Économie

Fermeture des bureaux de change : les importateurs dans le désarroi

24/02/2020 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Fermeture des bureaux de change : les importateurs dans le désarroi
Fermeture des bureaux de change : les importateurs dans le désarroi
Jean Ciza : « La BRB va appuyer les banques commerciales comme elle le fait habituellement.»

Certaines banques sont en manque de devises. Elles ne servent pas aux clients la somme de devises demandée. Les commerçants sont angoissés. La BRB promet d’intervenir.

Mardi, 18 février, 9h 45 à la BCB (Banque de Crédit de Bujumbura). Plus d’une dizaine de personnes s’assoient devant le guichet du bureau de change. D’un coup, un jeune homme pressé s’adresse au bureau de change.
« Puis-je avoir des devises s’il vous plaît ?» La guichetière lui demande de remplir le formulaire de demande de devises, d’y attacher tous les documents requis et d’attendre qu’on l’appelle.

Déçu, ce client n’a pas compris pourquoi il doit constituer un dossier pour acheter de devises « Sous autres cieux, les opérations de change ne se font pas comme ça. Les taux de change sont affichés dans les banques commerciales. Tu entres, on te sert et tu rentres.».

Ce dernier donne l’exemple de l’Ouganda. Là-bas, l’achat ou la vente des devises n’est pas un casse-tête. Le contrat d’achat ou de vente est vite conclu entre l’agent de la banque et le client.

L’un des clients sous couvert d’anonymat fait savoir que ceux qui veulent vendre les devises n’ont pas de problèmes. Mais pour s’approvisionner en devises, c’est un véritable parcours du combattant. Il faut patienter.

Léo se dit fatigué « Nous perdons du temps et le montant accordé est trop petit. » Il confie qu’il est venu chercher 1500 USD pour envoyer les frais de scolarité à son petit frère qui fait l’université au Kenya. La guichetière lui a signifié que chaque client ne doit pas dépasser le montant de 1.000 USD. Désespéré, il indique avoir déposé son dossier à la Bancobu lundi. Faute de documents, il n’a pas été servi.

10h 20, à la Bancobu, une vingtaine de clients s’attroupe devant le guichet de change. Certains ont les yeux braqués sur l’écriteau « le fonctionnement du bureau de change Bancobu »

Ce document énumère les documents requis selon le motif d’achat de monnaies étrangères. Il précise également le montant maximal. Il y trouve trois catégories d’acheteur : ceux vont en mission professionnelle, les touristes et les hommes d’affaires.

Pour les missions gouvernementales, les documents exigés sont entre autres, l’ordre de mission, le billet d’avion et le passeport ou tout document tenant lieu. Le cas échéant, le document de prise en charge.

Cette catégorie est privilégiée. Les devises sont accordées conformément aux directives de l’autorité compétente fixant les barèmes et les modalités d’octroi des ordres et des frais de mission officielle. Pour les ONG et les sociétés privées, le montant maximal ne dépasse pas 10.000 dollars américains par voyage.

Billet d’avion, le passeport, ou tout autre document sont également requis aux particuliers qui veulent voyager. La somme de devises accordée est fixée à 5000 dollars.

10 000 dollars par voyage est l’enveloppe allouée à tout homme d’affaires qui veut des importations des biens et services. Ce commerçant doit également présenter à la banque des documents de voyage et le titre de commerce.

Les importateurs sont confus

Malheureusement, les clients rencontrés sur place témoignent qu’ils ne reçoivent pas les montants affichés. Le plafond est fixé. Chaque client ne doit dépasser le montant de 1.000 USD.

Jean, un commerçant est dans le désarroi« J’ai besoins 6 000 dollars. La banque ne m’accorde que 1000 dollars ». Ce dernier indique qu’il veut acheter des devises pour importer des marchandises en Ouganda.

D’après cet importateur, la fermeture des bureaux de change ne fait qu’empirer une situation déjà mauvaise. Les devises étaient chères, mais elles étaient disponibles sur le marché. « Nous n’avons pas de choix. Nous allons fermer nos échoppes et nos enfants vont mourir de faim. »,
Selon lui, les faits sont têtus. Les banques commerciales n’ont pas de matelas de devises suffisantes pour suppléer les bureaux de change. Ce dernier se dit inquiet par cette situation. En conséquence, il faut s’attendre à la rupture de stock des produits importés et à la hausse des prix.

Cet homme d’affaires soulève un autre problème sérieux. «  Désormais, je ne peux pas acheter les devises sur le marché noir», révèle-t-il. Il craint de s’attirer la foudre de la BRB. Sur ce point, le gouverneur de la BRB a souligné que  tout importateur aura à justifier la provenance des devises.

Cependant, sur cinq banques visitées, deux servent des devises à leurs clients. D’autres font savoir qu’elles n’ont pas de liquidité en devises. « Nous vendons les devises que nous achetons aux clients. Pour le moment, les caisses sont vides.», témoigne l’un des employés de la banque commerciale sous couvert d’anonymat.

Certaines banques en manque de devises

Cette source révèle que les banques commerciales n’ont qu’une seule source de devises. Les transferts venus de l’étranger. Ce canal ne fournit qu’une somme insignifiante par rapport à l’enveloppe nécessaire. Car, la majorité de clients qui reçoivent régulièrement de transferts a ouvert leur compte en devises. Ce qui leur permet de retirer l’argent en monnaie étrangère.

Selon lui, la BRB demande aux banques commerciales d’accomplir une mission impossible : vendre des devises qu’elles n’ont pas dans les caisses. Normalement, la Banque centrale devrait fournir aux banques commerciales des devises. Chose qui n’est pas faite.

Ce banquier révèle qu’une grande partie des comptes en devises sont gérés par la banque centrale. La loi des Finances publiques pour l’exercice 2016, rappelle-t-il, l’Etat retire aux banques commerciales la gestion des comptes en devises des organisations non gouvernementales.

L’article 14 de cette loi stipule que tous les comptes en devises des entités et projets de l’Etat et ceux des ONG recevant de l’aide extérieure doivent être ouverts à la BRB.

En outre, cet article concerne également les entreprises et coopératives minières. Ces dernières doivent ouvrir les comptes en devises au niveau de la BRB pour rapatrier les recettes minières. À cela s’ajoutent les comptes en devises des sociétés qui exportent les cultures de rente comme le thé et le café.

«Alors, où les banques commerciales puiseront-elles des devises pour servir leurs clients aussi nombreux ?», s’interroge notre source.

La BRB tranquillise

Le gouverneur de la BRB, Jean Ciza, promet d’intervenir. « La BRB va appuyer les banques commerciales comme elle le fait habituellement pour financer l’importation des produits stratégiques comme le carburant et médicaments, etc. ». Cela dans le but d’assurer la couverture des besoins réels ressentis par la population.

Au sujet de l’insuffisance des devises dans les banques commerciales, le gouverneur explique qu’il y a une bonne partie des devises qui passaient par les bureaux de change et dans le « souterrain » sans transiter par les banques commerciales.

D’après lui, l’analyse des rapports des importations révèle que les hommes d’affaires s’approvisionnant sur le marché parallèle ont un volume d’importation presque équivalent à ceux qui sont passés par le marché officiel. « Il y a des devises qui circulaient dans le noir »

BRB

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