Lundi 04 mars 2024

Économie

Corridor central : la voie lacustre ne répond pas aux défis des importateurs

La voie lacustre du corridor central est la plus courte, moins risquée et la moins coûteuse par rapport à la voie terrestre. Malgré ces avantages, les importateurs ne se réjouissent pas de son ouverture.

Bonaventure Sinzobakwira:" Les marchandises arrivent au compte-gouttes."
Bonaventure Sinzobakwira: » Les marchandises arrivent au
compte-gouttes. »

«Après la réhabilitation de la ligne ferroviaire Dar es-Salaam-Kigoma, les marchandises arrivent avec une réduction de 40% du coût de transport », déclare le ministre burundais des Transports, des Travaux publics et de l’Equipement, Jean Bosco Ntunzwenimana.

Gilbert Niyongabo, professeur à l’université du Burundi, souligne que la voie lacustre et ferroviaire du corridor central avait cessé de fonctionner suite au chemin de fer Dar es-Salaam-Kigoma qui n’était pas fonctionnel. «Les wagons étaient vétustes », précise-t-il.

Selon lui, le transport par voie combinée (lacustre et ferroviaire) peut faire baisser le coût de 40% par rapport au prix actuellement payé en transport international routier.

Un corridor de transport est une structure multimodale composée d’axes routiers, ferroviaires, fluviaux ou encore aériens, fournissant alors une interconnexion économiquement efficiente entre des centres d’activités économiques d’une ou plusieurs zones enclavées d’un ou de plusieurs pays à un pays voisin ayant un accès maritime.

Le corridor central, Bujumbura-Kigoma-Dar-Es-Salaam par la voie lacustre et ferroviaire. A cette voie principale s’ajoute deux voies alternatives.
La première est la voie entièrement routière : Bujumbura-Kobero-Dodoma-Dar-Es-Salaam.
La deuxième relie Bujumbura au port de Dar-Es-Salaam en passant par Isaka (via Kobero) et Tabora par chemin de fer.

Le corridor nord relie Bujumbura au port de Mombassa via Kigali, Kampala et Nairobi.
A cette voie principale s’ajoute l’itinéraire: Bujumbura-Kobero-Mwanza(Tanzanie)-Isebania(Kenya)-Nairobi-Port de Mombassa.

Le corridor Sud relie Bujumbura et Mpulungu (Zambie)-Ports de Durban-Cap Town (Afrique du sud).

Il fait aussi savoir qu’il s’agit d’un corridor de transport et de désenclavement qui part de Dar es-Salaam en Tanzanie vers les pays de la sous-région qui n’ont pas accès à la mer, à savoir le Burundi, le Rwanda, l’Ouganda et la République démocratique du Congo.

D’après lui, la voie lacustre du corridor central est la plus rapide et la moins coûteuse par rapport la voie routière. Le professeur Gilbert Niyongabo souligne de nombreux défis de la voie routière du corridor central notamment les difficultés liées aux accidents et les multiples arrêts sur le trajet. «De Dar-Es-Salaam jusqu’à Kobero, il y a huit barrières.»

«Cette voie n’est pas une solution à nos défis»

Un importateur des vivres qui a voulu garder l’anonymat révèle que la réduction de 40% du coût de transport ne pourrait pas résoudre les défis auxquels il est confronté.

Selon lui, la hausse des prix de certains produits est principalement due au manque des devises. Il poursuit en disant que la hausse des prix affaiblit davantage le pouvoir d’achat des Burundais, confrontés à une inflation galopante depuis la crise de 2015.

«Un stock de farine de 10 tonnes peut passer 3 mois alors qu’avant la crise de 2015, il s’écoulait en une semaine », se lamente-t-il. La voie lacustre du corridor central ne serait salvatrice que si le carburant était en quantité suffisante. «Le carburant est un produit dominant qui détermine les prix d’autres produits. »

Le responsable du port de Bujumbura, Bonaventure Sinzobakwira, fait savoir que malgré la réouverture de la voie lacustre, les marchandises arrivent au compte-gouttes. «Le carburant ne fait pas partie des marchandises à destination de Bujumbura.»

Un importateur des matériaux de construction contacté révèle qu’il n’est pas informé de cette nouvelle voie. «Cette voie n’est pas une solution à nos défis.»

Il estime qu’avec la voie lacustre, le coût de transport de 30 tonnes de marchandises serait 4,2 millions de Fbu. Selon ce même importateur, le coût de transport de 30 tonnes est actuellement de 7 millions de Fbu par la voie routière.

Selon tous ces importateurs, la voie lacustre serait bénéfique s’ils avaient des devises pour importer.

Forum des lecteurs d'Iwacu

3 réactions
  1. RAMA

    Mon avis est contraire à celui de l’Auteur de cet article et du Commerçant qui a gardé l’anonymat. Économiste que je suis, il faut faire cette analyse dans l’optique « Ceteris paribus » ou « toute choses restant égales par ailleurs ». C’est – à – dire qu’il faut mettre de côté la question des devises qui est un facteur pouvant intervenir même pour les autres corridors.

    Les mathématiciens nous demanderont de comparer 🙁 Les différents défis du corridor nord + le défis « dollars ») et (Les différents défis du corridor central + le défis « dollars »). La première opération à faire serait d’annuler  » Le défis dollars » qui apparait dans les deux côtés puis continuer l’opération.
    Bref, l’avantage est là. La question des dollars est à traité dans un autre contexte mais pas dans la comparaison des avantages des corridors.
    Merci.

    • Pce

      @Rama Cher monsieur l’economiste , je pense que vous faites erreur. Il s’agi là de l’économie réelle , on ne peut dissocier les questions de transport et la pénurie des devises car Il y a une chose que les commercants ne vous disent pas du fait de cette pénurie des devises , les commercants montent les prix et les consommateurs hésitent à acheter en espérant des jours meilleurs qui n’arrivent pas par ailleurs. Il y a aussi des opérateurs économiques qui s’approvisionnent en devises sur le marché noir donc sur un taux élevé. Tout Ca entraine une augmentation des prix et l ‘ économie est freinée. Votre proposition du principe keynesien de  » toute chose restant égale par ailleurs »doit rester au niveau des études théoriques et académiques, Il nous aide à comprendre les théories économiques, pas l ‘économie réelle ou plusieurs facteurs sont imbriqués les uns dans les autres

  2. Il est certain que la première réponse aux défis des importateurs sera apportée par la disponibilisation des devises. Une fois les devises disponibles, la voie lacustre est la meilleure si l’on ose dénoncer la main-mise du cartel des transporteurs terrestres. Mais la dénonciation requiert une que l’autorité soit au dessus de la mêlée et voit l’intérêt national avant celui des transporteurs.

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