Un retard dans la distribution des engrais chimiques, notamment l’urée ; une baisse de la production agricole ; un impact négatif sur l’économie familiale ; un désengagement progressif de certains agriculteurs. Telles sont, entre autres, les observations exprimées par certains cultivateurs de Bujumbura. Quant à Fomi, le manque de devises est l’une des causes de la faible production de fertilisants.
Lors d’une conférence de presse du 31 décembre 2025, l’administrateur directeur général adjoint de Fomi, Herménégilde Manyange, n’a pas précisé la date exacte à laquelle les fertilisants seront de nouveau disponibles. Une incertitude qui inquiète davantage les agriculteurs en pleine période de cultiver craignant un impact négatif sur la productivité de leurs champs.
Certains agriculteurs rencontrés dans la zone Rukaramu se disent non convaincus par les explications fournies par Fomi sur la disponibilité des fertilisants.
Sous couvert d’anonymat, N.I. confie sa déception : « J’avais bon espoir que cette saison je n’allais pas recourir au marché parallèle pour me procurer de l’engrais. Malheureusement, la réalité est tout autre. Pendant la saison culturale précédente, ma récolte n’a pas été bonne parce que j’avais manqué le fertilisant de type Imbura. »
Il continue à s’interroger. « Fomi n’a pas précisé quand exactement l’engrais sera disponible. Nous sommes déjà en pleine saison culturale. C’est maintenant qu’il faut mettre le fertilisant « Totahara » dans les champs de maïs. Que vais-je utiliser à la place ? On m’a donné des reçus seulement. Que vais-je faire avec ? »
Désabusé, il ajoute : « Je dois quand même m’arranger pour que ma récolte soit bonne en achetant les fertilisants sur le marché parallèle. Je n’ai aucun autre choix. Mais, si cela continue ainsi, je pense que la prochaine fois, je vais me tourner davantage vers l’élevage que l’agriculture. »
Quantité commandée limitée, spéculation et détournement
M. Manyange trouve que l’une des raisons qui causent l’insuffisance des fertilisants est la quantité limitée fournie par le gouvernement à l’entreprise Fomi. « C’est l’État qui nous communique le nombre des besoins en engrais. Or, les cultures continuent de se multiplier et les agriculteurs font des commandes supplémentaires. Nous nous retrouvons donc avec une offre insuffisante, car notre production est basée sur les chiffres transmis par le gouvernement. Si ces chiffres sont en deçà des besoins réels, l’engrais disponible devient forcément insuffisant », explique-t-il.
Alors que les agriculteurs déplorent un manque criant d’engrais chimiques, des pratiques douteuses viennent aggraver la situation sur le terrain. Certains agriculteurs commanderaient de grandes quantités d’engrais dans le seul but de les revendre ensuite sur le marché noir, privant ainsi d’autres agriculteurs d’avoir des engrais nécessaires pour leurs champs.
N.I., appelle les autorités à plus de rigueur. « Le gouvernement devrait suivre de près la distribution des fertilisants. Il y a même des gens qui les achètent sans posséder le moindre champ, juste pour les revendre à des prix élevés. On ne peut pas les dénoncer facilement, car parmi eux se trouvent des personnes influentes. »
Signalons que lors d’une fouille menée le 5 janvier 2026 dans la commune Gitega, 107 sacs et demi d’engrais de type urée ont été saisis par les forces de sécurité. Malheureusement, les propriétaires de ces sacs n’ont pas été identifiés.
Réactions
Gabriel Rufyiri : « Le secteur agricole connaît plusieurs défis »
Le représentant légal de l’Observatoire de lutte contre la Corruption et les Malversations économiques, Olucome, pointe du doigt la gestion centralisée et monopolistique de la filière des fertilisants au Burundi.

Il rappelle qu’auparavant, l’importation des engrais chimiques était assurée par trois importateurs différents. « Maintenant, c’est une seule société qui s’occupe de la question des fertilisants. Elle fait tout ce qu’elle veut parce que c’est le monopole. »
Selon lui, cette situation étouffe la concurrence et fragilise l’approvisionnement en engrais, surtout que le pays fait aussi face à des difficultés d’accès aux devises étrangères.
En plus d’un audit indépendant sur la question de la pénurie des fertilisants, M. Rufyiri trouve qu’il serait essentiel d’établir des états généraux du secteur agricole. Pour lui, cela permettrait de réunir tous les acteurs concernés, d’identifier les véritables problèmes et de dégager des recommandations concrètes pour améliorer durablement ce secteur stratégique.
« Au cas contraire, les problèmes vont persister. Dans un pays où c’est la loi du plus fort qui règne, les abus deviennent monnaie courante », met-il en garde. Il rappelle au passage que l’article 69 de la Constitution stipule clairement que « l’intérêt public doit primer sur l’intérêt personnel. »
Faustin Ndikumana: « Le monopole alimente une économie de rente. »
Le représentant légal de l’organisation Parcem, estime que la pénurie d’engrais chimiques ne peut être imputée uniquement à l’entreprise Fomi. Pour lui, la responsabilité première revient à l’État. « Fomi est une entreprise privée dont la logique est le profit. Le véritable responsable, c’est l’autorité publique qui lui a accordé un monopole dans un secteur aussi stratégique que celui des fertilisants. »

Il déplore que les services fournis par cette entreprise ne répondent pas toujours aux besoins réels des agriculteurs. « Dans plusieurs cas, la couverture est insuffisante face à la demande croissante des populations rurales. Pourtant, aucune alternative n’a été mise en place pour assurer une concurrence saine et efficace. »
Pour M. Ndikumana, il est impératif de briser ce monopole. « Le monopole alimente une économie de rente et tue la concurrence. Or, c’est la concurrence qui stimule l’innovation, encourage le travail et dynamise les chaînes de valeur. Elle permet aussi d’offrir de meilleurs services aux consommateurs. »
Il plaide pour une libéralisation du secteur des fertilisants afin de permettre à d’autres opérateurs d’entrer sur le marché. « Cela permettrait non seulement d’améliorer l’accès aux engrais, mais aussi de garantir des prix plus compétitifs et une disponibilité plus constante. »
Il ajoute enfin qu’il est crucial d’ouvrir davantage le marché. « Il faut libéraliser le secteur et permettre à d’autres acteurs d’y contribuer. L’engrais chimique devrait être classé parmi les secteurs primaires et prioritaires bénéficiant des devises à l’importation. »






Je ne suis pas du tout d’accord quand FOMI tente de nous convaincre que le nœud du problème est le manque des devises étrangères. Les burundais n’oublieront jamais que les dirigeants du pays ont obligé la Banque centrale de décaisser des centaines de millions de dollars en faveur de FOMI afin que cette usine puisse faire l’extension en Tanzanie, Kenya, Ouganda,…. FOMI est une entreprise de la Mafia dans laquelle les plus hautes autorités du pays ont massivement investi dans le but de s’accaparer le peu d’argent dont dispose le peuple burundais qui, actuellement, meurt de faim sous les yeux de ces bandits ci-haut évoqués. Le secteur agricole est actuellement à l’agonie et ne tardera pas à disparaître complètement si rien n’est fait dans l’urgence.
Le Burundi a souvent eu la malchance d’hériter d’un pseudoleadership; l’actuel étant une calamité au vrai sens du terme!
El que viva, verá!