Lundi 03 octobre 2022

Culture

Corbillard ou la folie du sexe : la fin des tabous ?

13/06/2017 6

Frère Jean-Népomucène Bunoko entraîne avec désinvolture le lecteur dans une réflexion sur la morale sexuelle où amour, libertinage, et viol s’entrechoquent.

Jean-Népomucène Bunoko : « Il faut libérer la parole et dire les choses telles qu’elles sont. »

«A cette époque, l’amour des jeunes gens tournait autour du sexe. Les amours ratés s’exprimaient par la violence, les avortements, les incestes, les masturbations masochistes et les maladies mentales», lit-on dans un passage de la quatrième de couverture de Corbillard ou la folie du sexe.

Kangeni et Cingono, personnages principaux du roman, s’aiment d’un amour inconditionnel, « réfléchi, fidèle et sincère. » Cet amour sera étouffé dans l’œuf par des coutumes, des jalousies meurtrières, des coups bas et des mesquineries de tout genre. Kangeni décide alors d’aller à la recherche de son amoureux, chassé du village Kari où elle habite.

Yepayepe, une folle de Kari, témoin de ce périple passionnel, en parle avec une lucidité inébranlable à son ombre. Son récit dure 30 jours, tenant en suspens le lecteur jusqu’à la dernière page.

« J’ai voulu mettre à nu les méandres d’un amour désordonné. Si le sexe est bien utilisé, il donne la vie. Dans le cas contraire s’en suivent des viols, des incestes», assure Frère Bunoko, expliquant ainsi le choix du titre. Dans ces deux cent cinquante-huit pages, le corbillard acheminera des victimes de cette « folie du sexe. »

Né à Bujumbura, Jean-Népomucène est prêtre chez les Frères Dominicains depuis quatre ans. Formé en théologie morale, il s’intéresse aux questions liées à la morale sexuelle. Il est chargé des recherches au Centre Ubuntu. Corbillard ou la folie du sexe est son second livre après Et ce cadavre paru aux éditions Harmattan en 2014.

Tout direFrère Bunoko estime qu’en écrivant cet ouvrage, le bien de l’amour est démontré, mais aussi les limites de ce dernier, l’importance du sexe… « Toute personne qui feuillettera ce livre se rappellera que l’amour ne se force pas, qu’il ne se partage pas, qu’il faut comprendre ses arcanes pour ne pas sombrer dans le suicide.»

Koboroto, un des personnages, se plante un sabre en plein cœur le jour de ses noces, après avoir pris un râteau. Kangeni est en effet éperdument éprise de Cingono auquel elle est liée par un pacte.

«C’était une époque maudite. Une mère et une fille pouvaient partager un même homme, un garçon et son père une même fille. Souvent Dieu était appelé à témoigner quand les dévergondées atteignaient le paroxysme du plaisir… », peut-on lire dans l’un des extraits chocs du roman.

Pour l’auteur, les hommes d’Eglise sont aussi confrontés aux questions liées à la morale sexuelle. « Il faut libérer la parole et dire les choses telles qu’elles sont.» Il affirme que son oeuvre est une fiction, tout en reconnaissant avoir mené des recherches à Bujumbura et s’être inspiré des réalités de la Côte d’Ivoire où il a fait une partie de ses études.

«L’amour est un voyage parfois long, plein de difficultés. Mais Kangeni a préféré la folie à l’infidélité», conclut-il.

Forum des lecteurs d'Iwacu

6 réactions
  1. SIEMPRE HAGURUKA

    Où peut-on se procurer ce livre? Merci! J’ai connu l’auteur pendant les études secondaires et en une heure de temps il savait pondre une pièce de théâtre magistrale.

  2. GILBERT

    C’est bon avec nous les jeunes d’Aujourd’hui

  3. Bravo Père Bunoko.

  4. Adam

    Le livre se trouve chez les Dominicains en face de l’Hôtel Amahoro

  5. Gloria

    A combien s’achète le livre et où peut-on le trouver? Merci!

    • Inyishu

      40milles

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