Vendredi 27 février 2026

Editorial

Financement hybride à l’EAC. Arme à double tranchant

27/02/2026 0

La situation est préoccupante pour l’intégration régionale. Avec des arriérés de cotisations de plusieurs de ses membres, la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est (EAC), est confrontée à beaucoup de défis qui menacent sa stabilité financière et la réalisation de ses objectifs d’intégration. Au 31 janvier 2026, l’EAC fait face à un déficit de financement significatif, avec des arriérés de cotisations s’élevant à plus de 89 millions de dollars américains. Le Burundi doit à l’organisation un montant considérable d’arriérés, soit 22, 7 millions de dollars.

L’EAC dépend fortement des contributions financières de ses États membres pour financer ses opérations et ses programmes. Le non-paiement des cotisations impacte son fonctionnement. De nombreux projets et programmes sont ralentis ou suspendus, le personnel n’est pas payé, les opérations quotidiennes de ses organes sont paralysées. À long terme, la crise financière sape les efforts visant à créer un marché commun, une union monétaire et, à terme, une fédération politique. Les analystes tirent la sonnette d’alarme : « Le risque de dislocation de l’EAC est aujourd’hui considéré comme réel et critique ».

En vue de renforcer la viabilité financière de l’organisation et à améliorer la cohésion régionale, plusieurs solutions ont été proposées et sont activement débattues. La solution la plus pressante et la plus discutée concerne la révision du modèle de financement de l’EAC. Le modèle actuel, basé sur une contribution égale de chaque État membre (7 millions de dollars par an), s’est avéré insoutenable pour les économies les plus petites ou les plus fragiles, comme le Burundi.

Un nouveau modèle hybride (65 % égalitaire et 35 % basé sur le PIB) a été proposé pour remédier à cette situation. Ce passage, où l’EAC accepte officiellement les disparités économiques, marque un tournant historique. Il symbolise l’équité et la solidarité dans la Communauté où les plus forts soutiennent les plus fragiles pour le bien commun.
Toutefois, les observateurs estiment que le modèle hybride est un pacte de solidarité qui achète la survie de l’EAC à court terme, mais qui transforme l’organisation en une entité plus hiérarchisée à long terme : « Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, en supportant une part plus importante du budget pourraient exiger un poids décisionnel proportionnel à leur effort financier. »

Pour le Burundi, l’impact du nouveau modèle de financement hybride est à double tranchant. Bien qu’il apporte un soulagement financier immédiat, une bouée de sauvetage financière, il soulève des questions fondamentales sur la souveraineté et l’influence du pays au sein de l’EAC à long terme.

La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit : même si le Traité garantit « un État, une voix », l’influence réelle dans les négociations sur les grands projets d’infrastructure pourrait glisser vers les grands contributeurs (perte de voix délibérative de fait). Le Burundi pourrait être perçu comme un bénéficiaire net de la solidarité régionale, ce qui affaiblit sa position lorsqu’il s’agit de s’opposer à des politiques qui ne favorisent pas ses intérêts nationaux.

Somme toute, le non-paiement sous le nouveau régime sera perçu comme un manque de volonté politique pur et simple, facilitant l’application de sanctions. Le Burundi devra faire preuve d’une diplomatie agile pour s’assurer que sa voix continue de compter, malgré sa contribution financière proportionnellement plus faible.

EAC

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