La dernière sortie médiatique de l’Ombudsman après la présentation de son rapport à l’hémicycle de Kigobe continue d’interroger. L’Ombudsman a clairement exprimé ses craintes face aux menaces et chantages auxquels elle est confrontée lorsqu’elle traite de dossiers sensibles, notamment ceux relevant du ministère de la Justice.
« Compte tenu de certains dossiers que je suis appelée à traiter, mon immunité liée à mon statut d’Ombudsman me protège. Sinon, certaines personnalités auraient aimé m’emprisonner ou me faire du mal quand je leur dis que ce qu’elles font n’est pas conforme. Mais ces gens butent sur cet obstacle », a-t-elle tenu à préciser.

L’Ombudsman a notamment évoqué son bras de fer avec un procureur qui est allé jusqu’à menacer de lui chercher noise si elle osait mettre le nez dans certains dossiers, en l’accusant de ceci ou de cela. Elle faisait probablement allusion à l’ex-procureur général.
Les inquiétudes clairement exprimées par l’Ombudsman ont été suivies de messages de réconfort venus du perchoir. Le Président de l’Assemblée nationale a d’ailleurs lancé un appel solennel à tous les députés pour qu’ils unissent leurs voix en soutien à cette institution.
« Vous avez entendu qu’elle a dit qu’il y a des personnalités qui aimeraient l’emprisonner. On dirait que cela ne vous dit rien. Comprenez-vous la portée de cela ? Ce sont des difficultés réelles. Il faut proposer des solutions. Mettez-vous à sa place : si on vous nommait Ombudsman, vous présenteriez votre démission illico presto ».
Voilà pour les faits.
Après cette déclaration qui n’avait rien d’anodin, je me suis dit que les journalistes pensaient déjà à leurs titres, à leur UNE : « L’Ombudsman révèle être menacée », « La sécurité de l’Ombudsman en question », « L’Ombudsman crie au secours », « L’Ombudsman appelle les députés à l’aide », « SOS pour l’Ombudsman », etc.
Et c’est exactement ce qui s’est passé. Les journalistes ont effectivement publié reportages et analyses, tous convaincus de faire œuvre d’alerte citoyenne en volant au secours de l’Ombudsman.
Sauf que le lendemain, coup de théâtre : l’Ombudsman a fait machine arrière. Rectificatifs et démentis ont fusé. Elle n’aurait pas dit cela. Il n’y aurait aucune menace pesant sur l’Ombudsman. Tout ceci serait la faute des journalistes. Toujours eux…
Pourtant, tous ceux qui étaient présents ont bien entendu les plaintes de l’Ombudsman. Les enregistrements existent. Le très honorable président de l’Assemblée, lui, n’a apporté ni rectificatif ni démenti sur ce qu’il a déclaré.
Faisons simple : les journalistes ont simplement rapporté ce qui a été dit clairement et publiquement à Kigobe. Ce « démenti » ne dément rien. Il ne fait que susciter d’autres questionnements.
Quand j’ai écouté le « démenti » de l’Ombudsman, je me suis demandé si, à côté de nos traditionnels enregistreurs et caméras, on ne devrait pas nous équiper de détecteurs de mensonges.
Il y a aussi une autre hypothèse : tous les journalistes burundais seraient-ils malentendants ? Auquel cas, il faudrait également prévoir des appareils auditifs.


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