Vendredi 24 mai 2024

Économie

Gitega/Ruyigi Élevage des lapins : Des débuts difficiles

04/03/2024 Commentaires fermés sur Gitega/Ruyigi Élevage des lapins : Des débuts difficiles
Gitega/Ruyigi Élevage des lapins : Des débuts difficiles
Jean-Paul Manirambona : « Nous avons commencé avec 42 lapins mais ils sont morts. Seuls 17 sont restés.

Certains habitants des provinces de Gitega et Ruyigi se sont lancés dans l’élevage des lapins à la suite de l’appel du président Evariste Ndayishimiye. Toutefois, cette activité exige la maitrise de l’habitat, de l’alimentation, de la reproduction et du contrôle des maladies des lapins. Il faut aussi avoir une idée précise sur la commercialisation des lapins et de leurs dérivés. Un combat loin d’être gagné…. Reportage.

Le 20 février 2024, Jean-Paul Manirambona, membre d’une nouvelle coopérative d’éleveurs de lapins sur la colline Rukoba de la commune Gitega, nous reçoit devant son clapier. Après des salutations d’usage, le jeune homme, la trentaine raconte ses premières expériences qui sont loin d’être bonnes : « Nous avons commencé avec quarante-deux lapins mais la plupart sont morts. Seuls dix-sept sont restés ».

L’aventure commence au mois de juin 2023. Ils construisent un grand clapier pour leur élevage et se procurent des lapereaux. Mais très vite, les petits meurent un à un : « Nous étions perdus, nous ne comprenions pas ce qui nous arrivait. » A force de persister et d’abnégation, les survivants tiennent et commencent à se reproduire : « L’espoir commence à renaître puisque nous sommes passés de 17 à 54 lapins. »

Joseph Nahimana : « J’ai commencé en août 2023 avec cinq lapins comme recommandé par le chef de l’État ».

Et d’annoncer que leur coopérative de quatre jeunes membres projette d’agrandir le clapier, car ils constatent que le lapin se reproduit et se multiplie rapidement. « Nous ne pouvons pas dire que nous allons commencer la commercialisation. »

Pour le moment, ils s’attendent très prochainement à la naissance de plusieurs lapereaux. Notre source reconnaît que sa coopérative dénommée Kazoza fait face à moult défis. Il cite notamment le manque de nourriture du lapin surtout pendant la saison sèche ainsi que le manque de vétérinaires.

L’autre obstacle, précise-t-il, est que cet élevage coûte très cher, le risque étant de ne pas avoir des bénéfices. Il confie que lui et ses trois collègues dépensent au moins 40 mille FBu par mois chacun pour nourrir les lapins et entretenir le clapier. Toutefois, il espère que quand les lapins seront plus nombreux et que le marché de leurs urines sera disponible, ils gagneront beaucoup plus d’argent.

Il déplore de passage que l’urine qu’il collecte aujourd’hui n’a pas encore trouvé de marché alors qu’il avait entendu de la part des autorités que l’urine du lapin a une grande utilité pour l’agriculture. « Nous avons 4 bidons d’urine de 20 l chacun mais nous ne trouvons pas de clients. »

Ce jeune informe aussi qu’il n’existe pas de marché connu pour la vente et l’achat des lapins. « Les messages sur les besoins d’achat ou de vente de lapins se partagent de bouche à oreille », précise-t-il. Il est également difficile de trouver des formations ou des informations sur les lapins de la part d’un professionnel. Même le vétérinaire qui soigne leurs lapins n’est pas envoyé par des autorités chargées de l’élevage. C’est un vétérinaire qui vient pour son propre compte.

Des éleveurs déterminés

Nestor Nikuze, un autre nouvel éleveur de lapins, a commencé à pratiquer cet élevage au mois de septembre 2023 chez lui à la maison. Il a acheté en premier lieu quatre lapins. Mais, se rappelle-t-il, les premiers lapereaux nés des quatre sont morts.

