Économie

Conflits dans les Grands Lacs : «L’économie burundaise n’est pas la moins touchée»

08/08/2019 Pierre Claver Banyankiye Commentaires fermés sur Conflits dans les Grands Lacs : «L’économie burundaise n’est pas la moins touchée»
Conflits dans les Grands Lacs : «L’économie burundaise n’est pas la moins touchée»

Au cours de la 4e Conférence du réseau de recherches sur le Burundi tenue à Nairobi au début de juillet, Dr François-Xavier Mureha, professeur à l’Université du Lac Tanganyika a démontré que les conflits civils dans les pays des Grands lacs ont des effets sur leur croissance économique. Eclairage. .

La région ne bénéficie pas pleinement de son potentiel d’intégration économique ?

Absolument oui. Sur l’échantillon des six pays, cette étude montre que  les conflits civils bloquent le commerce régional. Ce qui affecte directement la croissance économique de ces pays. Depuis 1990 jusqu’en 2003, la croissance de ces pays a chuté, et les conflits qui sévissaient dans la région y sont pour quelque chose.

Quel est le pays le plus touché ? Pourquoi ?

Il est difficile de se prononcer sur le pays le plus affecté par les conflits civils dans la région.  Mais lorsqu’on observe la dynamique des conflits ces dernières années, on peut se rendre compte que l’est de la RDC a enregistré plus de cas de conflits que partout ailleurs dans la région.

On peut présumer que c’est la partie la plus affectée par les conflits armés sévissant dans la région. La richesse de cette région en ressources naturelles, susceptibles de financer les groupes rebelles et d’attiser les appétits des seigneurs de guerre, en est la principale cause.

Quid pour le Burundi ?

Le Burundi n’est pas moins affecté par les conflits civils, internes et régionaux. Déjà, depuis pratiquement les années 90, en raison de son instabilité, le Burundi n’a pas eu le temps de se consacrer véritablement à l’investissement en infrastructures, en industrie manufacturière, en éducation,… Toute chose de nature à handicaper la croissance économique de grande envergure.

Comment les conflits affectent la croissance économique ?

La guerre n’est pas une bonne chose. John Kennedy a dit, dans son discours prononcé le 25 septembre 1961 à la Tribune des Nations unies, que «l’humanité devra mettre un terme à la guerre, ou la guerre mettra un terme à l’humanité».

En premier lieu, les conflits civils affectent la croissance économique à travers la destruction des infrastructures tel que les routes, les ponts, les bâtiments, etc.

Deuxièmement, les conflits civils engendrent la destruction de la force de travail à travers les décès, les maladies et famines qui s’en suivent. En plus, les guerres provoquent des masses de réfugiés et des déplacements internes de populations à cause de la prise de contrôle de leur territoire par les rebelles ou la destruction de leurs maisons.

Au-delà de l’aspect démographique, le conflit civil peut entrainer des distorsions dans l’affectation de la force de travail pour cause de l’enrôlement dans les groupes armés ou dans la force régulière.

Quid de la main d’œuvre qualifiée ?

La guerre civile affecte aussi le capital humain, c’est-à-dire le savoir-faire et les compétences de la force de travail. En effet, en situation de guerre, les ressources humaines fuient le pays et, souvent, les travailleurs instruits et qualifiés sont les premiers à quitter le pays pour la simple raison qu’ils disposent de moyens pour s’exiler.

Enfin, les conflits civils affectent négativement la croissance économique d’un pays à travers la perturbation de son commerce avec l’extérieur, son commerce régional étant le plus affecté tel qu’on l’a observé entre le Burundi et le Rwanda à la suite de la crise de 2015.

Quel est l’impact des conflits civils sur les investissements ?

Les investissements sont parmi les principaux facteurs de productions qui sont touchés par les guerres. D’abord, on observe une baisse de l’investissement en éducation en raison de la fermeture ou de la destruction des écoles, le recrutement des combattants parmi les élèves, les étudiants et les enseignants, les déplacements forcés des familles, etc.

Le conflit civil décourage aussi les investissements privés en raison de l’incertitude qui caractérise une période de guerre et du manque de financement, le pays en guerre étant obligé de privilégier l’achat des armes.

Comment ces effets se transmettent d’un pays à l’autre ?

En cas de conflit civil dans un pays, il peut y avoir des externalités négatives sur les économies voisines et les canaux de transmission sont pluriels.

La perturbation du commerce avec les voisins est l’un des canaux majeurs par lesquels le conflit civil dans un pays peut peser sur la croissance des pays de la région.

Bien plus, en cas de combats frontaliers ou transfrontaliers (il en est souvent le cas dans la RGL), les voisins d’un pays en guerre peuvent endurer des dommages collatéraux en termes de destruction de stock de capital notamment les ponts, routes, installations électriques, etc.

Ensuite, la guerre envoie un mauvais signal aux investisseurs potentiels qui, dans la plupart des cas, veulent minimiser le risque lié à l’investissement. Ceux-ci voudront fuir, non seulement le pays directement touché par le conflit mais aussi la région environnante, craignant que le conflit ne gagne les pays frontaliers.

En outre, les pays voisins sont susceptibles de souffrir de la masse des réfugiés qui, lorsqu’ils sont pauvres et non qualifiés, constituent un fardeau pour le pays hôte.

Le dernier canal est naturellement le risque que le conflit lui-même s’exporte chez les voisins, suite aux interconnexions régionales, notamment les affinités ethniques transnationales tel qu’il en est le cas pour les pays de la région.

Certains pays en paix ne profitent pas de ces conflits ?

Lorsque, à la suite d’un conflit, les entreprises étrangères et les organisations non gouvernementale  sont tentées de délocaliser les activités vers les pays voisins plus stables, ce serait là un phénomène potentiellement bénéfique pour les pays voisins de celui en conflit, les candidats potentiels à la délocalisation étant les voisins non directs.

Néanmoins, pour le cas de la RGL, étant donné les affinités ethniques au niveau régional et le degré de relations commerciales qui caractérisent ces pays, les ondes de choc d’un conflit peuvent atteindre même les pays non directement voisins de celui en guerre.

 

                                                                             Propos recueillis par Pierre-Claver Banyankiye

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