Ce début d’année 2026 aura connu quelques fausses notes dans la communication officielle, des dissonances. Souvenez-vous du désaveu du ministre des Finances par le Secrétaire général du parti au pouvoir, d’un recadrage présidentiel et public du chef de l’État envers le patron de sa diplomatie. Bref, évoquer une « cacophonie au sommet de l’État » ne serait pas exagéré. Voire une « dyarchie » inquiétante et inédite.
Ce terme un peu barbare désigne un système de gouvernement où le pouvoir est partagé entre deux personnes ou deux autorités égales. Le terme vient du grec « di » (deux) et « arkhê » (commandement).
Les discours concurrents, voire contradictoires dans les hautes sphères du pouvoir sont désormais récurrents. On assiste avec effarement à une réelle rivalité entre le pouvoir de l’État et l’autorité politique du parti au pouvoir. Une situation inconfortable qui peut – qui va, assurent plusieurs analystes – devenir intenable à la longue.

Certes, d’autres voix s’élèvent et expriment le besoin d’une certaine cohésion, d’une vision commune, d’une harmonisation des points de vue et d’une unité de commandement. Seront-elles entendues ? Apparemment, le mal est fait. Les chevauchements et télescopages offerts en spectacle désolent et déroutent.
Et si tout cela tirait sa source d’une volonté exprimée par le parti au pouvoir, l’« Aigle en chef » ? Au cours de la dernière campagne électorale, le secrétaire général du CNDD-FDD a, à plusieurs reprises, vanté les mérites du puissant parti-État chinois, un modèle à copier « si le Burundi veut réellement se développer ».
Ce qui se passe aujourd’hui a réveillé un vieux souvenir. Bien avant l’actuel ténor du parti au pouvoir, il y a eu un autre homme fort de ce parti, swahilophone (tombé en disgrâce).
Un jour, après une conférence de presse, il a tenu à expliquer la vraie signification du Chama tawala, le parti au pouvoir : « C’est le parti qui gouverne à travers ses lieutenants, ses ministres, ses cadres, ses administratifs, de la base au sommet et dans tous les secteurs. Il doit tout quadriller, tout encadrer, tout superviser ».
Et que fait alors le gouvernement, le chef de l’État ? Ai-je naïvement demandé. « Vous n’avez rien compris. Le président de la République exécute les programmes du parti. C’est en quelque sorte le secrétaire exécutif du parti. C’est le parti qui nomme, qui dicte et qui édicte. C’est le parti qui décide, qui donne les orientations. Ses résolutions ou recommandations sont des ordres à exécuter. C’est le parti qui place, déplace, remplace, élève certains hommes et rabaisse les autres ».
Sauf que la Constitution du Burundi donne un grand pouvoir au Président. Dans leur sagesse, les Burundais disent que « deux foudres ne cohabitent pas dans un même nuage ». A chacun son nuage.
Dans notre mythologie, la foudre est présentée comme un rapace, un aigle, peut-être ? Il y aurait donc deux aigles dans le nuage burundais ? Mais tout cela, c’est de la mythologie. Quoique…




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