Il en a encore acheté quinze pour les remplacer qui sont tous morts également. Ce père de six enfants pense que cette mauvaise expérience serait due au manque de connaissances sur l’aménagement du clavier qu’il avait. « Ils occupaient un espace très exigu et je leur donnais de l’herbe humide. »

Maintenant, il a construit un nouveau clapier et décidé de nourrir ses lapins avec de l’herbe asséchée. Il explique que les lapins, surtout les plus petits, ne tolèrent pas l’herbe qui n’est pas sèche. « Après sa consommation, ils ballonnent le ventre et finissent par mourir », témoigne l’éleveur. Pour lui, le lapin est plus vulnérable quand il fait froid.

C’est pourquoi il entretient un foyer tout prêt du clapier et affirme que ses efforts commencent à donner des résultats positifs. Et pour preuve, « J’ai payé les frais des cours du soir de mon enfant équivalant à 60 mille FBu après avoir vendu un lapin à 30 mille FBu que j’ai ajouté à une vente de poule à 40 mille FBu. »

Le mardi 20 février 2024, Nestor Nikuze a fait savoir qu’il avait 42 lapins, dont 7 en gestation. Et dans deux mois, s’est-il réjoui, les lapereaux seront adultes. Il fait malheureusement lui aussi observer que les vétérinaires pour soigner ses lapins ne sont pas disponibles quand il en a besoin.

Et de plaider pour le développement du marché des urines du lapin. Selon lui, les autorités avaient sensibilisé les gens à travers des messages prometteurs sur l’existence de ce marché.

Mais, observe-t-il, ce marché reste introuvable alors que c’est l’une de ses principales motivations. Et d’annoncer que malgré tout, il va poursuivre cet élevage jusqu’à y gagner de l’argent nécessaire pour s’acheter une belle voiture.

À Gasanda, en commune et province de Ruyigi, Joseph Nahimana (74 ans), a aussi répondu à l’appel du président Ndayishimiye de pratiquer l’élevage des lapins. « J’ai commencé en août 2023 avec cinq lapins comme recommandé par le chef de l’État », a confié cet homme rencontré chez lui le mercredi 21 février 2024. Montrant fièrement son clapier, il a avoué que c’était la première fois qu’il pratique l’élevage de lapins.

Tout en regrettant 3 lapins volés par des criminels quelques jours après l’achat des 5, il entretient pour le moment 24 lapins et confie qu’il a déjà vendu une vingtaine pour se procurer des semences de haricot. « Il y en a d’autres que nous avons abattus et mangés ainsi que quatre autres que j’ai donnés comme cadeau à mes enfants », raconte notre source.

Néanmoins, il indique que tout n’est pas rose, car au moins vingt-quatre lapereaux d’un à deux mois sont morts suite à une maladie. « Les rescapés ont été soignés par un vétérinaire contacté moyennant 500 FBu par lapereau ». Il découvrira que c’est à cause de l’herbe mouillée mangée par ses lapereaux qu’il a enregistré une telle perte.

Autre défi, signale ce père et grand-père qui expérimente l’élevage du lapin, c’est l’exigence de la construction d’un clapier qui coûte très cher. « Les treillis plastifiés coûtent 15 mille FBu ; les fers à béton s’achètent à 12 mille. Cela est sans oublier les planches, les clous, etc. » Il estime le coût total de son clapier à plus de 340 mille FBu.

Le vieux de Gasanda remercie le chef de l’Etat burundais pour avoir proposé ce projet. Mais il lui demande de rendre disponibles les produits vétérinaires et les pharmacies de vente des médicaments pour lapins, sans oublier d’amener de bonnes races.

Nahimana espère prospérer à travers l’élevage des lapins avant de pratiquer la pisciculture. « Je nourrirai mes poissons par les crottes des lapins. J’ai appris qu’elles sont très nutritives. »

Rien sans le lapin

Eric Vyumvuhore pratique l’élevage des lapins longtemps avant l’annonce de la volonté de la Haute autorité du pays de le développer au Burundi. Il confie devant son clapier moderne qu’il y élève plus de deux cents lapins.

