Économie

Kirundo : Les anciennes cultures pour vaincre la famine

11/06/2019 Rénovat Ndabashinze Commentaires fermés sur Kirundo : Les anciennes cultures pour vaincre la famine

A Bwambarangwe, province Kirundo, Jean Gatabazi cultive différentes anciennes cultures telles des ignames, des courges, etc. Il veut combattre la famine récurrente dans cette région. Reportage.

Kirundo, cette province  au nord du Burundi était naguère considérée comme l’ancien grenier du Burundi. Kirundo, ce sont ces lacs du Nord, ces beaux paysages.  Aujourd’hui, la province est frappée par des famines récurrentes. Busoni est  la plus touchée. Néanmoins, des initiatives existent pour tenter de mettre fin à cette situation.

Jean Gatabazi, un agriculteur et semencier de la commune Bwambarangwe s’est lancé dans les anciennes cultures.

Ce sexagénaire exploite  une superficie de 4 ha réservée exclusivement aux ignames. Selon des techniques importées d’ailleurs, il a installé un grand champ d’ignames sur la colline Buhevyi.

Ce père de 14 enfants (huit garçons et six filles) affirme avoir voyagé dans cinq pays africains. « En 1972, j’étais en 8ème année. Je me suis alors réfugié au Rwanda où j’ai fait trois années dans une école de métiers. On nous enseignait l’agriculture, la maçonnerie, la mécanique, etc. »

Après, Jean Gatabazi est parti pour la Tanzanie. Là, il a fait deux ans de travaux pratiques dans des champs avec les agronomes. Il a pris ensuite la direction du  Kenya, puis le Soudan.

Il a renforcé ses connaissances dans la  culture des ignames, du manioc, de la banane, etc. Il a débarqué enfin en Ouganda où il a découvert une espèce d’igname appelée Igisunzu mwumbati (Igname-manioc).

De retour au pays, il retrouve, 25 ans après, un pied d’igname planté par son père. « J’y ai récolté presque une tonne. Et puis j’ai commencé alors à collecter des semences ici et là dans notre commune ».  Selon lui, cette plante ne  demande pas beaucoup d’eau et elle est résistante. Un atout dans cette province avec ses précipitations aléatoires.

M. Gatabazi fait savoir que ce légume peut être consommé avec des haricots, ou sous forme de frites ou de pâte.

Mieux, l’igname a des vertus médicinales. Il est conseillé aux diabétiques. « Moi aussi je suis diabétique. Mais depuis que j’ai commencé à consommer régulièrement des ignames, mon état de santé s’est nettement stabilisé ». Il appelle les Burundais à consommer ses anciennes légumes  tels les courges, les ignames, etc. pour rester en bonne santé.

Sur ses plus de 70 ha, cet ancien rebelle cultive également des légumineuses, des fruits, etc. Une autre partie de sa propriété, 65 ha, est réservée au café, une culture d’exportation.

Un combat contre la famine 

M. Gatabazi se dit très engagé à combattre la famine dans sa province et dans le pays. Il a d’ailleurs reçu l’autorisation d’exploiter le centre semencier de Kimeza situé sur la colline Buhevyi.

Là, on y trouve des colocases, une culture aujourd’hui presque inexistante dans le pays. « Ici, je suis en train de multiplier les semences de cette plante. Je cherche plusieurs variétés pour détecter celles qui résistent aux maladies ». Ce sont ces dernières qui seront plus tard données aux agriculteurs.

Cet agriculteur mène aussi un combat contre la mosaïque, cette maladie du manioc. En effet, dans une partie de cette propriété, on y trouve une variété très productive et résistante aux maladies. « Un seul pied peut donner plus de 100 kg de manioc ». Une chose incompréhensible pour son entourage dans les premiers jours. « Certaines voix disaient que c’est de la magie, que je suis un sorcier, etc. »

« Une mauvaise conception », commente-t-il. Car, explique-t-il, le sol burundais,  y compris celui de Kirundo, l’ancien grenier du pays, devient de plus en plus infertile. Ce qui signifie, d’après lui, que la faiblesse de production est le résultat des techniques agricoles mises en œuvre. « Sans fumier, la production reste inévitablement faible ».

Pour que son champ de manioc soit productif, chaque bouture doit être repiquée dans une sorte de fosse rectangulaire, avec du fumier organique. « Et pour prévenir des maladies, toutes les boutures doivent être plongées dans d’eau relativement chaude pour tuer les microbes, les virus.»

Il se réjouit déjà des résultats de son travail : « Avant, 1 kg de farine de manioc était vendu à 2500BIF, mais aujourd’hui, il oscille autour de 300BIF.»

Dans ce même centre semencier, il attend plus de 100 tonnes de production de semences de haricot et 70 tonnes de maïs. Des semences qui seront distribuées dans différentes communes de Kirundo pour la prochaine saison culturale, promet-il.  Et le remboursement se fait en nature à la récolte. Il faut noter que cet investisseur collabore avec l’Isabu.

Une gestion rationnelle d’eau et l’élevage

Chez lui, à quelques mètres du bureau zonal de Bugorora, ce cultivateur est un modèle en ce qui est de la conservation d’eau.

Aujourd’hui à la tête de 30 coopératives agricoles, il a érigé un étang de retenue. Construit en matériaux durs, il lui a coûté 15 millions BIF.

De 10 m de profondeur, 6 m de longueur et 4 m de largeur, cet étang a la capacité de conserver l’eau à utiliser pendant 5 mois.

D’un ton posé, ce sexagénaire  ne doute pas que la mauvaise gestion d’eau, le manque des techniques d’irrigation exacerbent les famines dans certaines de sa province. D’après lui, en Tanzanie par exemple, la conservation d’eau de pluie se fait dans des fosses creusées à terre.

M. Gatabazi est convaincu que l’agriculture et l’élevage vont de pair. Certains de ses animaux ayant même des tâches spécifiques. Il élève plus de 150 porcs qu’il surnomme ‘’ machines à produire du fumier’’. Il y a aussi des vaches, plus de 50 moutons, des chèvres, plus de 1000 cobayes, des poules, etc.

Dans sa région, c’est un important employeur. En tout, 150 personnes y travaillent dont des agronomes, des vétérinaires, et un comptable.

A ceux qui pensent qu’ils n’ont pas de capitaux pour débuter, M. Gatabazi laisse un message : « Ton capital, c’est ta force. Personne ne peut dire qu’il a échoué avant de commencer. » Cet ancien rebelle se dit même prêt à aider les jeunes entrepreneurs. Il leur conseille de ne pas sous-estimer le secteur primaire.

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