans ce préalable, l’infrastructure risque de rester un symbole d’ambition inachevée plutôt qu’un moteur de développement socio-économique.

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