Du haut de ses 34 ans, ce natif de Gitega est surnommé « Rukwavu », lapin en kirundi et en est très fier : « Je suis ce que je suis grâce à cet élevage depuis bientôt 15 ans ». Et de préciser que son élevage des lapins lui a permis d’épargner et d’investir. « Maintenant, j’ai 8 frisonnes et 20 moutons, tout est venu de l’élevage des lapins. »

Il n’a que le niveau 6e de l’école primaire. Il est surtout content des certificats de reconnaissance lui décernés par le chef de l’Etat en tant que jeune éleveur moderne de lapins.

Et d’estimer que le lapin est un animal domestique productif, car, selon son expérience, un seul lapin peut se multiplier jusqu’à quatre-vingt-dix lapins par an. « Même à un prix de 10 mille FBu par unité, vous avez 900 mille BIF par an. »

Ce jeune affirme que pour développer son élevage, il a eu la chance de rencontrer un Tanzanien expérimenté qui lui a donné des informations très utiles avant de monter un élevage moderne.

Passionné, il donne gratuitement des lapereaux aux nouveaux éleveurs de lapins : « J’ai déjà distribué au moins 510 lapins aux coopératives, associations et individus » fait-il observer avant de se réjouir qu’il est ainsi en train de contribuer au projet du chef de l’Etat et du pays.

Concernant la vente des dérivés du lapin, comme d’autres éleveurs, il reconnaît que l’urine des lapins collectée manque de marché : « J’ai en stock une dizaine de bidons de 20 l chacun mais faute de débouchés pour la vente, je l’offre gratuitement à la population pour l’utiliser dans la pulvérisation des cultures ou la fertilisation du sol » Avec cette stratégie, espère-t-il, ils pourront payer par la suite quand ils auront vu l’utilité de ce liquide organique.

Des autorités satisfaites

Contacté, Jean-Claude Havyarimana, chef du service Reproduction, santé animale et halieutique au Bureau provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage (BPEAE) de Gitega, fait savoir que la population a répondu à l’appel à un niveau satisfaisant bien que la sensibilisation à l’élevage de lapins continue. « La volonté du chef de l’État de cinq lapins par ménage n’est pas encore atteinte. »

Jean-Claude Havyarimana : « Le premier handicap enregistré est la mort prématurée des lapereaux. »

Il fait savoir que le premier handicap enregistré par son service est la mort prématurée des lapereaux. « Les doléances des éleveurs font état de jeunes lapins qui meurent sans atteindre deux mois après leur mise bas. » Néanmoins, il souligne que son service et ses collaborateurs ont étudié la cause et trouvé que la mort des lapereaux fait suite à la consommation de l’herbe humide.

Ainsi, il demande aux éleveurs de sécher l’herbe au moins pendant deux jours avant de les donner à manger aux lapereaux.

Il leur demande aussi de se confier aux vétérinaires qui sont dans les différentes communes afin que ces derniers puissent leur fournir des conseils pratiques.

Le manque de marché d’écoulement de l’urine des lapins est également connu au BPEAE. Jean-Claude Havyarimana leur conseille de développer la culture des légumes pour utiliser ces urines pendant la fertilisation du sol et la pulvérisation contre les insectes qui attaquent leurs cultures en attendant de trouver le marché.

Valery Nkunzimana, chef de cabinet du gouverneur de Ruyigi, a révélé le mercredi 21 février 2024 que l’administration provinciale de Ruyigi a commencé à sensibiliser à l’élevage des lapins dès que le projet a été annoncé. « Même nous les leaders, nous nous sommes mis ensemble pour pratiquer l’élevage des lapins. Nous en avons beaucoup. »

Et de déplorer que six lapins élevés par la province depuis novembre 2023 n’ont pas encore pu se reproduire. « Nous sommes en train d’étudier leur cas. Si c’est une mauvaise race, ils seront remplacés. »

Malgré la sensibilisation, conclut-il, certaines personnes n’ont pas encore compris et traînent les pieds tandis que d’autres manquent de moyens pour s’exécuter.

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